Cisjordanie : l’armée israélienne admet avoir numéroté des détenus

Des soldats israéliens ont inscrit des numéros au marqueur noir sur le front de Palestiniens interrogés le 17 août à Qabatiya, en Cisjordanie. L’armée israélienne a reconnu les faits le lendemain, évoquant la gravité de l’incident et des enseignements tirés, sans annoncer de sanction. Une cinquantaine de personnes étaient retenues dans une maison du village, selon le témoignage d’un habitant recueilli par l’AFP.

Une vidéo diffusée le 18 août et reprise par plusieurs médias montre un homme, le chiffre 44 tracé sur le front. Il s’appelle Ahmed Hatnawi, il habite Qabatiya, dans le nord de la Cisjordanie, à quelques kilomètres de Jénine. Il venait d’être libéré d’une prison israélienne.

Interrogé par l’AFP, il décrit une cinquantaine de personnes, dont des femmes, retenues dans une même maison pendant l’opération de la veille. Le marquage a été effectué au marqueur noir indélébile, sur le front pour les uns, sur les bras pour d’autres, selon les témoignages recueillis par Middle East Eye. « C’est juste une manière de nous humilier », déclare Ahmed Hatnawi à l’AFP. Le quotidien israélien Haaretz rapporte que des détenus ont affirmé avoir été frappés par des soldats.

Ce que l’armée reconnaît, ce qu’elle ne dit pas

L’armée israélienne a confirmé les faits le 18 août. Dans un communiqué relayé par l’AFP, elle indique que, lors d’une opération de niveau brigade menée la veille dans le village de Qabatiya, les forces de sécurité ont marqué des suspects interrogés dans le cadre de cette opération. Elle ajoute que les commandants ont souligné auprès des troupes la gravité de l’incident et que des enseignements en ont été tirés.

Le communiqué ne mentionne ni sanction disciplinaire, ni enquête ouverte, ni nombre de militaires concernés. Selon i24News, l’opération s’est soldée par l’arrestation de deux suspects présentés par l’armée comme préparant des attaques, dont l’une décrite comme imminente. Le Times of Israel évoque une centaine de bâtiments fouillés. La reconnaissance de l’armée est intervenue après la diffusion de la vidéo, non avant. Ahmed Hatnawi, marqué du numéro 44, ne figure pas parmi les personnes arrêtées : il s’est exprimé devant des médias locaux le lendemain de l’opération.

Le procédé avait déjà été employé. En avril 2026, des numéros avaient été inscrits sur les mains de Palestiniennes lors d’un retour d’habitants dans le camp de réfugiés de Jénine. L’armée israélienne avait alors expliqué que le marquage servait à organiser les entrées par secteur, tout en reconnaissant un manque de discernement, rapporte le Times of Israel.

Deux noms pour un même territoire

i24News, média israélien qui a rendu compte de cette reconnaissance, place l’affaire en « Judée-Samarie », appellation employée par les autorités israéliennes. L’AFP, Reuters et les Nations unies parlent de Cisjordanie occupée, territoire placé sous occupation israélienne depuis 1967. La Cour internationale de justice a estimé, dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, que la présence israélienne prolongée dans le territoire palestinien occupé était illicite au regard du droit international. L’expression Judée-Samarie renvoie aux noms bibliques des deux régions et appartient au vocabulaire administratif israélien. Le présent article emploie Cisjordanie, terminologie retenue par les agences de presse internationales et par les institutions onusiennes. Les deux appellations renvoient à des positions juridiques distinctes.

Une opération engagée depuis janvier 2025

Le raid de Qabatiya s’inscrit dans l’opération Mur de fer, campagne militaire lancée en janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie, selon le Times of Israel. Des dizaines de milliers de Palestiniens ont quitté les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nour Chams depuis son déclenchement.

Le contexte local avait changé la semaine précédente. La colonie de Ganim a été inaugurée près de Qabatiya, celle de Kadim doit accueillir prochainement des habitants, rapporte l’AFP. Selon la même agence, environ 500 000 Israéliens vivent dans les colonies de Cisjordanie, aux côtés de près de trois millions de Palestiniens, et ces implantations sont considérées comme illégales au regard du droit international. Ahmed Hatnawi affirme que les soldats sont venus avertir les habitants de ne pas s’en prendre aux colons.

Aucune réaction officielle de l’Autorité palestinienne ni d’organisation de défense des droits humains n’avait été rendue publique dans les heures qui ont suivi l’annonce de l’armée. Côté israélien, le député Ahmad Tibi, du parti Hadash-Taal, a jugé la pratique choquante et répugnante, y voyant la réduction de personnes à des numéros et une résurgence de périodes sombres.

L’armée israélienne dit avoir tiré des enseignements de l’opération de Qabatiya. Elle n’a pas dit lesquels.


Source : i24News – https://www.i24news.tv/fr/actu/israel/artc-judee-samarie-tsahal-reconnait-que-des-soldats-ont-inscrit-des-numeros-sur-des-suspects-palestiniens