Les frappes israéliennes en Syrie ont visé, dans la nuit du 17 au 18 août, la base aérienne d’Abou al-Douhour, dans la province d’Idleb, selon la télévision d’État syrienne, qui fait état de huit tirs sur la piste et d’aucune victime. Le cabinet du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a revendiqué l’opération le soir même, invoquant un projet de déploiement de troupes turques. Damas et Ankara ont saisi les Nations unies, Washington a parlé d’escalade inutile.
Abou al-Douhour se situe dans l’est de la province d’Idleb, à une quarantaine de kilomètres de la ville du même nom et à environ 70 kilomètres de la frontière turque. Dans la nuit du 17 au 18 août, une source militaire citée par la télévision d’État syrienne fait état de huit frappes sur la piste de l’aérodrome, attribuées à l’aviation israélienne. Aucune victime n’a été signalée.
Le décompte varie selon les sources. Al-Jazira reprend le chiffre de huit tirs communiqué par Damas. D’autres relevés, cités par le Jerusalem Post, évoquent quatre appareils et des dégâts sur la piste et des installations de stockage. i24News rapporte quatre pistes endommagées et plusieurs bâtiments touchés. Selon une source de sécurité syrienne citée par le site spécialisé Menadefense, la base n’était plus opérationnelle depuis 2012, mais des travaux de remise en état y avaient repris et quelques appareils y étaient entreposés. C’est la première attaque signalée contre cet aérodrome depuis la chute du régime de Bachar el-Assad, en décembre 2024, indique Al-Jazira.
Israël assume et désigne Ankara
Le soir du 18 août, le cabinet de Benyamin Nétanyahou publie un communiqué sur le réseau X. Il affirme qu’Israël et la Syrie s’étaient entendus sur un statu quo en matière de sécurité et que Damas s’apprêtait à le rompre en autorisant le déploiement de soldats turcs sur une base proche d’Alep. Le texte ajoute qu’Israël avait averti la Syrie à plusieurs reprises qu’un tel déploiement constituerait une menace, et que ces avertissements ont été ignorés.
L’Observatoire syrien des droits de l’homme rapporte qu’une délégation militaire turque s’était rendue sur place quelques jours plus tôt pour examiner l’état de la piste. Une source turque citée par le Jerusalem Post rejette la version israélienne et accuse Israël d’inventer des prétextes pour bombarder ses voisins. Ankara n’a pas confirmé de projet de déploiement. Selon i24News, des responsables israéliens ont transmis à Washington des renseignements sensibles avant l’opération.
La ligne israélienne est constante depuis décembre 2024 : pas de base turque permanente en Syrie, pas de système de défense antiaérienne moderne à portée du territoire israélien. Un responsable israélien cité par Fox News et repris par i24News a résumé le message adressé au président syrien, Ahmed al-Charaa, arrivé au pouvoir début 2025 : il ne peut pas agir comme le régime précédent.
Damas et Ankara saisissent les Nations unies
Le ministre syrien des affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a dénoncé une provocation injustifiée, une violation de la souveraineté syrienne et une menace directe pour la stabilité régionale. Damas a adressé des lettres aux Nations unies, selon i24News.
Le ministère turc des affaires étrangères a appelé la communauté internationale à adopter une position plus ferme pour mettre fin à ce qu’il qualifie d’agression israélienne croissante contre la Syrie, et invoqué une violation du droit international. Les deux capitales ont demandé une saisine du Conseil de sécurité. Le même jour, à Damas, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique et contributeur de l’agenda 2030, Rafael Grossi, signait avec le même ministre une déclaration conjointe sur les matières nucléaires héritées de l’ancien régime.
Washington marque sa distance
L’ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, Tom Barrack, s’est dit préoccupé par ces frappes israéliennes confirmées. Il a évoqué « une escalade inutile qui ne favorise pas la stabilité régionale », a salué la retenue du gouvernement syrien et appelé les parties au dialogue. La désapprobation publique d’une opération israélienne par un représentant américain reste rare.
Trois positions se sont exprimées en vingt-quatre heures : la revendication israélienne, la protestation conjointe de Damas et d’Ankara, la réserve américaine. Des discussions de désescalade entre Israël et la Syrie se poursuivent par ailleurs sous médiation américaine, sans calendrier public. Aucune des parties n’a annoncé leur interruption.
Israël a bombardé une piste que la Turquie voulait remettre en service. Le message vise deux capitales à la fois.