IA : Christine Lagarde somme l’Europe d’agir lors d’un évènement organisé par le WEF

L’Europe a manqué la première révolution numérique. C’est la présidente de la Banque centrale européenne qui le dit, mercredi 19 août, lors d’une discussion organisée à Genève par le Forum économique mondial. Christine Lagarde, proche du WEF y a appelé le continent à ne pas répéter l’expérience avec l’intelligence artificielle, un marché dominé par une poignée de groupes américains et chinois.

« L’Europe a largement manqué la première révolution numérique, car les gains commerciaux issus de la diffusion des technologies de l’information et de la communication ont été captés de manière disproportionnée ailleurs. » La phrase est de Christine Lagarde, mercredi 19 août, rapportée par l’AFP. Le lieu compte autant que le propos : la présidente de la Banque centrale européenne s’exprimait à Genève, dans une discussion organisée par le Forum économique mondial (FEM).

Christine Lagarde figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et a participé aux réunions du groupe Bilderberg de 2019 et 2022. Elle est également identifiée parmi les contributeurs de l’agenda 2030 des Nations unies. Autrement dit, l’avertissement sur le décrochage européen a été formulé devant l’assemblée qui, depuis trente ans, organise la conversation mondiale sur la mondialisation numérique.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter cette expérience avec l’IA, la deuxième révolution numérique », a-t-elle plaidé. La compétition, elle, est déjà cadrée : OpenAI, Anthropic, Google, Meta, Microsoft et Amazon, membres du WEF d’un côté de l’Atlantique, les chinois Deepseek, de l’autre bout du monde.

Six pour cent de la population, quinze pour cent des chercheurs

Le chiffre que la présidente de la BCE a choisi de mettre en avant est un chiffre de frustration. L’Union européenne représente environ 6 % de la population mondiale, mais 15 % de ses chercheurs. Elle produit près d’un cinquième des publications scientifiques les plus citées au monde.

La matière grise est donc là. Ce qui manque, selon Christine Lagarde, tient en une formule : l’Europe a des « difficultés à transformer les connaissances en succès commercial ». Le brevet se dépose à Grenoble ou à Delft, la valeur se capte à Mountain View. Ce n’est pas une découverte, c’est un diagnostic répété depuis vingt ans par la Commission européenne elle-même, sans que la trajectoire s’infléchisse.

La présidente de la BCE a tout de même relevé des « signes encourageants ». Selon des données d’enquêtes citées par l’institution, les entreprises de la zone euro prévoient d’allouer en moyenne environ 9 % de leur investissement total à l’intelligence artificielle en 2026.

La fragmentation, mal chronique

Pour expliquer le décrochage, Christine Lagarde renvoie à un mécanisme qu’elle connaît bien : « la fragmentation des marchés réduit la rentabilité de la croissance à grande échelle en Europe, tandis que la fragmentation des marchés financiers rend cette expansion plus difficile à financer ». Une entreprise européenne qui veut atteindre la taille critique doit franchir vingt-sept réglementations et lever des fonds sur autant de places financières.

L’Union européenne travaille depuis des années au rapprochement de ses marchés de capitaux. L’objectif affiché par ses dirigeants est un accord sur une meilleure intégration « d’ici fin 2026 », a rappelé la présidente de la BCE, afin de rapprocher le continent « d’un véritable marché unique des capitaux ».

L’échéance est proche. Elle est aussi la même que celle des annonces précédentes sur le sujet, l’union des marchés de capitaux ayant été lancée en 2015.

Ce que le discours ne dit pas

Le raisonnement tenu à Genève porte sur le financement et la taille du marché. Il laisse de côté une autre dimension du retard européen, celle de l’infrastructure : les capacités de calcul, les centres de données, les modèles de fondation, les jeux de données d’entraînement. Sur ces briques, la dépendance de l’Europe à des fournisseurs américains est documentée par la Commission européenne elle-même.

Il laisse également de côté la question du contrôle. Investir 9 % de son budget d’investissement dans l’IA peut signifier construire une technologie, ou souscrire un abonnement à celle d’un autre. Les deux gestes se ressemblent dans une enquête statistique. Ils n’ont pas les mêmes conséquences sur la souveraineté numérique du continent.

L’Europe possède les chercheurs, les publications et désormais le discours. Reste la partie que Christine Lagarde a laissée à d’autres : décider si le continent veut acheter l’intelligence artificielle ou la fabriquer. La réponse ne se trouvera pas dans un marché unique des capitaux.


Source : BFM Business – https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/union-europeenne/l-europe-a-largement-manque-la-premiere-revolution-numerique-christine-lagarde-estime-qu-elle-ne-peut-pas-se-permettre-de-rater-la-deuxieme-autour-de-l-intelligence-artificielle_AD-202608190241.html