Chine : Xu Jiayin, fondateur d’Evergrande condamné à la prison à vie

Le tribunal de Shenzhen a condamné jeudi 20 août à la prison à vie Xu Jiayin, fondateur d’Evergrande, pour fraude financière à grande échelle. Le groupe et sa filiale immobilière écopent au total de 15,82 milliards de yuans d’amendes, soit 2 milliards d’euros, et cinq autres dirigeants de six à dix-huit ans de prison. Evergrande est en défaut de paiement depuis 2021.

Deux milliards d’euros. C’est la somme que la justice chinoise réclame à un groupe qui ne rembourse plus ses créanciers depuis 2021. Le tribunal de Shenzhen a rendu sa décision publique jeudi 20 août sur le réseau social WeChat, selon Le Figaro et l’AFP. Le détail tient en deux lignes : 8,82 milliards de yuans, soit 1,12 milliard d’euros, pour le groupe Evergrande ; 7 milliards de yuans, soit 890 millions d’euros, pour sa filiale Evergrande Real Estate. Total, 15,82 milliards de yuans.

Le fondateur, Xu Jiayin, que le monde des affaires de Hong Kong connaît sous le nom cantonais de Hui Ka Yan, est condamné à la prison à vie. Il est en outre déchu à vie de ses droits civiques et l’intégralité de ses biens personnels est confisquée. Le chef principal retenu contre lui est la fraude financière à grande échelle.

Cinq autres hauts responsables du groupe ont été condamnés à des peines allant de six à dix-huit ans de prison, sous différents chefs d’accusation. Le tribunal n’a pas détaillé publiquement la répartition des rôles entre eux.

Cinq années d’actifs gonflés

La cour situe les faits entre 2016 et 2021. Sur cette période, Evergrande et son fondateur ont, selon elle, « enfreint la loi nationale en se livrant à une fraude financière continue et à grande échelle, ainsi qu’à d’autres agissements visant à gonfler les actifs et à dissimuler les passifs ». Deux gestes complémentaires : ajouter d’un côté, retrancher de l’autre, et présenter au marché un bilan qui tient debout.

Le tribunal ajoute que les accusés avaient « pris le contrôle d’institutions financières » au moyen de pots-de-vin. Il ne nomme aucune de ces institutions.

La période retenue s’arrête précisément à l’année du défaut. Ce que les analystes décrivaient en 2021 comme une crise de liquidité est requalifié cinq ans plus tard, par un tribunal, en fraude continue. La différence n’est pas seulement sémantique : elle transforme un accident de marché en infraction pénale, et un dirigeant en condamné à perpétuité.

Un tour de vis, puis la chute

Evergrande a grandi au rythme de l’urbanisation chinoise, décennie après décennie, jusqu’à devenir le premier promoteur immobilier du pays. Le modèle reposait sur l’enchaînement : emprunter pour acquérir des terrains, vendre les logements sur plan, emprunter de nouveau. Tant que le crédit coulait et que les prix montaient, la mécanique tournait.

Pékin a fini par durcir les conditions d’accès au crédit, avec l’objectif affiché de limiter les emprunts excessifs des promoteurs. Evergrande n’a pas tenu le tour de vis et s’est retrouvé en défaut de paiement en 2021.

La suite déborde largement le cas d’un groupe. La déconfiture d’Evergrande et celle d’autres promoteurs, ainsi que la crise du marché immobilier qui les a accompagnées, continuent d’entraver la croissance chinoise, dont le secteur était l’un des principaux moteurs. Cinq ans après le défaut, le bâtiment reste le point de fragilité que Pékin n’a pas refermé.

Ce qu’il reste à saisir

Reste une question que le jugement ne tranche pas : sur quoi seront prélevés ces 15,82 milliards de yuans. Un groupe en défaut de paiement depuis cinq ans n’a pas, par construction, de trésorerie disponible. L’amende s’ajoute donc à une file d’attente déjà longue, où figurent les banques, les fournisseurs et les porteurs d’obligations.

Les biens personnels de Xu Jiayin sont confisqués, sa peine est perpétuelle, ses droits civiques sont éteints. Pour les créanciers et pour les acquéreurs de logements non livrés, la réparation reste théorique.

Le signal, lui, s’adresse au marché plus qu’aux victimes. En publiant sa décision sur WeChat, le tribunal de Shenzhen a choisi le canal le plus large dont dispose la justice chinoise pour faire savoir aux dirigeants du secteur ce que coûte désormais un bilan gonflé. La condamnation vaut jurisprudence autant qu’avertissement.

La justice chinoise a mis cinq ans à nommer ce qui s’est passé chez Evergrande. Elle l’a fait avec les mots les plus lourds de son arsenal : perpétuité, confiscation, deux milliards d’euros d’amendes. Restent les chantiers.


Source : Le Figaro (avec AFP) – https://www.lefigaro.fr/societes/chine-le-fondateur-du-geant-evergrande-symbole-de-la-crise-de-l-immobilier-condamne-a-la-prison-a-vie-20260820