L’incendie des Hautes Fagnes a ravagé près de 3 000 hectares de la réserve naturelle belge en trois jours, aux portes de l’Allemagne. Quelque 600 habitants ont été évacués côté belge et le mécanisme européen de protection civile a été activé samedi 15 août. La pluie tombée lundi matin a stoppé la progression du feu vers la frontière allemande.
Vendredi 14 août, le feu partait sur environ 80 hectares du plateau des Hautes Fagnes, dans l’arrondissement de Verviers, en province de Liège. Vingt-quatre heures plus tard, 2 700 hectares avaient brûlé. Dimanche soir, le compteur approchait les 3 000 hectares, sur les 4 500 que compte la réserve naturelle. Les flammes ont progressé jusqu’à 10 kilomètres à l’heure, selon la RTBF. Il faut remonter à 1911 et à ses quelque 3 900 hectares partis en fumée pour trouver un incendie de cette ampleur en Belgique.
La phase provinciale a été déclenchée dès vendredi après-midi par la gouverneure faisant fonction de la province de Liège, Anne Dassy. Dans la nuit de samedi à dimanche, environ 250 personnes étaient engagées sur le terrain : pompiers belges et allemands, protection civile, police fédérale, militaires et services médicaux, selon la VRT. Plus de quinze zones de secours belges ont été mobilisées. Le panache de fumée a recouvert toute la région et a été signalé jusqu’en France, rapporte franceinfo.
Sur place, les images diffusées par Euronews montrent des pompiers arrosant des sols en braise et abattant des arbres pour couper la route au feu. Camions-citernes, protection civile, agents du Département de la nature et des forêts, police et agriculteurs venus avec leurs citernes se relaient depuis vendredi. L’armée belge a envoyé trois véhicules Panther. La route nationale 68 a été fermée au public, de même que les parkings des lacs de la Gileppe et d’Eupen. Le relief escarpé et la fumée épaisse compliquent chaque approche.
Le feu ne connaît pas la douane
Des vents changeants ont poussé le front vers l’est. Dimanche, les flammes se sont approchées à environ 300 mètres de la frontière allemande. Côté belge, les villages de Sourbrodt, sur la commune de Waimes, et de Bütgenbach ont été évacués, tout comme le hameau de Küchelscheid. Au total, environ 600 habitants ont quitté leur domicile, selon Euronews. Un centre d’accueil a été ouvert au hall omnisports de Malmedy.
Côté allemand, la ville de Montjoie (Monschau), 12 000 habitants, a été partiellement évacuée dimanche soir. Trente personnes issues de 17 habitations du quartier de Kalterherberg ont été mises à l’abri dans une école. C’est à Kalterherberg qu’a été installé le poste de commandement commun aux pompiers belges et allemands. Berlin a répondu dimanche après-midi à la demande d’assistance belge en engageant deux hélicoptères NH-90 équipés de seaux souples de 2 000 litres, pour une durée initiale de sept jours.
Bruxelles envoie deux avions et un hélicoptère
La Belgique a activé samedi 15 août à la mi-journée le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, qui permet de solliciter les moyens des États membres et la réserve commune rescEU. « Un hélicoptère et deux avions de notre flotte UE sont en route », a indiqué la commissaire européenne chargée de la gestion des crises, Hadja Lahbib. Les Pays-Bas ont dépêché des hélicoptères Chinook pour les largages d’eau.
Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin et le ministre-président wallon Adrien Dolimont se sont rendus sur les lieux samedi. Le roi Philippe a remercié les services de secours et prévu une visite des postes de commandement. Un numéro d’information, le 1771, a été activé pour éviter la saturation du 112. Le ministre de l’Intérieur a dit sa gratitude devant la solidarité constatée sur le terrain, où des agriculteurs allemands sont venus prêter main-forte à leurs voisins.
Le nord de l’Europe n’est plus une exception
Les Hautes Fagnes ne sont pas la Catalogne. Ce plateau tourbeux culminant à 694 mètres au signal de Botrange passe pour l’un des endroits les plus humides et les plus arrosés de Belgique. Les deux tiers de sa surface protégée ont brûlé en trois jours.
Asséchée par des semaines sans pluie, la tourbe ne brûle pas seulement en surface. Le feu descend jusqu’à plusieurs mètres sous terre, rapporte la VRT, et peut y couver longtemps après la disparition des flammes. C’est ce qui rend le bilan provisoire et l’extinction incertaine.
À l’échelle de l’Union européenne, la saison 2026 s’annonce comme la pire jamais enregistrée. Fin juillet, le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), adossé au programme Copernicus, recensait plus de 250 000 hectares brûlés dans l’UE, soit à peu près la superficie du Luxembourg, et environ 1 200 incendies contre une moyenne annuelle de 569. L’Espagne concentrait à elle seule plus de 200 000 hectares, l’équivalent de 0,4 % de son territoire.
Le mécanisme européen de protection civile, créé en 2001 et complété depuis 2019 par la flotte rescEU, avait été pensé pour les étés du pourtour méditerranéen. Il vient de servir sur une tourbière d’altitude, entre Liège et Aix-la-Chapelle.
Lundi matin, la pluie, des vents calmes et une forte humidité ont obtenu ce que trois jours de lutte n’avaient pas donné : le feu ne progressait plus vers l’Allemagne. Restait à mesurer ce que la tourbière la plus humide du pays a perdu, et le temps qu’il lui faudra pour reverdir.