Dario Amodei, PDG et cofondateur d'Anthropic, lors de TechCrunch Disrupt 2023

Dario Amodei prédit la fin de la plupart des maladies d’ici 10 ans

Dario Amodei, PDG et cofondateur d’Anthropic, a relancé le 16 août 2026 sur X une prédiction formulée dans son essai « Machines of Loving Grace » : l’intelligence artificielle permettrait de comprimer cinquante à cent ans de progrès biologique en cinq à dix ans, et de guérir la plupart des maladies humaines. Dans le même fil, le dirigeant reconnaît que les entreprises d’IA n’ont pas tenu leurs promesses. Quatre mois plus tôt, Anthropic engageait 400 millions de dollars pour racheter une jeune pousse de biotechnologie.

« La critique de loin la plus juste que l’on puisse adresser aux entreprises d’IA, Anthropic comprise, c’est que nous n’avons pas encore tenu nos grandes promesses de bénéfices pour le monde. » Dario Amodei a écrit cela le samedi 16 août 2026 sur X, en réponse à l’investisseur Gavin Baker, qui lui reprochait un discours trop alarmiste. Fortune et TechCrunch ont relayé le fil le jour même.

Le patron d’Anthropic y décrit le rejet actuel de l’intelligence artificielle comme une crise de confiance : selon Fortune, il estime que les gens ne font confiance ni aux entreprises, ni aux gouvernements, ni au secteur technologique, et soupçonnent toujours qu’on leur prépare un mauvais coup. Sa réponse tient en une phrase : ce qui marchera, c’est de guérir réellement le cancer. Il promet des premiers signes tangibles en biologie et en médecine dans les mois qui viennent. Sans date, sans protocole, sans nom de molécule.

Cent ans de biologie en dix, texte à l’appui

Le chiffre de cinq à dix ans ne date pas d’août 2026. Il vient de « Machines of Loving Grace », un essai d’environ 15 000 mots publié par Dario Amodei en octobre 2024 sur son site personnel. Il y avance que la biologie et la médecine assistées par l’IA permettront de comprimer en cinq à dix ans les progrès que des biologistes humains auraient mis cinquante à cent ans à accomplir. Il appelle cela le XXIe siècle comprimé.

Le catalogue est vaste. Prévention et traitement de la quasi-totalité des maladies infectieuses naturelles. Élimination de la plupart des cancers, avec des baisses de mortalité de 95 % ou plus. Prévention des maladies génétiques par un dépistage embryonnaire amélioré. Prévention d’Alzheimer. Traitement des maladies cardiovasculaires, du diabète et de l’obésité. Doublement de l’espérance de vie humaine, jusqu’à 150 ans.

Le même texte contient ses propres garde-fous, nettement moins cités. Amodei y écrit que les expériences comportent une latence et doivent être répétées un nombre de fois irréductible. Il désigne la vitesse du monde extérieur, le besoin de données et la complexité intrinsèque comme les trois freins principaux. Il note que le cancer est extrêmement varié et adaptatif, probablement la plus difficile de ces maladies à détruire complètement. Puis il concède : « Tout ce que je dis pourrait très bien être faux. »

Celui qui prédit vend aussi

La prédiction émane d’un dirigeant d’entreprise, pas d’un résultat publié. Anthropic a lancé Claude for Life Sciences en octobre 2025. En février 2026, la société annonçait à Fortune des partenariats avec l’Allen Institute et le Howard Hughes Medical Institute. Le 3 avril 2026, TechCrunch rapportait le rachat de Coefficient Bio, une jeune pousse de biotechnologie, pour 400 millions de dollars en actions.

L’entreprise n’avance pas seule. Amazon et Google comptent parmi ses principaux investisseurs, l’un et l’autre membres du Forum économique mondial. Axios rapportait en avril 2026 un engagement de Google pouvant atteindre 40 milliards de dollars. Dario Amodei dispose pour sa part d’une page de contributeur sur le site du Forum économique mondial, où il figure comme directeur général et cofondateur d’Anthropic, et il est intervenu à Davos, notamment dans le podcast Radio Davos aux côtés de Demis Hassabis, patron de Google DeepMind également proche du WEF. Chaque déclaration sur la fin des maladies est aussi un argument commercial pour une division qui cherche des clients dans l’industrie pharmaceutique.

Ce que répond la paillasse

Les ordres de grandeur de la recherche pharmaceutique, eux, n’ont pas bougé. Dans un éditorial de 2023 intitulé « AI’s potential to accelerate drug discovery needs a reality check », la revue Nature rappelait qu’il faut douze à quinze ans entre la découverte d’une molécule et son autorisation de mise sur le marché, que neuf médicaments sur dix environ échouent en essais cliniques, et que le coût moyen atteint 2,5 milliards de dollars. La revue ajoutait que les annonces d’accélération proviennent des entreprises elles-mêmes et qu’en l’absence de vérification indépendante, la prudence s’impose. Les modèles génératifs proposent parfois des molécules impossibles à synthétiser.

En décembre 2025, Nature revenait sur le sujet sous la plume d’Ewen Callaway. Constat : aucun médicament conçu par IA n’a encore été approuvé, et les premiers anticorps entièrement dessinés par des modèles n’atteignaient pas la puissance des anticorps commerciaux.

Le biologiste Niko McCarty, fondateur d’Asimov Press, avait répondu à l’essai d’Amodei dès 2024. Son objection tient en une ligne : la plupart des goulots d’étranglement qui ralentissent la biologie sont biophysiques, pas computationnels. Une cellule humaine se divise environ une fois par jour, contre vingt minutes pour une bactérie Escherichia coli. Aucun modèle de langage ne raccourcit ce délai.

Dario Amodei promet des premiers signes dans les mois qui viennent, et l’échéance est cette fois assez courte pour être vérifiée. Le calendrier des essais cliniques, lui, n’a pas changé de rythme depuis l’annonce.


Source : Les Numériques — https://www.lesnumeriques.com/intelligence-artificielle/l-ia-pourra-guerir-la-plupart-des-maladies-humaines-d-ici-5-a-10-ans-affirme-le-fondateur-de-claude-n260487.html