Moustique tigre : Toulouse lâche des mâles stériles pour réduire leur population

Depuis avril 2026, Toulouse expérimente le lâcher massif de moustiques tigres mâles stériles afin de freiner la reproduction de l’espèce. Dans un reportage publié le 20 juin, Ouest-France a assisté à l’une de ces opérations au cimetière de Terre-Cabade, où le dispositif doit contribuer à réduire la population de moustiques de 80 % à 90 % d’ici trois ans.

À Toulouse, la lutte contre le moustique tigre passe désormais par une méthode pour le moins contre-intuitive : en relâcher davantage dans la nature pour, à terme, en avoir beaucoup moins.

Depuis avril 2026, des moustiques tigres mâles stériles sont lâchés deux fois par semaine dans une zone de 50 hectares autour du cimetière de Terre-Cabade. Dans un reportage publié le 20 juin 2026, Ouest-France a suivi l’une de ces opérations aux côtés de Jeanne Hanin-Marchioni, de la société Altopictus.

Ce jour-là, la technicienne ouvre notamment une boîte contenant quelque 3 000 moustiques. Une fois libérés, les insectes s’éparpillent dans la végétation du cimetière. Un environnement particulièrement favorable à l’espèce, entre les pots de fleurs, les récipients susceptibles de conserver de l’eau et les nombreuses zones végétalisées.

Ces moustiques ont toutefois une particularité essentielle : ce sont exclusivement des mâles et ils ont été rendus stériles.

120 000 moustiques lâchés sur 50 hectares

L’objectif de l’opération est de permettre à ces mâles de s’accoupler avec des femelles sauvages. La fécondation conduit alors à la ponte d’œufs non viables, ce qui doit progressivement casser le cycle de reproduction du moustique tigre.

Selon les objectifs rapportés par Ouest-France, la population pourrait ainsi diminuer de 50 % dès la première année, puis de 80 % à 90 % au terme de la troisième année.

Depuis le lancement de l’opération en avril, Jeanne Hanin-Marchioni effectue des lâchers deux fois par semaine sur une quarantaine de points. Au total, quelque 120 000 moustiques sont ainsi répartis dans le cimetière et les rues voisines, sur une superficie de 50 hectares.

Le dispositif a été organisé avec Terratis, l’entreprise montpelliéraine qui fournit les moustiques stériles. Florian Vernichon, responsable de la société, explique à Ouest-France que la zone a été quadrillée afin d’effectuer des lâchers environ tous les 150 mètres. Une distance adaptée au moustique tigre, qui se déplace relativement peu.

Durant leur transport, les mâles restent dans leurs boîtes et se nourrissent de sucre. Contrairement aux femelles, ils ne piquent pas. Les femelles ont, elles, besoin des protéines contenues dans le sang pour assurer le développement de leurs œufs.

Le principe de la méthode repose également sur une caractéristique déterminante de la reproduction du moustique tigre. La femelle n’est fécondée qu’une fois et conserve ensuite le sperme. Après avoir piqué, elle peut pondre une soixantaine d’œufs dans les deux ou trois jours suivants. Si elle s’est accouplée avec un mâle stérile, ces œufs ne peuvent donc pas donner naissance à une nouvelle génération.

Des moustiques stérilisés pendant douze minutes

Avant d’arriver à Toulouse, les moustiques sont préparés dans les installations de Terratis, à Montpellier. Cette start-up est notamment soutenue par Bpifrance, la BNP Paribas ou le Crédit Agricole, membres du WEF.

Les mâles doivent d’abord être séparés des femelles lorsqu’ils se trouvent encore au stade de nymphe, entre celui de larve et celui d’adulte.

Clélia Olivia, docteure en entomologie et cofondatrice de Terratis, explique à Ouest-France que les nymphes passent entre deux plaques de verre. Les mâles étant plus petits que les femelles, cette différence permet de les séparer.

Une fois adultes, les femelles conservées pour la reproduction sont nourries avec du sang provenant d’abattoirs. Les mâles destinés aux lâchers sont quant à eux exposés aux rayons X durant douze minutes afin de les rendre stériles.

Pour faciliter leur conditionnement, le froid entre ensuite en jeu. Les cages sont placées au frais afin d’endormir temporairement les moustiques, qui peuvent alors être transférés dans les boîtes destinées au transport.

Cette méthode, appelée technique de l’insecte stérile (TIS), n’est pas une première en Europe. Ouest-France indique qu’elle a déjà été utilisée notamment à Montpellier et Brive-la-Gaillarde, ainsi qu’à Bologne, en Italie, et Valence, en Espagne.

Un enjeu de santé publique

Au-delà des piqûres particulièrement désagréables, la progression du moustique tigre constitue un enjeu sanitaire. Originaire d’Asie, l’insecte peut transmettre plusieurs virus, notamment ceux responsables de la dengue, du chikungunya et du Zika.

Selon Ouest-France, le moustique tigre est présent à Toulouse depuis 2004.

L’opération menée au cimetière de Terre-Cabade représente un coût de 150 000 euros hors taxes, précise au quotidien Annamaria Tripichio-Rogier, conseillère municipale déléguée à l’animal.

La municipalité ne mise cependant pas uniquement sur les moustiques stériles. Elle a parallèlement déployé 118 « poubellariums », des bassins d’eau stagnante dans lesquels des poissons se nourrissent des larves de moustiques.

Quelque 500 pièges-pondoirs ont également été distribués aux habitants qui en ont fait la demande. Le dispositif reproduit un environnement susceptible d’attirer une femelle à la recherche d’un lieu de ponte, afin de la piéger avec ses larves.

Une grande partie de la reproduction a lieu chez les particuliers

L’efficacité du dispositif dépend aussi des habitants. D’après Florian Vernichon, interrogé par Ouest-France, environ 80 % de la reproduction des moustiques se déroule chez les particuliers.

La ville mène donc parallèlement une campagne de sensibilisation pour rappeler les gestes permettant de limiter les lieux de ponte : vider les récipients contenant de l’eau stagnante, ne pas laisser dehors des objets ou des jouets susceptibles de retenir l’eau et entretenir régulièrement les jardins.

À Toulouse, la stratégie consiste ainsi à agir simultanément sur plusieurs maillons du cycle de reproduction. Tandis que les mâles stériles doivent empêcher l’apparition de nouvelles générations, les pièges et la suppression des eaux stagnantes cherchent à réduire les lieux où les femelles peuvent pondre.

L’expérimentation engagée en avril 2026 doit maintenant être évaluée sur plusieurs années. L’objectif affiché est particulièrement élevé : diviser par deux la population de moustiques tigres dès la première année, avant d’atteindre une réduction comprise entre 80 % et 90 % au bout de trois ans.

Sources :

Source principale : Ouest-France, reportage de Monique Castro publié le 20 juin 2026, « On a assisté à un lâcher de milliers de moustiques tigres stériles ».