La Marquise, péniche bien connue des nuits lyonnaises amarrée quai Victor-Augagneur qui avait connu son heure de gloire à la fin des années 90, a été placée en redressement judiciaire vendredi 14 août. Une nouvelle alerte pour ce lieu qui accompagne depuis plusieurs décennies l’histoire musicale et nocturne de Lyon, des premières soirées électroniques aux concerts et clubbing des années récentes.
C’est un nouveau coup dur pour la nuit lyonnaise. La société exploitant La Marquise, péniche installée au 20 quai Victor-Augagneur, dans le 3e arrondissement de Lyon, a fait l’objet d’un redressement judiciaire prononcé vendredi 14 août, selon une information révélée par LyonMag et relayée dans plusieurs publications consacrées à la scène culturelle locale.
La procédure ne signifie toutefois pas, à elle seule, la fermeture définitive de l’établissement. Le redressement judiciaire vise juridiquement à permettre la poursuite de l’activité d’une entreprise en cessation des paiements lorsque son redressement demeure envisageable. L’avenir de la péniche dépendra donc de la suite de la procédure.
Cette décision intervient néanmoins dans un contexte économique déjà fragile. La société La Marquise Prod, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Lyon depuis décembre 2003 et spécialisée dans la gestion de salles de spectacles, avait déjà connu des difficultés financières. En novembre 2024, ses associés avaient décidé de poursuivre l’activité malgré la perte de plus de la moitié des capitaux propres. Les données publiques recensées par Pappers indiquent un capital social de 15 000 euros et une activité couvrant notamment les spectacles, concerts, le théâtre, le bar et les activités de discothèque.
Une péniche intimement liée à l’histoire de la nuit lyonnaise
Au-delà de la procédure judiciaire, c’est surtout le poids symbolique de La Marquise qui donne à l’événement une résonance particulière. Amarrée sur le Rhône, la péniche appartient depuis plusieurs décennies au paysage nocturne de la ville. Bien avant que les berges ne deviennent l’un des principaux lieux de promenade et de sortie de Lyon, elle participait déjà à l’effervescence culturelle des quais.
À ses débuts, le lieu est pensé comme un café-théâtre par Anthony Hopkins, avant de progressivement basculer vers les musiques électroniques et les nuits dansantes. La rencontre avec des figures comme DJ Spider, alias Fred Jacquier, ou DJ Fraggle contribue à cette transformation avec une programmation pointue. Le lieu s’imposera vite comme un temple de l’underground accueillant soirées électro, drum’n bass, hip hop, funk et autres musiques jamaïquaines.
À la direction artistique se succéderont ensuite le japonnais Jun Matsuoka et le defunt Richard Laporte, ancien journaliste de Lyon capitale. À cette épqoue le lieu était geré par le regretté Nicolas Stifter partie ensuite tenter l’aventure du Buldo. La Marquise avait alors organisé l’Aéronite en partenariat avec l’équipe du Petit Paumé dans les hangars d’aviation de Bron, un évènement qui préfigurait les futurs Nuits Sonores. Jun Matsuoka prendra ensuite la direction du lieu alors qu’Anthony Hopkins prenait la direction de la Plateforme, péniche adjacente. À noter également le passage à la gérance du regretté Nicolas Stifter partie ensuite tenter l’aventure du Buldo.
C’était une autre époque des quais du Rhône. Avant leur réaménagement, une large partie de ces berges était encore consacrée au stationnement automobile. Au milieu de ce décor beaucoup moins policé qu’aujourd’hui, la péniche s’était progressivement imposée comme l’un des repaires de la scène alternative lyonnaise
La programmation, les équipes du bar, mais aussi l’identité graphique avec les flyers made in Kanardo, encore un ancien de Lyon Capitale, ont participé à forger cette réputation. À une époque où les réseaux sociaux n’avaient pas encore remplacé les affiches et les prospectus, les flyers de La Marquise circulaient dans Lyon et contribuaient pleinement à l’image de ses soirées.
Au fil des années, le lieu a forcément changé. La péniche des années 2020 n’était plus exactement celle des grandes heures underground des années 1990 et 2000. Mais elle continuait d’accueillir concerts, soirées électroniques, hip-hop, pop et événements clubbing.
Cette programmation désormais suspendue aux suites de la procédure judiciaire rappelle que La Marquise demeurait un lieu actif du circuit musical lyonnais.
Une fragilité déjà perceptible dans les comptes
Les difficultés n’arrivent pas totalement sans signe avant-coureur. En novembre 2024, l’assemblée générale des associés de La Marquise Prod avait constaté une perte de plus de la moitié des capitaux propres. Elle avait alors choisi de ne pas prononcer la dissolution anticipée de la société et de poursuivre l’activité. L’annonce légale correspondante a été publiée en 2025.
Un changement de direction est également intervenu au printemps 2026. Pierre-Louis Philippe a été nommé gérant en remplacement d’Ange Bouchonnet, avec une prise d’effet en mars.
Le placement en redressement judiciaire constitue désormais une étape autrement plus sérieuse. Il ouvre une période décisive durant laquelle seront examinées les possibilités de poursuite de l’activité et d’assainissement de la situation financière.
Il serait donc prématuré de parler juridiquement de disparition définitive de La Marquise. Mais pour les habitués et les acteurs de la scène locale, l’annonce fait forcément remonter une foule de souvenirs : des quais encore transformés en parking aux premières nuits électroniques, des flyers devenus objets de collection aux sets qui faisaient tanguer le bateau.
Car La Marquise n’est pas seulement une salle de concerts posée sur l’eau. Elle appartient à cette géographie affective de la nuit lyonnaise faite de lieux parfois minuscules, bricolés et imparfaits, mais capables de fabriquer une scène culturelle. Une partie de l’histoire underground de Lyon s’est écrite dans sa cale, entre un bar, quelques platines et un dancefloor qui, certains soirs, donnait réellement l’impression que le bateau pouvait chavirer.
Sources :
LyonMag — information initiale sur le placement en redressement judiciaire, telle que citée dans la publication source transmise.
Pappers — La Marquise Prod — informations juridiques, activité et identité de la société exploitante.
Le Figaro Entreprises — La Marquise Prod — historique juridique, poursuite de l’activité malgré la perte de plus de la moitié des capitaux propres et changement de gérant.
Société.com — La Marquise Prod — données légales et historique des annonces concernant la société.
LyonMag — Culture à Lyon — programmation culturelle récente de La Marquise.
Shotgun — La Marquise — archives de programmation de la péniche.