Eruption solaire de classe X8.7 captee par le satellite SDO de la NASA le 14 mai 2024

Tempête solaire : l’ONU alerte sur une pandémie numérique

Une tempête solaire extrême pourrait couper Internet pendant des semaines en grillant les répéteurs qui alimentent les câbles sous-marins, selon l’étude « Solar Superstorms: Planning for an Internet Apocalypse » de l’informaticienne Sangeetha Abdu Jyothi, de l’université de Californie à Irvine, membre du Forum économique mondial. Ce travail présenté à la conférence ACM SIGCOMM en 2021 chiffre entre 1,6 % et 12 % par décennie la probabilité d’un événement solaire de très grande ampleur. Le 5 mai 2026, les Nations unies ont repris le scénario sous un nom qui claque : la « pandémie numérique ».

En 1859, une éjection de masse coronale a mis 17,6 heures pour parcourir la distance qui sépare le Soleil de la Terre. C’est le temps qu’a duré le sursis avant l’événement de Carrington. Sur les lignes télégraphiques nord-américaines, le matériel a pris feu et des opérateurs ont reçu des décharges, rappelle l’étude d’Abdu Jyothi. Une éjection de masse coronale est un nuage de plasma magnétisé expulsé par le Soleil. Quand il percute le champ magnétique terrestre, il y induit des courants électriques parasites au sol, les courants géomagnétiquement induits.

Le 13 mars 1989, un événement d’ampleur pourtant modérée a suffi. Six millions de Québécois se sont retrouvés sans électricité pendant neuf à douze heures. Le sous-sol rocheux de la province, mauvais conducteur, n’a pas absorbé les courants : ils sont partis dans le réseau d’Hydro-Québec. Deux éruptions solaires les jours précédents, une X4.5 le 10 mars et une M7.3 le 12, avaient lancé les éjections responsables.

La fibre va très bien, c’est le reste qui inquiète

Le câble sous-marin, lui, ne craint rien. La fibre optique transporte de la lumière, pas du courant, et les courants géomagnétiquement induits glissent dessus sans effet. Le problème est ailleurs, dans les répéteurs qui amplifient le signal tous les 50 à 150 kilomètres et qui, eux, sont alimentés par des conducteurs électriques.

Ces répéteurs sont calibrés pour fonctionner autour de 1 ampère. L’étude d’Abdu Jyothi estime que les courants induits par une superstorm pourraient atteindre 100 à 130 ampères. Cent fois la dose. Un câble transpacifique de 9 000 kilomètres en aligne environ 130, montés en série : il suffit qu’un seul lâche pour que la liaison tombe. Selon les Nations unies, 99 % du trafic Internet mondial passe par ces câbles.

Le risque documenté et le scénario catastrophe

La nuance mérite d’être posée. Les chercheurs ne prédisent pas un effondrement, ils quantifient une exposition. La fourchette de 1,6 % à 12 % par décennie retenue par l’étude recouvre des estimations différentes selon les méthodes, et elle porte sur la survenue d’un événement extrême, pas sur ses conséquences.

Les ordres de grandeur économiques, eux, sont têtus. Une journée sans Internet coûterait plus de 7 milliards de dollars aux États-Unis, calcule Abdu Jyothi. Un événement de niveau Carrington frappant le réseau électrique américain est chiffré dans une fourchette de 600 et 2 600 milliards de dollars. Les satellites, exposés en première ligne aux particules chargées, risquent la destruction de leur électronique et une décroissance orbitale suivie d’une rentrée non contrôlée. Sur Terre, ce sont les transformateurs haute tension, pièces lourdes et longues à produire, qui concentrent l’inquiétude des opérateurs de réseau.

L’ONU met un nom dessus

Le 5 mai 2026, le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe et l’Union internationale des télécommunications ont publié, avec Sciences Po Paris, membre du WEF une alerte sur ce qu’ils appellent la « pandémie numérique ». Quatre domaines critiques y sont désignés : réseaux électriques, câbles sous-marins, satellites et centres de données.

Le chiffre le plus dérangeant du rapport n’est pas solaire. Selon l’ONU, 89 % des perturbations numériques proviennent d’effets en cascade et non du choc initial, et le nombre de personnes touchées dépasse d’un facteur dix celui des personnes directement exposées. Avec 5,5 milliards d’internautes, soit 70 % de l’humanité, la surface d’exposition n’a jamais été aussi large. À titre de comparaison, la cyberattaque NotPetya de 2017 a coûté plus de 10 milliards de dollars sans qu’aucun câble ne soit coupé. Les Nations unies rappellent aussi qu’une tempête solaire majeure a frôlé la Terre en 2012.

Les répéteurs sous-marins actuels ont été posés pendant une période d’activité solaire calme. Personne ne sait vraiment comment ils se comporteront le jour où le Soleil décidera de se manifester.


Source : Sciences et Avenir — https://www.sciencesetavenir.fr/espace/astrophysique/une-pandemie-numerique-comment-une-tempete-solaire-pourrait-paralyser-internet_193247