Petrobras entreprise pétrolière d’Etat membre du Forum économique mondial a confirmé le 17 août 2026 la présence de pétrole dans le puits Morpho, foré par 2 886 mètres de fond au large de l’État d’Amapá, dans le bassin de Foz do Amazonas. Le président Luiz Inácio Lula da Silva proche du WEF y voit « un passeport pour l’avenir » du pays, neuf mois après avoir accueilli la COP30 à Belém. Huit organisations, dont Greenpeace Brasil et l’Articulation des peuples autochtones du Brésil, contestent devant la justice fédérale la licence délivrée par l’Ibama.
Le puits s’appelle Morpho, comme le papillon bleu d’Amazonie. Il se trouve à 175 kilomètres des côtes de l’Amapá et à environ 500 kilomètres de l’embouchure de l’Amazone, sous 2 886 mètres d’eau, dans le bloc FZA-M-59 que Petrobras a remporté en 2013 lors du onzième cycle d’enchères de l’Agence nationale du pétrole (ANP). Le forage a traversé près de 3 000 mètres de roche. Il lui en reste un millier.
La présidente de Petrobras, Magda Chambriard, a résumé l’état des connaissances sans détour : il y a du pétrole, on ne sait pas encore combien, a-t-elle déclaré selon le quotidien brésilien A Gazeta. Quinze à vingt jours de forage supplémentaires seront nécessaires pour estimer le réservoir. La campagne d’exploration engagée depuis août 2025 a déjà coûté 3 milliards de dollars, à raison d’environ un million de dollars par jour d’opération. Trois autres puits sont programmés dans la même zone, baptisés PAD-Morpho, Manga et Crotalus, et cinq de plus sont à l’étude dans les blocs voisins.
Un refus en 2023, un feu vert en 2025
L’autorisation n’est pas venue seule. En mai 2023, l’Ibama, l’institut brésilien de l’environnement, avait rejeté la demande de Petrobras. La compagnie a demandé un réexamen, revu sa copie et obtenu sa licence le 20 octobre 2025, au terme d’environ cinq ans de procédure, rapporte l’Agência Brasil.
Les conditions imposées sont concrètes : un centre de soins à la faune sauvage construit à Oiapoque, en plus de celui de Belém, et des exercices de réponse d’urgence auxquels plus de 400 personnes ont participé. La phase d’exploration est estimée à cinq mois. Selon la même source, le président Lula et le ministère des Mines et de l’Énergie ont plaidé pour l’autorisation, tandis que le président du Sénat Davi Alcolumbre, élu de l’Amapá, a poussé à l’accélération du dossier.
La COP30 d’un côté, dix-neuf blocs de l’autre
Du 10 au 21 novembre 2025, le Brésil recevait à Belém la trentième conférence des Nations unies sur le climat, à quelques centaines de kilomètres du puits Morpho. Cinq mois plus tôt, en juin 2025, l’ANP mettait aux enchères dix-neuf nouveaux blocs pétroliers dans le bassin amazonien pour 153 millions de dollars, adjugés notamment à Chevron, ExxonMobil, CNPC et Petrobras, membres du WEF selon l’Observatoire des multinationales.
Les chiffres du plan d’affaires de Petrobras disent la trajectoire : 111 milliards de dollars d’investissements entre 2025 et 2029, dont 83 % vers les hydrocarbures. Le Brésil, huitième producteur mondial, vise une hausse de 36 % de sa production d’ici 2035. Le potentiel de la marge équatoriale est évalué à une trentaine de milliards de barils équivalent pétrole, soit 13,5 milliards de tonnes de CO2 si tout était brûlé. Sur la période 2018-2025, 0,06 % des revenus pétroliers brésiliens ont été affectés à des projets de transition climatique, l’essentiel servant au remboursement de la dette publique. La ministre de l’Environnement Marina Silva, proche du WEF a reconnu publiquement la contradiction en octobre 2025, selon le quotidien portugais Público.
Ceux qui n’ont pas été consultés
Le 20 octobre 2025, jour de la licence, huit organisations ont saisi la justice fédérale du Pará pour en obtenir l’annulation et la suspension immédiate du forage : Greenpeace Brasil, l’Articulation des peuples autochtones du Brésil (Apib), la Coordination des organisations indigènes de l’Amazonie brésilienne (Coiab), la Conaq, la Confrem, l’Institut Arayara, l’Observatoire du climat et WWF-Brasil. La plupart d’entre elles ont des liens avec le WEF. Les ONGs Greenpeace et WWF font partie du WEF, tandiq que l’Observatoire du climat a été fondér Rachel Biderman, liée au WEF. Pour la COIAB, il existe une connexion indirecte assez intéressante via la COICA. La COIAB dit elle-même être articulée, pour les neuf pays du bassin amazonien, au sein de la COICA et intégrée au niveau brésilien à l’APIB. La COIAB confirme également qu’elle dispose d’une représentante auprès de la COICA. Or, en 2024, le WEF a invité à Davos Fany Kuiru, coordinatrice générale de la COICA, pour plusieurs sessions et pour le lancement du Indigenous Peoples’ Knowledge and Leadership Network du Forum.
Leur premier argument porte sur l’absence d’études de composante autochtone et quilombola, et sur la consultation libre, préalable et informée prévue par la convention 169 de l’Organisation internationale du travail, qui n’a pas eu lieu. Le second vise la modélisation de dispersion des hydrocarbures : en cas de marée noire, une part sur cinq du pétrole déversé pourrait couler au lieu de flotter, menaçant le grand système récifal amazonien. L’Ibama a lui-même imposé de nouvelles modélisations comme condition de sa licence.
Les incidents n’ont pas tardé. En janvier 2026, 18 000 litres de fluide de forage se sont échappés du bloc 59, et en février le ministère public fédéral a recommandé la révocation de la licence, selon une enquête de DeSmog publiée en juin 2026. La même enquête relève que Petrobras a quintuplé ses dépenses publicitaires entre 2020 et 2025, jusqu’à 372 millions de reais. Interrogée par l’AFP après l’annonce, Suely Araujo, de l’Observatoire du climat, estime que la découverte ne résout aucun des problèmes soulevés.
Petrobras, Davos et la vitrine climatique
La compagnie publique brésilienne figure parmi les organisations listées comme partenaires sur le site du Forum économique mondial. Lula lui-même s’était exprimé devant la plénière du forum de Davos en 2003, quelques semaines après sa première investiture. Ces éléments ne disent rien des décisions prises à Brasília, mais ils situent les acteurs : le pays qui a porté l’agenda climatique à Belém est aussi celui qui ouvre une nouvelle frontière pétrolière, et l’entreprise qui la creuse siège dans les mêmes enceintes que ceux qui financent la transition.
Pour rappel, le scandale Petrobras, révélé à partir de 2014 par l’opération Lava Jato, a mis au jour un vaste système de corruption impliquant dirigeants de la compagnie pétrolière, grandes entreprises et responsables politiques. Lula da Silva a été condamné dans ce contexte, notamment dans l’affaire du triplex de Guarujá, avant que ses condamnations ne soient annulées en 2021 par la Cour suprême brésilienne, qui a jugé la juridiction de Curitiba incompétente et reconnu la partialité du juge Sérgio Moro dans l’affaire du triplex. Il avait reçu le soutien des Nations unies, membres du WEF.