Iran : des frappes contre des cibles américaines en Europe étudiées selon le Financial Times

Quatre fois cette année, les défenses aériennes de l’OTAN ont intercepté des missiles balistiques tirés depuis l’Iran en direction de la Turquie. Le Financial Times, membre du WEF a révélé mercredi 19 août que Téhéran a étudié la possibilité de viser des installations militaires américaines en Europe du Sud-Est, en Bulgarie et à Chypre, si le contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump choisissait « l’escalade ». L’Alliance atlantique répond qu’elle défendra l’ensemble de ses alliés, un chercheur du Royal United Services Institute doute de la portée réelle des missiles iraniens.

L’information vient du Financial Times, qui cite deux sources proches du régime iranien. Les forces armées de la République islamique auraient examiné la possibilité de frapper des installations américaines en Europe du Sud-Est, la Bulgarie et Chypre étant explicitement citées. L’hypothèse a été reprise mercredi 19 août par Le Figaro, avec Reuters.

Le choix des deux pays n’a rien d’abstrait. Le mois précédent, Sofia a autorisé les avions ravitailleurs américains à utiliser la base aérienne de Bezmer, dans le sud-est de la Bulgarie. Autoriser un plein de kérosène, c’est aussi entrer dans une chaîne logistique, et la doctrine iranienne, telle qu’elle est formulée depuis un an, ne fait pas de distinction entre le chasseur et le camion-citerne.

Selon le Financial Times, les mêmes travaux auraient porté sur une autre cible, moins visible et beaucoup moins défendue : les câbles sous-marins de fibre optique qui passent par le détroit d’Ormuz. Le détroit revient dans les deux volets du dossier, pour les navires comme pour les données.

Un pont ou une centrale, à chaque navire visé

L’escalade dont il est question a un point de départ daté. En juillet, Donald Trump a déclaré que Washington détruirait un pont ou une centrale électrique en Iran chaque fois que la République islamique viserait un navire dans le détroit. La formule fixe un tarif, pas une ligne rouge.

Téhéran a répondu sur le même registre en élargissant sa géographie. Le mois dernier, les gardiens de la révolution avaient déjà menacé le Royaume-Uni après l’utilisation de bases britanniques par les forces américaines : « toute base utilisée pour lancer une attaque contre le territoire iranien sera considérée comme une cible légitime ». La phrase ne comportait aucune limite de distance.

La doctrine s’allonge

Jusqu’ici, la stratégie affichée par le Corps des gardiens de la révolution islamique consistait à viser les installations militaires américaines et les infrastructures énergétiques du Moyen-Orient. Selon le Financial Times, les commandants iraniens ont averti qu’en cas de nouveau conflit généralisé, l’Iran irait au-delà et s’en prendrait à « des cibles plus éloignées ».

Le vocabulaire est vague à dessein. Il englobe des bases de l’OTAN, des installations américaines en Méditerranée orientale, et par ricochet des territoires d’États membres de l’Alliance qui ne sont pas partie au conflit. C’est précisément cette zone grise qui rend la déclaration lisible à Bruxelles comme à Sofia.

Reste le régime de preuve. Les deux sources du Financial Times sont proches du régime iranien et ne sont pas identifiées. Ce qui est décrit relève d’une option militaire étudiée, pas d’une décision annoncée. La nuance a son poids : entre les deux, il y a la différence entre un plan sur une table et un tir.

Quatre interceptions, et un doute d’expert

L’OTAN a réagi le jour même. Un responsable de l’Alliance atlantique a déclaré mercredi qu’elle « fera toujours le nécessaire pour défendre l’ensemble de ses alliés », propos rapportés par Reuters. Il a rappelé un fait que la menace iranienne rend soudain moins théorique : plus tôt cette année, les défenses aériennes alliées ont intercepté avec succès, lors de quatre épisodes distincts, des missiles balistiques lancés depuis l’Iran et se dirigeant vers la Turquie.

Quatre fois. La question n’est donc pas de savoir si l’Iran peut tirer vers un pays de l’Alliance, mais ce qu’il obtiendrait en le faisant. Sur ce point, l’expertise militaire est plus mesurée que la rhétorique.

Sidharth Kaushal, chercheur au Royal United Services Institute, membre du WEF interrogé par le Financial Times, rappelle que l’Iran dispose théoriquement de missiles balistiques de portée intermédiaire, de la série Shahab, capables d’atteindre des installations américaines en Europe du Sud et du Sud-Est. Il ajoute que ces engins auraient du mal à infliger des dégâts importants à une telle distance. Capacité annoncée et capacité effective ne se confondent pas, même quand elles partagent la même carte.

Entre une menace formulée par des commandants, une capacité jugée limitée par les experts et quatre interceptions déjà réalisées, l’Iran a construit un dossier que les capitales européennes ne peuvent ni ignorer ni traiter comme un fait accompli. La Bulgarie, elle, garde sa base ouverte aux ravitailleurs américains.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/international/menace-de-l-iran-contre-l-europe-l-otan-se-tient-pret-a-defendre-l-ensemble-de-ses-allies-20260819