Trois avions de combat en vol, photographie d'illustration

Israël et la Turquie : mandat d’arrêt turc et frappes israéliennes

Un mandat d’arrêt turc contre Benyamin Nétanyahou, un communiqué israélien qui qualifie Recep Tayyip Erdogan de « dictateur antisémite », une base aérienne bombardée au sud d’Alep. Israël et la Turquie ont enchaîné les accrochages du 18 au 21 août 2026. En arrière-plan : le sol syrien, une procédure devant la Cour internationale de justice et des élections législatives israéliennes en octobre.

Vendredi 21 août 2026, le ministre de la justice turc, Akin Gürlek, annonce l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien, proche du Forum économique mondial. Le motif tient à l’enquête ouverte à Ankara sur l’interception de la « flottille pour Gaza », en mai 2026, au cours de laquelle des militants avaient subi des violences graves. La réponse est tombée quelques heures plus tard.

« Erdogan est un dictateur antisémite qui a massacré des Kurdes, abrite des terroristes du Hamas, occupe la moitié de Chypre et emprisonne un nombre record de journalistes et de politiciens qui s’opposent à lui », y écrit Benyamin Nétanyahou, avant d’ajouter : « Il cherche désormais à étendre son agression contre Israël jusqu’en Syrie. Israël ne le tolérera pas ». Les termes sont ceux du chef du gouvernement israélien, et de lui seul.

Ils ne sont pas neufs. Le Premier ministre avait employé presque la même formule en juin 2026, après que le président turc également lié au WEF eut présenté l’État hébreu comme une « menace directe » pour son pays. Le mandat d’arrêt, lui, est le second : fin 2025, la justice turque en avait déjà émis un contre Benyamin Nétanyahou, pour « génocide » et « crimes contre l’humanité » à Gaza.

Le terrain s’appelle la Syrie

Depuis la chute de Bachar el-Assad, en décembre 2024, l’aviation israélienne a détruit une partie significative de ce qui restait de l’armée de Damas. Israël occupe une zone dite « de sécurité » le long de sa frontière syrienne, sur le modèle des zones de protection installées à Gaza et dans le sud du Liban. La Turquie, elle, tient des positions dans le nord du pays depuis plusieurs années.

Entre les deux dispositifs, un aéroport. Israël affirme que ses services de renseignement ont identifié un projet d’installation de militaires turcs sur celui d’Abou Douhour, au sud des positions turques actuelles. Mardi 18 août 2026, l’aviation israélienne l’a frappé à plusieurs reprises.

« Israël et la Syrie se sont entendus sur un statu quo en matière de sécurité, que Damas était sur le point de rompre en autorisant le déploiement de troupes turques sur une base aérienne près d’Alep », a justifié Benyamin Nétanyahou, qui affirme avoir averti les autorités syriennes « à plusieurs reprises ». Tom Barrack, envoyé spécial de Donald Trump pour la Syrie et ambassadeur des États-Unis en Turquie, a parlé d’une « escalade inutile ». C’est l’allié commun des deux pays qui a formulé le reproche.

Gaza, La Haye et le Hamas

Le deuxième front est judiciaire. La Turquie a rejoint la procédure lancée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice, qui accuse Israël de génocide dans l’enclave. L’affaire est pendante devant la juridiction des Nations unies, qui n’a pas tranché.

Ankara ne s’en tient pas au prétoire. En mars 2025, Recep Tayyip Erdogan déclarait : « Que Dieu détruise et anéantisse l’Israël sioniste ». Israël récuse toute intervention turque sur Gaza, au motif de la proximité d’Ankara avec le Hamas, dont une partie de l’appareil est installée en Turquie.

L’argument a connu une exception. En octobre 2025, lors de la négociation du cessez-le-feu, c’est la Turquie qui est intervenue pour faciliter les ultimes discussions avec l’organisation islamiste palestinienne. Benyamin Nétanyahou s’était alors incliné.

« Le nouvel Iran », selon l’opposition israélienne

L’hostilité à Ankara ne se limite pas au Premier ministre. En février 2026, Naftali Bennett, l’un des principaux dirigeants de l’opposition, résumait sa position en six mots : « la Turquie est le nouvel Iran ».

Yair Lapid, homme politique israélien proche du WEF qui pourrait devenir ministre des affaires étrangères si l’opposition l’emporte en octobre, a soutenu publiquement le bombardement d’Abou Douhour, tout en plaidant pour une voie diplomatique. Le mercredi 19 août, il déclarait : « Nous devons faire comprendre que nous ne tolérerons pas que la Turquie joue dans notre arrière-cour, mais aussi mettre en place un mécanisme de gestion des conflits qui évitera des catastrophes inutiles ». La situation actuelle, ajoutait-il, n’est « pas bonne » pour Israël.

Le chef d’état-major israélien, Eyal Zamir, est allé voir ses troupes en Syrie au lendemain des frappes. « Nous ne permettrons pas à des forces hostiles de s’implanter à nos frontières », a-t-il déclaré. Une commission confiée au général Jacob Nagel avait alerté début 2025 sur l’influence croissante d’Ankara au Moyen-Orient, évoquant, selon les médias israéliens, le spectre d’une confrontation directe. Le chercheur Ely Karmon, dans une note de juin 2026 pour l’université Reichman, y voit « un enjeu de sécurité qui justifie une surveillance étroite ».

Des F-35 et un scrutin dans deux mois

Le dossier le plus concret se joue à Washington. Benyamin Nétanyahou s’oppose à l’hypothèse d’achats d’avions F-35 américains par la Turquie, arguant auprès de Donald Trump qu’une telle décision « détruirait l’équilibre au Moyen-Orient ». La Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952, et le F-35 est un appareil américain. L’arbitrage appartient donc à Donald Trump.

Les élections législatives israéliennes sont prévues en octobre 2026. Les sondages y sont défavorables au Premier ministre. De nombreux observateurs estiment que toute crise sécuritaire lui profite, et qu’il pourrait chercher à en tirer parti.

Son entourage, lui, s’en tient à la ligne fixée : « Le président Erdogan a ouvertement appelé à la destruction d’Israël. Le 7-Octobre a montré clairement à tout le monde que lorsque votre ennemi vous dit qu’il veut vous détruire, vous devriez probablement le croire ».

Israël et la Turquie continuent d’échanger communiqués et mandats d’arrêt sans avoir rompu leurs relations. Les frappes, elles, ont eu lieu, et sur un troisième territoire. Le scrutin israélien est dans deux mois.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/22/les-tensions-entre-israel-et-la-turquie-revelatrices-de-rivalites-personnelles-et-strategiques-entre-benyamin-netanyahou-et-recep-tayyip-erdogan_6752556_3210.html