« Ce sont des gens qui ne devraient pas être en vie. » Les propos tenus par le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir dans un podcast diffusé samedi soir ont provoqué la condamnation de la France et de l’Allemagne. Le ministre d’extrême droite y appelle à mener des « éliminations ciblées » chaque nuit à Gaza.
Ce qui a été dit
Dans un podcast diffusé samedi soir, Itamar Ben Gvir déclare : « Je pense que des éliminations ciblées devraient être menées chaque nuit à Gaza. » Il propose d’en « éliminer trente ou quarante » et ajoute, à propos des personnes visées : « Ce sont des gens qui ne devraient pas être en vie. »
Ben Gvir dirige le ministère de la Sécurité nationale, qui a autorité sur la police israélienne. Il est le chef du parti Otzma Yehudit, formation d’extrême droite. Il est interdit d’entrée en France, en Espagne et en Irlande depuis le 23 mai 2026.
Paris parle d’« insupportable »
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié ces propos d’« insupportables et inhumains ». Il a par ailleurs jugé que « ce qu’il se passe aujourd’hui en Cisjordanie est proprement indigne », élargissant la critique au-delà de la seule déclaration.
La formule est plus dure que le vocabulaire habituel du Quai d’Orsay sur ce dossier. Elle reste toutefois une condamnation verbale, sans mesure annoncée.
Berlin hausse le ton
Le chancelier allemand Friedrich Merz a condamné « avec la plus grande fermeté » les déclarations du ministre israélien, les qualifiant d’« inacceptables » et d’« appels inhumains et contraires au droit international ».
La position allemande est la plus scrutée d’Europe sur ce sujet. La raison d’État qui lie Berlin à la sécurité d’Israël depuis 1949 rend chaque inflexion du vocabulaire chancelier significative. Que le mot « inhumain » vienne d’un chancelier chrétien-démocrate mesure la distance parcourue.
Une opinion israélienne divisée
Les déclarations de Ben Gvir ne reflètent pas la position officielle du cabinet israélien, et plusieurs responsables de l’opposition les ont dénoncées. Le chef de l’opposition Yaïr Lapid critique régulièrement les prises de parole du ministre de la Sécurité nationale, qu’il accuse de nuire aux intérêts diplomatiques du pays. Des associations israéliennes de défense des droits humains, dont B’Tselem et l’Association pour les droits civiques en Israël, documentent depuis plusieurs années les propos de responsables politiques susceptibles de constituer une incitation.
Otzma Yehudit, le parti de Ben Gvir, dispose d’un poids parlementaire limité mais indispensable à la coalition au pouvoir. Cette arithmétique explique la marge de parole dont dispose son chef, et l’absence de sanction interne après chacune de ses sorties.
Un ministre déjà sanctionné
Itamar Ben Gvir n’en est pas à sa première mise à l’index. En juin 2025, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège avaient annoncé des sanctions coordonnées contre lui et contre le ministre des Finances Bezalel Smotrich, leur reprochant d’inciter à la violence contre les Palestiniens de Cisjordanie. Ces mesures comprenaient des interdictions de voyage et des gels d’avoirs.
Le gouvernement israélien avait dénoncé une décision « scandaleuse » et convoqué les ambassadeurs concernés. La France, l’Espagne et l’Irlande ont pour leur part prononcé une interdiction d’entrée sur leur territoire en mai 2026.
Ces sanctions visent des ministres en exercice d’un pays allié, ce qui reste rare dans la pratique diplomatique occidentale. Elles n’ont pas modifié la composition du gouvernement israélien, ni les fonctions exercées par Ben Gvir, qui conserve la tutelle sur la police.
Des mots, et après
Les appels publics au meurtre de civils sont susceptibles de relever de l’incitation au crime au regard du droit international humanitaire. Aucune procédure n’a été annoncée. Le gouvernement israélien n’a pas commenté officiellement les propos de son ministre.
Les interdictions d’entrée prononcées en mai 2026 par la France, l’Espagne et l’Irlande restent, à ce jour, la seule sanction concrète visant Itamar Ben Gvir.
Deux capitales européennes ont trouvé les mots. Elles n’ont pas encore trouvé les actes. Les propos de Ben Gvir sur Gaza n’ont, pour l’heure, coûté à leur auteur qu’un communiqué.