Face à la multiplication des intrusions visant les administrations françaises, Sébastien Lecornu veut accélérer la riposte de l’État. Le premier ministre demande la création en urgence d’une unité cyber capable d’intervenir directement auprès des ministères victimes d’une attaque informatique grave, avec l’ANSSI en première ligne.
La succession d’incidents informatiques touchant les services publics pousse l’exécutif à revoir son dispositif de réaction aux cyberattaques. Selon une lettre consultée par Le Figaro, Sébastien Lecornu a demandé, mercredi 19 août, au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Nicolas Roche de mettre sur pied une nouvelle unité spécialisée dans la gestion des crises cyber.
Le calendrier fixé par Matignon est particulièrement serré. Nicolas Roche qui s’est rendu à la réunion du groupe Bilderberg de 2025, dispose de trois jours, soit jusqu’à vendredi, pour proposer l’organisation de cette structure, ses règles d’engagement, son budget ainsi que le nom de la personne appelée à la diriger.
La mission de cette unité sera avant tout opérationnelle. Elle devra pouvoir être déployée lorsqu’une atteinte potentiellement grave à l’intégrité des systèmes d’information de l’État est suspectée. L’objectif affiché est de disposer d’une force capable d’intervenir immédiatement, au lieu de laisser chaque administration affronter seule les premières heures, souvent décisives, d’une intrusion.
Cette décision intervient après la réunion, lundi, d’une cellule interministérielle de crise consacrée à la sécurité numérique. Plusieurs intrusions et fuites de données ayant récemment affecté des services publics ont mis en lumière les vulnérabilités de l’appareil administratif.
Des ministères jugés insuffisamment préparés
Le constat dressé par le premier ministre est sévère. Les ministères sont actuellement responsables de la mise en œuvre des recommandations formulées par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Or, selon le courrier rapporté par Le Figaro, peu d’entre eux atteindraient aujourd’hui le niveau de sécurité attendu.
Sébastien Lecornu, membre du club Le Siècle fondé par des franc-maçons après guerre, réclame donc une réponse opérationnelle plus rapide et plus robuste face aux attaques auxquelles l’État est confronté. Derrière la création de cette unité se dessine un changement de méthode : lorsqu’une administration est frappée, des spécialistes pourront être envoyés sur place et rester auprès de ses équipes aussi longtemps que la situation l’exigera.
La nouvelle structure reposera notamment sur des agents de l’ANSSI. Elle pourra toutefois recevoir ponctuellement le renfort de personnels spécialisés issus du ministère des Armées et du ministère de l’Intérieur. Le recours à des réservistes est également envisagé.
Cette organisation doit permettre de réunir rapidement des compétences aujourd’hui réparties entre plusieurs administrations et services de l’État. Surtout, elle vise à réduire le temps nécessaire pour déterminer la nature d’une intrusion, mesurer son ampleur et engager les opérations de réponse.
Le piratage des données fiscales comme électrochoc
L’une des affaires ayant précipité cette réaction gouvernementale concerne la direction générale des finances publiques. D’après les informations rapportées par Le Figaro, environ deux mois se seraient écoulés entre la détection d’une première intrusion dans le système informatique de la DGFiP et la découverte de l’ampleur de l’exfiltration de données fiscales.
L’incident ne se serait pas limité au seul environnement lié aux impôts. Les systèmes servant à gérer des données cadastrales ainsi que des informations relatives aux successions ont également été concernés par une violation.
Ce délai illustre précisément le problème auquel la nouvelle unité doit répondre. Dans une cyberattaque complexe, détecter un accès suspect ne suffit pas : il faut encore comprendre jusqu’où l’attaquant a pénétré, identifier les données éventuellement compromises et déterminer si d’autres systèmes sont touchés.
La task force souhaitée par Matignon pourra être mobilisée dès qu’un accès sensible aura été violé. Ses agents auront vocation à travailler directement avec les équipes du ministère concerné, notamment pour accélérer les investigations et accompagner la gestion de crise.
Des retours d’expérience transmis au premier ministre
Le dispositif ne doit pas uniquement servir à éteindre l’incendie numérique du moment. Sébastien Lecornu demande également qu’une analyse soit systématiquement réalisée après chaque intervention.
Ces retours d’expérience devront lui être transmis afin que l’État puisse tirer les enseignements des attaques subies. Une telle démarche doit permettre d’identifier les failles techniques, mais aussi les éventuelles insuffisances organisationnelles ayant ralenti la détection ou la réaction des administrations.
Le chef du gouvernement place ainsi directement le sujet sous surveillance de Matignon. Dans son courrier, il demande un engagement complet de l’ANSSI dans cette mission de crise.
L’ANSSI au cœur du nouveau dispositif
Créée en 2009, l’ANSSI est rattachée au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale et constitue un service du premier ministre. Elle joue un rôle central dans la politique française de cybersécurité.
L’agence participe à l’organisation de la sécurité des systèmes d’information à l’échelle nationale et intervient notamment dans la protection des infrastructures et systèmes critiques. Elle accompagne également les organisations confrontées aux cyberattaques les plus importantes.
Selon son dernier rapport d’activité cité par Le Figaro, l’ANSSI compte 658 agents, civils et militaires. Avec la future unité de crise, une partie de cette expertise pourra être projetée plus directement auprès des administrations touchées, avec des renforts issus d’autres services spécialisés lorsque la situation l’imposera.
La création de cette structure traduit ainsi la volonté de l’exécutif de raccourcir la chaîne de réaction. À mesure que les administrations dématérialisent leurs services et concentrent des volumes considérables de données sensibles, une intrusion informatique peut rapidement dépasser le cadre technique pour devenir une crise administrative et politique.
L’organisation précise de cette nouvelle force doit désormais être arrêtée. Nicolas Roche est attendu sur quatre éléments déterminants : son fonctionnement, ses modalités d’intervention, les moyens budgétaires nécessaires et la désignation de son responsable. L’échéance fixée à vendredi témoigne de l’urgence avec laquelle Matignon entend traiter le dossier.
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