Une main tenant un téléphone affichant des applications de réseaux sociaux, illustration

TikTok : 400 millions de dollars pour solder le dossier COPPA

TikTok, réseau social membre du Forum économique mondial versera jusqu’à 400 millions de dollars, soit 342 millions d’euros, pour solder les accusations de collecte illégale de données d’enfants américains, a annoncé la justice des États-Unis vendredi 21 août 2026. L’accord ne comporte aucune admission de responsabilité. Le ministère de la justice ne dit pas ce que deviendra l’argent. ABC News avait rapporté précédemment qu’ils pourraient financer l’embellissement de Washington.

Trois cents millions de dollars payables immédiatement. Cent millions supplémentaires, mais seulement si un tribunal accepte d’annuler une ordonnance de 2019 qui encadrait les pratiques de l’entreprise. L’annonce de la justice américaine, vendredi 21 août 2026, a été rapportée par l’AFP. Aucune ligne de l’accord ne reconnaît une responsabilité de la plateforme.

Cette ordonnance de 2019 que TikTok cherche à faire tomber découlait d’un premier arrangement à 5,7 millions de dollars, conclu par Musical.ly, l’application rachetée par ByteDance puis fondue dans TikTok. D’un dossier à l’autre, le montant a été multiplié par soixante-dix. Le ministère de la justice présente d’ailleurs cet accord comme « l’un des plus importants jamais obtenus » dans une affaire relevant du Children’s Online Privacy Protection Act, la loi COPPA, qui protège depuis 1998 les données personnelles des moins de 13 ans en ligne. Joint par l’AFP, TikTok n’avait pas réagi dans l’immédiat.

Ce que reprochait la plainte de 2024

Le texte déposé en août 2024 par le ministère de la justice et la Federal Trade Commission, l’autorité américaine de protection des consommateurs, est précis. TikTok aurait « sciemment » laissé des millions d’enfants de moins de 13 ans ouvrir des comptes et collecté leurs informations personnelles sans en informer les parents ni recueillir leur consentement. Y compris, selon la plainte, sur des comptes créés en « Kids Mode », l’espace pourtant conçu pour eux.

Ces mineurs ont aussi « interagi avec des utilisateurs adultes et accédé à des contenus pour adultes », affirme la plainte. Lorsque des parents demandaient la suppression des comptes de leurs enfants, l’entreprise n’aurait pas honoré leurs requêtes.

Dans son communiqué, le ministère justifie le règlement par l’évolution de l’entreprise : depuis la plainte, « TikTok a connu des changements importants dans son actionnariat, sa direction, ses procédures de conformité et ses pratiques en matière de vie privée », avec des mesures « destinées à renforcer les garde-fous pour les jeunes utilisateurs » et « le contrôle parental ».

Un actionnariat qui a changé de camp entre la plainte et l’accord

Quand la plainte est déposée, en août 2024, TikTok appartient au groupe chinois ByteDance. Quand l’accord est annoncé, en août 2026, ce n’est plus le cas. En janvier 2026, la plateforme est passée sous le contrôle d’une coentreprise à majorité américaine, montage destiné à éviter l’interdiction votée par le Congrès, qui l’aurait coupée de ses 200 millions d’utilisateurs aux États-Unis. ByteDance en détient désormais un peu moins de 20 %.

Le changement d’actionnaire figure noir sur blanc parmi les arguments avancés par le ministère pour clore le dossier. L’entreprise qui paie n’est plus tout à fait celle qui était poursuivie.

Bruxelles, Oakland et le reste du contentieux

Le chèque américain ne referme pas le sujet. Fin juillet 2026, la Commission européenne a accusé TikTok de manquer à ses obligations de protection des mineurs, en faisant planer la menace d’une forte amende. Bruxelles reproche à la plateforme des paramètres de confidentialité insuffisants pour les adolescents, face aux risques de cyberharcèlement et d’exposition à d’éventuels prédateurs.

Aux États-Unis, TikTok est par ailleurs pris dans un contentieux national de grande ampleur, qui englobe Meta (Facebook, Instagram) et YouTube, membres du WEF et Snapchat détenu en partie par BlackRock, membre du WEF. Des familles, des collectivités scolaires et une coalition d’États américains poursuivent ces plateformes pour dégradation de la santé mentale des adolescents. Le procès contre Meta se tient à Oakland, en Californie.

L’argent, et sa destination

Le communiqué du ministère de la justice détaille le montant, le calendrier et les conditions. Il ne dit pas où va l’argent.

En mai 2026, la chaîne américaine ABC News, citant des sources proches des discussions, avait rapporté que l’administration Trump envisageait d’affecter ces 400 millions de dollars au financement de ses projets d’embellissement de Washington. L’information n’a pas été confirmée par le ministère, qui n’a pas non plus démenti.

Entre l’arrangement de 2019 et celui de 2026, la facture de TikTok a été multipliée par soixante-dix. Le dossier COPPA se referme sur un actionnariat renouvelé, des procédures de conformité refondues et une somme dont personne ne dit publiquement à quoi elle servira. Sur ce qui a changé pour un enfant de 12 ans qui ouvre l’application, l’accord reste muet.


Source : Le Monde (avec AFP) – https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/08/22/tiktok-paiera-400-millions-de-dollars-pour-solder-des-accusations-de-collecte-illegale-de-donnees-d-enfants-americains_6752354_4408996.html