À l’université d’été des Écologistes, du 20 au 22 août 2026 à Grenoble, Marine Tondelier a maintenu sa ligne : aucune famille de la gauche ne gagnera seule en 2027. Son courrier aux responsables des partis de gauche est resté sans réponse positive. À moins de cent kilomètres, La France insoumise tenait ses propres universités d’été et campait sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon.
Le discours était prévu le jeudi 20 août. Les orages et la pluie l’ont renvoyé au lendemain. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, candidate à l’élection présidentielle et enceinte de huit mois, a donc parlé le vendredi 21 août devant les militants réunis à Grenoble du 20 au 22 août.
Au même moment, à moins de cent kilomètres de là, à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, se tenaient les Amfis, l’université d’été de La France insoumise. Deux rassemblements à une heure de route, une même échéance en 2027, aucune passerelle.
« Mère de toutes les batailles »
Sur le fond, Marine Tondelier a désigné l’enjeu écologique comme la « mère de toutes les batailles ». Elle a déroulé un « État providence climatique », une « Sécurité sociale de l’alimentation » et un congé climatique, largement évoqué durant l’été.
Sur la stratégie, elle n’a pas bougé d’un millimètre. « Aucune famille politique à gauche n’est capable de gagner seule la présidentielle », a-t-elle affirmé, avant de renvoyer les appareils à leur arithmétique : une bataille pour savoir « qui sera le roi du cimetière » après l’élection.
Elle a résumé sa position dans une formule qui vise sans nommer : « Je ne veux pas passer les mois qui viennent à voir une gauche occupée à essayer de tuer l’autre moitié, en espérant que nous, écologistes, les aiderons l’une ou l’autre à appuyer sur la gâchette ».
Grenoble, la démonstration locale
Le lieu du congrès n’a rien d’un hasard. Les écologistes ont conservé Grenoble aux municipales de mars 2026, portés par une alliance initiale d’une dizaine de formations derrière la candidature de Laurence Ruffin, non encartée mais proche du mouvement, puis par un « accord technique » avec La France insoumise au second tour.
La maire de Grenoble en tire la leçon : « Si nous avons gagné, c’est parce qu’on a fait l’union. Ça n’a pas toujours été facile mais il fallait dépasser nos petites querelles internes ».
Grenoble, la Drôme, le Rhône : la rentrée politique de la gauche tient tout entière en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle s’y jouera encore en septembre, aux sénatoriales, où les Écologistes préfèrent le Parti socialiste aux insoumis dans le Rhône comme chez les Français de l’étranger. Ce choix fait grincer des dents à La France insoumise.
Un courrier resté sans réponse
Marine Tondelier défendait depuis plusieurs mois l’organisation d’une primaire à gauche. La France insoumise et le Parti socialiste ont fait voler l’idée en éclats avant l’été. Elle a alors adressé aux responsables des partis de gauche un courrier proposant des « rencontres bilatérales », sans exclure personne, cosigné par la présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale Cyrielle Chatelain, le sénateur Guillaume Gontard et l’eurodéputé David Cormand. Aucune réponse positive n’est parvenue.
La démarche a d’abord été moquée dans son propre camp. « J’ai lu la condescendance et le mépris avec lesquels ce courrier a été commenté par certaines voix, écologistes, disons, à fortes capacités médiatiques », a répliqué Marine Tondelier, sans citer la députée de Paris Sandrine Rousseau ni le sénateur de Paris Yannick Jadot.
Ce dernier, proche de Raphaël Glucksmann, ne s’embarrasse pas de périphrases : « Continuer à faire vivre l’union, c’est une illusion. Et je dis même que c’est une confusion des valeurs et qu’à la fin c’est une résignation à la défaite ».
À cent kilomètres, La France insoumise attend
Dans la Drôme, la mise en scène a été soignée. Vendredi, à 17 h 30, au bord du lac d’Aiguille à Châteauneuf-sur-Isère, Jean-Luc Mélenchon et Cyrielle Chatelain sont sortis ensemble de la tente de la direction de La France insoumise. Aucun socialiste n’avait été convié. Les communistes attendus ne sont pas venus.
Le message des insoumis est sans ambiguïté. « Nous avons un processus, un candidat. On ne va pas tout rediscuter. Dans le courrier de Marine Tondelier, c’est comme s’il fallait tout remettre en cause », déclare le député de l’Essonne Antoine Léaument. Son collègue du Val-d’Oise Paul Vannier fixe le prix d’entrée : « S’ils sont prêts à une campagne commune derrière Jean-Luc Mélenchon, nous sommes prêts à discuter et à une rencontre avec Marine Tondelier. Mais j’attends qu’ils sortent de l’ambiguïté. Sinon, c’est juste fait pour gagner du temps ». Il soupçonne les écologistes d’attendre le résultat de la primaire du Parti socialiste, programmée les 11 et 18 octobre 2026.
La France insoumise met sur la table un large accord programmatique, un partage aux législatives et des places au gouvernement en cas de victoire. Cyrielle Chatelain, attendue le 28 et le 29 août à l’université du Parti socialiste à Blois, se défend de repartir de zéro : « Nous ne faisons pas de politique-fiction, on voit bien la dynamique. C’est pour cela qu’on parle du programme dans la lettre ».
Marine Tondelier s’est engagée à faire trancher ses adhérents entre le soutien à Jean-Luc Mélenchon, l’alliance avec les sociaux-démocrates et une candidature autonome. La date reste floue, la direction plaidant pour ne pas organiser ce vote avant le début de l’hiver. L’ancien maire écologiste de Grenoble Éric Piolle résume l’ambiance : « Il n’y a pas de solution facile mais pour l’instant les enjeux sont escamotés, ce qui met tout le monde mal à l’aise ici ».
Marine Tondelier a quitté Grenoble avec sa ligne intacte, un courrier sans réponse et un vote des adhérents renvoyé à l’hiver. La primaire du Parti socialiste, elle, aura lieu les 11 et 18 octobre. L’union attendra encore un peu.