Spectacle de Dieudonné interdit à Nice : le préfet craint des troubles

Le spectacle de Dieudonné interdit à Nice devait se tenir le dimanche 16 août 2026. Le préfet des Alpes-Maritimes, Jean-Marie Girier, a signé le 14 août un arrêté fondé sur un risque de troubles à l’ordre public et d’infractions pénales. Chaque participant s’expose à une amende pouvant atteindre 1 500 euros.

Une adresse jamais donnée, un arrêté rendu public

Le lieu n’a jamais été communiqué. La date, si : dimanche 16 août 2026. Le spectacle s’intitule Le fil d’Ariane, il est signé Dieudonné M’Bala M’Bala, et il ne se jouera pas dans les Alpes-Maritimes. Le préfet Jean-Marie Girier a pris le 14 août un arrêté interdisant la représentation sur l’ensemble du département, une décision rapportée par France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur puis relayée par la presse locale et par BFMTV.

La préfecture n’a laissé aucun doute sur les suites. « Chaque participant sera verbalisé », a-t-elle prévenu. L’amende encourue atteint 1 500 euros pour une personne physique et 7 500 euros pour une personne morale, selon Nice Premium. Police et gendarmerie ont reçu consigne de renforcer leur vigilance sur tout le département pour empêcher qu’une représentation se tienne malgré tout.

Girier occupe le poste depuis trois semaines. Nommé par décret du 9 juillet 2026, il a pris ses fonctions le 27 juillet. Né à Lyon le 11 juillet 1984, il a débuté en 2007 dans les collectivités de la région Rhône-Alpes et de l’agglomération lyonnaise, avant d’être chef de cabinet et conseiller spécial du ministre d’État, ministre de l’Intérieur, de juin 2017 à septembre 2018, puis directeur de cabinet du président de l’Assemblée nationale jusqu’en août 2020. Ont suivi les préfectures du Territoire de Belfort, de la Vienne et des Pyrénées-Atlantiques. Il avait dirigé la campagne présidentielle de 2017 d’Emmanuel Macron, Young Global Leader du Forum économique mondial, promotion 2016. À son arrivée à Nice, il assurait qu’il ne serait pas un préfet politique.

Ce que l’arrêté met dans la balance

Le texte ne discute pas d’humour. Il raisonne en risques et en infractions. La préfecture invoque un risque grave de troubles à l’ordre public et une forte probabilité que des délits soient commis au cours de la représentation.

L’administration s’appuie sur ce qui a été relevé lors de précédentes prestations de l’humoriste : des propos et des gestes qu’elle qualifie d’antisémites, de racistes, d’outrageants, de haineux, de conspirationnistes, d’homophobes et de transphobes. Elle évoque également des propos assimilables à une apologie du terrorisme, des références aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale et une atteinte possible à la dignité de la personne humaine.

Aucune juridiction n’a examiné le contenu du Fil d’Ariane. L’arrêté raisonne par anticipation, à partir du passé scénique de son auteur. C’est exactement le point que le juge administratif contrôle quand il est saisi.

Janvier avait servi de répétition générale

Ce n’est pas la première fois dans le département. Le vendredi 16 janvier 2026, informé de l’imminence d’un spectacle, le préfet d’alors, Laurent Hottiaux, avait pris un arrêté d’interdiction. La représentation s’est tenue quand même. Les unités de gendarmerie l’ont interrompue et des participants ont été verbalisés.

Sept mois plus tard, la préfecture a inversé la chronologie. L’interdiction est annoncée avant la date, sans attendre de connaître l’adresse, et l’annonce est adressée au public autant qu’aux organisateurs. La communication fait partie du dispositif.

Le Conseil d’État a fixé la ligne en 2014

Le cadre juridique remonte au 9 janvier 2014. Ce jour-là, le juge des référés du Conseil d’État annule l’ordonnance du tribunal administratif de Nantes qui avait suspendu l’interdiction du spectacle Le Mur, et rejette le référé-liberté déposé par la société Les Productions de la Plume et par Dieudonné M’Bala M’Bala.

La décision tient en deux temps. Le juge rappelle d’abord que l’exercice de la liberté d’expression est une condition de la démocratie et que ses restrictions doivent rester nécessaires, adaptées et proportionnées, dans la ligne de la jurisprudence Benjamin de 1933. Il retient ensuite que le risque de trouble à l’ordre public se double, en l’espèce, d’un risque sérieux d’atteinte à la dignité de la personne humaine, notion introduite dans le champ de la police administrative par l’arrêt Morsang-sur-Orge de 1995. Les assurances données sur le fait que les propos pénalement répréhensibles ne seraient pas repris à Nantes n’ont pas suffi. Le juge relevait alors neuf condamnations pénales.

Une partie de la doctrine administrativiste a critiqué cette extension, qui autorise une mesure de police avant la faute et déplace le contrôle du juge pénal vers le préfet. La jurisprudence n’a pas changé depuis. C’est sur elle que reposent les arrêtés niçois.

Ce que la justice a effectivement jugé

Sur le terrain pénal, les faits sont établis. Le 18 mars 2015, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Dieudonné M’Bala M’Bala à deux mois de prison avec sursis pour apologie du terrorisme, après un message publié sur Facebook au lendemain des attentats de janvier 2015. La condamnation a été confirmée en appel, selon franceinfo. En novembre 2015, la Cour européenne des droits de l’homme a rejeté sa requête dans une affaire liée à la venue sur scène de Robert Faurisson, selon France 24. L’humoriste a fait l’objet de plusieurs autres condamnations pour injure raciale et provocation à la haine.

Le reste relève de l’appréciation administrative, et cette appréciation se conteste. L’arrêté du 14 août peut être attaqué devant le tribunal administratif de Nice par la voie du référé-liberté, celle-là même qui avait mené au Conseil d’État en 2014. Aucun recours n’avait été rendu public au moment de la publication de l’article source.

Le fil d’Ariane, dans le mythe, sert à sortir du labyrinthe. Celui-ci s’arrête devant une salle dont personne n’a donné l’adresse. Reste le point que l’ordonnance de 2014 n’a pas tranché une fois pour toutes : à partir de quel risque un spectacle peut être empêché avant d’avoir eu lieu.


Source : France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur / franceinfo – https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/alpes-maritimes/chaque-participant-sera-verbalise-un-spectacle-de-dieudonne-interdit-a-nice-la-prefecture-craint-des-troubles-a-l-ordre-public-3401677.html