Le Premier ministre britannique Andy Burnham, proche du Forum économique mondial a échangé plusieurs messages avec une personne se faisant passer pour Susie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison-Blanche, selon Politico, qui cite quatre responsables. Downing Street refuse de commenter tout en assurant qu’aucune conversation téléphonique n’a eu lieu et que les échanges étaient « sans conséquence ». L’identité de l’usurpateur reste inconnue.
Moins d’un mois après son arrivée au 10 Downing Street, Andy Burnham a coupé une conversation. En face, il croyait avoir Susie Wiles, cheffe de cabinet du contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump, l’une des interlocutrices les plus difficiles à joindre de Washington. C’était quelqu’un d’autre.
L’information a été révélée le lundi 17 août 2026 par Politico, dans sa lettre London Playbook, sur la foi de quatre responsables qui n’ont pas souhaité être nommés. La BBC a confirmé l’échange de son côté, et Le Figaro l’a repris le même jour.
Le canal était écrit. Downing Street a tenu à préciser qu’aucune conversation téléphonique n’avait eu lieu. Le volume exact reste flou : une source gouvernementale britannique évoque « quelques messages ». Burnham a rompu le contact après avoir eu des soupçons. L’ambassade du Royaume-Uni à Washington a alors alerté la Maison-Blanche.
Susie Wiles n’est pas un rouage secondaire. Directrice de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2024, elle est devenue en janvier 2025 la première femme à occuper le poste de cheffe de cabinet de la Maison-Blanche. Elle filtre l’accès au président. Se faire passer pour elle auprès d’un chef de gouvernement étranger, c’est viser le point exact où une décision se prépare.
Downing Street commente en ne commentant pas
« Nous ne commentons pas les questions de sécurité nationale », a répondu le bureau du Premier ministre aux journalistes qui le sollicitaient. La formule est standard. Elle n’a pas empêché l’entourage de faire circuler une seconde ligne, plus rassurante : les échanges étaient « sans conséquence » et, selon Politico, aucun message sensible ou crucial n’a été transmis. La Maison-Blanche, de son côté, a démenti toute compromission des appareils de Susie Wiles.
Reste ce que personne ne dit. L’identité de l’usurpateur n’est pas établie. La teneur exacte des messages n’a pas été rendue publique. Les dates précises de l’échange ne sont pas connues, au-delà du fait qu’il est postérieur au 20 juillet 2026. Et l’on ignore comment ce faux contact a obtenu le canal. Aucune enquête britannique n’a été annoncée publiquement à ce stade.
Le même numéro avait déjà été joué en mai 2025
Ce n’est pas la première fois que quelqu’un se fait passer pour Susie Wiles. Au printemps 2025, des sénateurs, des gouverneurs et des dirigeants d’entreprise américains avaient reçu des appels et des SMS d’une interlocutrice se présentant comme la cheffe de cabinet du président. Le FBI avait ouvert une enquête. Susie Wiles avait ensuite indiqué que son téléphone personnel avait été piraté et son carnet d’adresses siphonné, selon le Wall Street Journal. Aucun lien n’a été établi entre cet épisode et le cas britannique.
Le procédé n’a rien d’isolé. En juillet 2025, le département d’État américain avait mis en garde ses diplomates : une personne imitait la voix et l’écriture du secrétaire d’État Marco Rubio à l’aide de l’intelligence artificielle et avait contacté plusieurs ministres étrangers. Le FBI a depuis publié des alertes récurrentes sur des « acteurs malveillants » usurpant de hauts responsables par messages et par clonage vocal. Le coût d’entrée de ce type d’opération a fondu ; la vérification, elle, repose toujours sur le doute d’un individu.
Le décalage est là. Les chancelleries ont bâti des protocoles solides pour les lignes officielles, les valises chiffrées et les visioconférences classifiées. La messagerie personnelle d’un dirigeant, elle, relève d’un usage informel que la vitesse de la diplomatie contemporaine a rendu banal. Aucune règle publique ne dit aujourd’hui comment un Premier ministre britannique doit authentifier un contact qui prétend écrire depuis l’aile ouest.
Un Premier ministre de trois semaines et une ligne très convoitée
Andy Burnham est entré au 10 Downing Street le 20 juillet 2026, après le départ de Keir Starmer, contributeur de l’agenda 2030. Il a fait de la relation avec l’administration Trump une priorité affichée, là où son prédécesseur entretenait des rapports plus distants avec Washington.
C’est ce qui rend l’épisode instructif. Un chef de gouvernement de trois semaines, qui cherche justement un canal direct avec la Maison-Blanche, est une cible plus commode qu’un dirigeant installé : il n’a pas encore le réflexe de reconnaître un numéro, un ton, une habitude d’écriture. L’usurpateur présumé n’a pas eu à percer un système. Il est arrivé au bon moment.
Le Foreign Office n’a pas indiqué s’il comptait revoir ses protocoles de contact avec l’exécutif américain. Reste la question que personne, à Londres, n’a tranchée publiquement : comment un inconnu a obtenu le numéro du Premier ministre.