Gros plan sur un billet de cent dollars américains, illustration

Dollar : la devise recule après le doublement des rachats du Trésor

Le dollar a décroché mercredi 19 août après l’annonce, par le ministère américain des Finances, du doublement de ses rachats d’obligations à long terme à compter du 9 septembre. La devise américaine perd 0,86 % face à l’euro, 0,57 % face à la livre sterling et 1,84 % face au franc suisse, selon Capital et l’AFP. Le rendement à 30 ans des emprunts d’État américains était monté la veille à 5,34 %, un niveau plus vu depuis 2007.

Vers 19h10 GMT, mercredi 19 août 2026, le dollar cède 0,86 % face à l’euro, à 1,1675 dollar pour un euro. C’est son plus bas niveau depuis fin mai, selon les données rapportées par Capital et l’AFP. Le recul est plus marqué encore face au franc suisse, à 1,84 %, et plus mesuré face à la livre sterling, à 0,57 %.

La cause tient en un communiqué. Le ministère américain des Finances a annoncé qu’à compter du 9 septembre, il doublerait le montant de ses rachats d’obligations à long terme, celles dont la maturité s’étale de dix à trente ans. Chaque opération portera sur au moins 4 milliards de dollars, contre 2 milliards jusqu’ici.

Doubler la mise pour faire baisser le prix de la dette

L’objectif affiché par le Trésor est double : apporter de la liquidité sur le marché obligataire et faire baisser les rendements, après la flambée des derniers jours. L’effet a été immédiat. Le rendement à 30 ans des emprunts d’État américains est redescendu à 5,19 %, contre jusqu’à 5,34 % la veille.

Un rachat obligataire consiste, pour l’émetteur d’une dette, à racheter sur le marché des titres qu’il a lui-même émis. En augmentant la demande, l’opération fait monter le prix de ces titres et abaisse mécaniquement leur rendement, qui varie en sens inverse. Le Trésor américain se porte donc acheteur de sa propre dette pour en réduire le coût, et il vient de décider d’y consacrer deux fois plus d’argent à chaque opération.

Ce 5,34 % est le chiffre qui a déclenché la manœuvre. Les emprunts américains à trente ans n’avaient plus atteint ce niveau depuis 2007, c’est-à-dire depuis l’année qui a précédé la crise financière. Washington a doublé la mise pour l’effacer.

Pour Neil Wilson, analyste chez Saxo Bank cité par l’AFP, il s’agit d’« un signal très fort envoyé par le Trésor qui a décidé que des rendements obligataires aussi élevés aux États-Unis sont inacceptables ».

Le cercle vicieux, décrit par ceux qui le regardent

James Stanley, de Forex.com, résume le mécanisme que le Trésor cherche à enrayer : « Après des années de taux bas et d’explosion de la dette publique, une simple hausse des rendements des bons du Trésor signifiait que le coût du refinancement de cette dette allait être considérablement plus élevé », ce qui augmente encore l’endettement de l’État fédéral.

Washington cherche donc à briser ce cercle vicieux, selon l’analyste. La méthode a un prix, et il est libellé dans la même monnaie : des taux obligataires moins élevés rendent le dollar moins attractif pour les investisseurs étrangers. En agissant sur le coût de sa dette, le Trésor pénalise sa propre devise.

C’est l’arbitrage que le marché a lu mercredi soir. Payer moins cher pour se refinancer, et accepter que la monnaie de refinancement vaille un peu moins. Les deux analystes cités par l’AFP décrivent l’arbitrage sans le contester : le Trésor a choisi de traiter le prix de sa dette avant le cours de sa devise.

La Réserve fédérale regarde, le bitcoin s’envole

L’annonce a aussi été interprétée du côté de la politique monétaire. Le marché peut y voir « un assouplissement des conditions financières, dans la mesure où cela permet à la Fed d’éviter » de rehausser ses taux, estime Neil Wilson. Les hypothèses d’un statu quo de la Réserve fédérale lors de sa réunion de septembre s’en sont trouvées renforcées.

Les responsables monétaires américains s’étaient montrés divisés lors du précédent rendez-vous, entre craintes sur l’inflation et questionnements sur la vigueur de l’économie, selon le compte rendu publié mercredi. L’annonce du Trésor leur offre un argument supplémentaire pour ne rien décider.

Le bitcoin, lui, s’est envolé de 5,98 %, à 68 409,81 dollars, avant une rencontre de responsables des cryptomonnaies à la Maison-Blanche avec Donald Trump. Deux mouvements distincts, la même journée, sur le même marché.

Le dollar a payé mercredi le prix d’une opération destinée à alléger la facture de la dette américaine. Reste à savoir combien de temps le Trésor pourra racheter ses propres obligations sans que les détenteurs étrangers de la devise en tirent des conclusions. Le rendez-vous de la Réserve fédérale, en septembre, donnera un premier élément de réponse.


Source : Capital (avec AFP) – https://www.capital.fr/entreprises-marches/le-dollar-chute-par-rapport-a-l-euro-le-doublement-des-rachats-obligataires-par-le-tresor-americain-en-cause-1529420