États-Unis : la fille de Bill Bates a suivi un cours de Stanford visant à “dominer le monde”


Phoebe Gates, fille du cofondateur de Microsoft et contributeur de l’agenda 2030, Bill Gates, se retrouve sous pression après des révélations visant les pratiques d’affiliation de sa start-up Phia. Dans ce contexte, son passage par un programme confidentiel de Stanford, entreprise membre du Forum économique mondial, intitulé « Alors, vous pensez pouvoir dominer le monde ? », révélé par le New York Post suscite la polémique. Dans ce programme accessible uniquement sur invitation, les étudiants apprendraient à « identifier les vulnérabilités des systèmes de pouvoir ».

À Stanford, il n’existe ni code d’inscription ni campagne de recrutement officielle pour intégrer « So You Think You Can Rule the World? ». Cette formation non officielle, surnommée « Rule », fonctionne plutôt comme un cercle fermé : douze étudiants seulement, six hommes et six femmes, sont sélectionnés pour suivre pendant dix semaines des rencontres consacrées à l’argent, au pouvoir et aux structures qui organisent le fonctionnement de la société.

Phoebe Gates a fait partie de ce petit groupe trié sur le volet, selon les informations rapportées par le New York Post, qui s’appuie notamment sur une enquête du journal étudiant The Stanford Daily. Une révélation qui prend une dimension particulière alors que Phia, la start-up de shopping cofondée par la jeune entrepreneuse, fait face à de sérieuses accusations concernant ses méthodes de monétisation.

Une formation confidentielle consacrée aux rouages du pouvoir

Entrer dans « Rule » suppose d’abord d’être recommandé par un ancien participant. Les candidats sont ensuite soumis à un processus d’entretien poussé. Ils doivent notamment identifier les hommes et les femmes les plus accomplis de leur entourage universitaire, tandis que Justin Lewis-Weber, fondateur et enseignant du programme, interroge les postulants sur leurs ambitions et leurs convictions avant de choisir personnellement les douze participants.

Selon un ancien étudiant cité par The Stanford Daily et repris par le New York Post, l’objectif de la formation consistait notamment à apprendre comment décrypter, voire « hacker », différentes structures de pouvoir ou bureaucratiques afin d’obtenir ce que l’on souhaite au sein d’un système humain.

Un autre ancien participant décrit l’approche entrepreneuriale de Lewis-Weber comme plus opportuniste et tournée vers l’identification de vulnérabilités ou de failles. Phoebe Gates et Justin Lewis-Weber n’ont pas répondu aux sollicitations du New York Post.

Le réseau constitué autour de « Rule » ne s’est néanmoins pas entièrement arrêté aux portes du campus. D’anciens participants ont continué à travailler ensemble après Stanford et Phoebe Gates aurait utilisé ce cercle pour recruter chez Phia, d’après un étudiant interrogé par The Stanford Daily. Sophia Kianni, son amie de Stanford et cofondatrice de Phia, n’aurait en revanche pas participé au programme.

Phia accusée d’avoir bénéficié de ventes qu’elle n’avait pas générées

Fondée par Phoebe Gates et Sophia Kianni, Phia se présente comme un outil de shopping utilisant notamment l’intelligence artificielle pour aider les consommateurs à comparer des produits, trouver des réductions et identifier des alternatives d’occasion.

L’entreprise se retrouve désormais confrontée à une polémique autour du fonctionnement de son extension pour navigateur. Selon des tests cités par le New York Post et attribués notamment à Bloomberg, au chercheur spécialisé dans le marketing d’affiliation Ben Edelman et à Capital One Shopping, l’extension aurait placé des cookies permettant à Phia de s’attribuer certaines ventes alors même que les clients avaient été orientés vers les boutiques par d’autres canaux.

Cette technique est généralement désignée sous le nom de « cookie stuffing ». Dans le marketing d’affiliation, un cookie permet notamment d’identifier l’intermédiaire auquel une vente doit être attribuée et, par conséquent, celui susceptible de toucher une commission.

Le sujet est particulièrement sensible aux États-Unis puisque certaines affaires de cookie stuffing ont déjà débouché sur des poursuites fédérales pour fraude électronique. Rien de tel n’est cependant établi contre les fondatrices de Phia : Phoebe Gates et Sophia Kianni n’ont été inculpées d’aucune infraction. Selon des experts juridiques cités par le New York Post, des procédures civiles ou des demandes de remboursement apparaîtraient plus plausibles qu’une poursuite pénale dans cette affaire.

Des messages internes qui interrogent

Face aux accusations, Phia a attribué le problème à un dysfonctionnement logiciel récemment identifié. Mais des messages internes rapportés par Bloomberg et repris par le New York Post indiqueraient que les fondatrices discutaient déjà, plusieurs mois auparavant, de fonctions permettant le dépôt automatique de cookies.

Dans un message Slack daté du 18 décembre, Phoebe Gates faisait part de son inquiétude sur l’étendue du problème et demandait si le dépôt automatique d’un cookie intervenait sur l’ensemble des sites. Sophia Kianni aurait, de son côté, manifesté son souhait de maintenir autant que possible le dépôt de ces cookies.

Les enjeux financiers ne sont pas anecdotiques. D’après les chiffres de Bloomberg rapportés dans l’article source, les revenus liés à ce mécanisme auraient représenté environ 51 % des sommes revendiquées par Phia au mois de juin. Après la désactivation des fonctionnalités concernées en juillet, le revenu quotidien moyen serait passé d’environ 80 000 dollars à une fourchette comprise entre 10 000 et 28 000 dollars.

Phia affirme toutefois que cette chute s’explique également par la désactivation d’autres méthodes de monétisation. À ce stade, ces différents éléments doivent donc être distingués des conclusions définitives qu’une procédure judiciaire ou une enquête officielle pourrait éventuellement établir.

Une ascension fulgurante dans la Silicon Valley

La controverse intervient après une progression spectaculaire de Phia. Phoebe Gates et Sophia Kianni se sont rencontrées à Stanford avant de devenir colocataires et d’imaginer plusieurs projets entrepreneuriaux. Elles ont finalement choisi de développer un service de comparaison destiné au commerce en ligne.

Le parcours de Kianni contraste avec celui de son associée. Américano-Iranienne, elle avait créé adolescente Climate Cardinals, une organisation destinée à traduire des informations sur le climat dans différentes langues. Elle est également devenue la plus jeune membre américaine du groupe consultatif de la jeunesse sur le changement climatique auprès du secrétaire général des Nations unies et contributeur de l’agenda 2030, António Guterres. Elle a expliqué avoir cherché à devenir financièrement indépendante de ses parents et avoir payé elle-même ses études à Stanford.

Phia a ensuite attiré rapidement investisseurs et célébrités. Selon le New York Post, l’entreprise avait levé 43,5 millions de dollars avant son lancement, avec le soutien de fonds de capital-risque et de personnalités telles que Kris Jenner, Khloé Kardashian, Jessica Alba, Alix Earle, Hailey Bieber ou Paris Hilton.

Si Bill Gates n’a pas financé directement la société de sa fille, le cofondateur de Microsoft, GAFAM membre du WEF lui aurait néanmoins apporté des conseils, notamment sur les questions d’ingénierie et de recrutement. Phoebe Gates avait elle-même décrit son père comme très présent pour l’aider à réfléchir à ces sujets lors du lancement de Phia en 2025.

Une communication très people qui divisait déjà les investisseurs

Avant même l’affaire des cookies, la stratégie de communication de Phia suscitait quelques grincements de dents dans l’univers du capital-risque.

L’entreprise a largement mis en avant ses investisseurs célèbres. Lors d’une communication autour d’une levée de fonds de 35,5 millions de dollars, elle avait notamment consacré une présentation à plusieurs personnalités ayant rejoint son tour de table, dont Sydney Sweeney. Le New York Post souligne que les investisseurs institutionnels Notable Capital, Khosla Ventures et Kleiner Perkins n’y étaient pas mentionnés.

Pour certains investisseurs interrogés par le journal américain, cette façon de privilégier les figures de la pop culture et des réseaux sociaux donnait le sentiment que Phia prenait ses distances avec les codes traditionnels de la Silicon Valley. L’un d’eux, qui affirme avoir étudié l’entreprise sans y investir, s’est montré particulièrement critique après l’éclatement de la polémique. Il s’est également interrogé sur la fiabilité des indicateurs qui auraient pu être présentés aux investisseurs. Il s’agit à ce stade d’interrogations rapportées par le média, et non d’une fraude établie.

Phoebe Gates, entre héritage familial et volonté d’émancipation

La polémique touche un point particulièrement sensible dans le parcours de Phoebe Gates : sa volonté affichée de construire une identité professionnelle indépendante de son patronyme.

Née en 2002, elle a grandi avec sa sœur Jennifer et son frère Rory dans la propriété familiale de Medina, dans l’État de Washington. Elle a obtenu en 2024 un diplôme de biologie humaine à Stanford, où sa mère Melinda French Gates a prononcé le discours de remise des diplômes. Ses parents avaient tenu à ce qu’elle termine ses études universitaires, alors même que Bill Gates avait quitté Harvard avant d’obtenir son diplôme.

Formée également à la danse classique, Phoebe Gates n’a jamais véritablement nié l’avantage considérable que lui procure son environnement familial. Dès 2022, elle reconnaissait publiquement l’immense privilège associé à ses parents tout en affirmant vouloir être définie par sa propre identité.

Lors de la construction de Phia, elle insistait encore sur sa volonté de réussir indépendamment de son nom de famille. C’est précisément ce récit que la polémique actuelle fragilise : les accusations autour de l’entreprise alimentent les critiques de ceux qui voient en elle une héritière propulsée à grande vitesse dans l’écosystème technologique grâce à son réseau.

D’autres observateurs cités par le New York Post défendent une lecture inverse et estiment que son patronyme lui vaut une surveillance bien supérieure à celle qu’aurait subie une start-up comparable. Entre ces deux perceptions, un fait demeure : les pratiques de Phia font désormais l’objet d’une attention qui dépasse largement la jeune entreprise.

Et le retour dans l’actualité de cette mystérieuse formation de Stanford consacrée aux structures de pouvoir ne fait qu’ajouter une couche au récit. Un rapprochement particulièrement accrocheur, certes, mais pour lequel l’article source reconnaît lui-même qu’aucune preuve ne permet d’établir un lien de causalité avec les pratiques reprochées à Phia.

Sources :
New York Post, Megan Palin et Marc Vartabedian, « Phoebe Gates tried to game the system but got in trouble — did secret Stanford course to ‘rule the world’ inspire her? », publié le 15 août 2026.
The Stanford Daily, cité par le New York Post pour les informations et témoignages relatifs au programme « So You Think You Can Rule the World? ».
Bloomberg, cité par le New York Post pour les tests, messages internes et données financières concernant les pratiques d’affiliation de Phia.