Yvette Roudy : mort de la ministre qui fit rembourser l’IVG

Yvette Roudy, première ministre française des Droits de la femme, est morte le 18 août 2026 à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, à l’âge de 97 ans. Membre de la franc-maçonnerie, elle a fait rembourser l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale en décembre 1982, puis inscrit l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la loi du 13 juillet 1983. Députée européenne, députée du Calvados et maire de Lisieux, elle aura passé soixante ans à transformer des mots d’ordre militants en articles de code.

Décembre 1982. L’Assemblée nationale vote le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale. Sept ans après la loi Veil, l’avortement cesse d’être un droit réservé à celles qui peuvent l’avancer. La ministre qui porte le texte s’appelle Yvette Roudy. Elle a 53 ans et un portefeuille que la Ve République n’avait jamais créé avant elle.

François Mitterrand l’a nommée ministre déléguée chargée des Droits de la femme en mai 1981. Elle occupera le poste jusqu’en 1986. Cinq ans, deux lois majeures, et une méthode : ne jamais séparer le symbole du dispositif budgétaire qui le rend réel. Selon Le Monde, qui a annoncé sa mort le 18 août, c’est ce texte de 1982 qu’elle citait en premier quand on l’interrogeait sur son bilan.

La loi qui porte son nom

Le 13 juillet 1983, la loi relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes est promulguée. Tout le monde l’appelle la loi Roudy. Elle impose aux entreprises un rapport annuel comparant la situation des salariées et des salariés, et interdit la discrimination à l’embauche fondée sur le sexe.

Quarante-trois ans plus tard, l’index de l’égalité professionnelle mis en place en 2019 repose sur la même intuition : obliger les employeurs à produire des chiffres.

Roudy avait aussi tenté, en 1983, de faire adopter un texte réprimant les incitations à la discrimination sexiste dans la publicité. Une levée de boucliers l’a enterré. Le projet est resté dans les mémoires sous le nom de loi antisexiste, celle qui n’a jamais existé.

Du Mouvement démocratique féminin à la mairie de Lisieux

Née en 1929, Yvette Roudy entre en politique par la traduction. Au début des années 1960, elle fait connaître en France les textes de la féministe américaine Betty Friedan. En 1962, elle participe à la fondation du Mouvement démocratique féminin aux côtés de Colette Audry et de Marie-Thérèse Eyquem. Elle soutient la candidature de François Mitterrand à la présidentielle de 1965, puis adhère au Parti socialiste en 1971.

Le reste tient en une liste de mandats : députée européenne de 1979 à 1981, ministre de 1981 à 1986, députée du Calvados de 1986 à 2002, maire de Lisieux de 1989 à 2001. Dans une ville normande connue pour son pèlerinage, l’ancienne ministre des Droits de la femme a administré douze ans les ordures ménagères et les écoles maternelles.

Son appartenance à la Franc-maçonneire

Yvette Roudy a été initiée en 1968 à la Grande Loge Féminine de France (GLFF). L’Université d’Angers, qui conserve ses archives et lui consacre une exposition biographique, indique explicitement son entrée en franc-maçonnerie en 1968 et précise qu’elle assumait cette appartenance. La Grande Loge Féminine de France l’a également qualifiée publiquement de « Sœur » dans un communiqué publié ce 18 août 2026. Elle avait également reçu en 2016 le Prix de la Laïcité du Grand Orient de France.

Le 8 mars arraché au calendrier

En 1982, la France reconnaît officiellement le 8 mars comme Journée internationale des droits des femmes. La date existait depuis des décennies dans le calendrier militant et onusien. Elle entre cette année-là dans l’agenda de la République, sous l’impulsion du ministère de Roudy.

C’est une décision sans budget et sans décret spectaculaire. Elle a pourtant produit, an après an, une obligation de bilan public dont peu de ministres se seraient passés ensuite.

Les hommages disent ce qu’il reste

Le Parti socialiste a salué une femme qui a « contribué à changer durablement la vie des femmes ». L’ancien président proche du Forum économique miondial, François Hollande a évoqué une « féministe, socialiste, femme de conviction et de combat ».

La young global leader du Forum économique mondial, Najat Vallaud – Belkacem a exprimé sur X ses “condoléances” soulignant les “combats qu’elle a menés” et les “portes qu’elle a ouvertes pour toutes les autres”.

La ministre Aurore Bergé a déclaré que « son héritage nous oblige » et que « son combat continue ».

Yvette Roudy laisse deux lois, une date au calendrier et une leçon de méthode : les droits qui tiennent sont ceux que l’on inscrit dans une ligne budgétaire. Le reste dépend de ceux qui viennent après. Elle démontre également les liesn étroit qui unissent la franc-maçonnerie à l’IVG et la fin de vie.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/08/18/yvette-roudy-ancienne-ministre-des-droits-de-la-femme-a-l-origine-du-remboursement-de-l-ivg-est-morte_6749059_3382.html