Le Qatar a acquis, pour plus de 300 millions d’euros, la partie orientale de l’îlot Saint-Germain, l’ancien siège du ministère de la Défense situé au 231 boulevard Saint-Germain, dans le VIIe arrondissement de Paris. L’opération a été menée par le fonds Constellation Hotels, contrôlé par la Qatar Investment Authority, membre du Forum économique mondial. Un palace de 101 chambres et 23 résidences de très grand luxe doit y ouvrir en 2027.
L’ensemble acquis compte six bâtiments historiques répartis entre le boulevard Saint-Germain et la rue de l’Université, soit près de 28 000 mètres carrés de surface de plancher, dont environ 8 500 mètres carrés d’infrastructures. Le montant de la transaction dépasse 300 millions d’euros, selon CF News Immo.
L’îlot se trouve à quelques centaines de mètres de l’Assemblée nationale, du musée d’Orsay et des Invalides. Peu d’actifs parisiens réunissent cette combinaison : une adresse patrimoniale, une surface de cette taille, et un vendeur public.
L’État français a cédé la partie est de l’îlot dans le cadre de la restructuration engagée après le déménagement du ministère des Armées vers le site de Balard, en 2015.
Constellation Hotels, Qatar Holding, QIA
L’acquéreur est Constellation Hotels, fonds détenu par Qatar Holding, elle-même contrôlée par la Qatar Investment Authority, le fonds souverain de l’émirat placé sous l’autorité de l’émir Tamim ben Hamad Al Thani.
Constellation Hotels détient déjà, en Europe, plusieurs des adresses les plus cotées de l’hôtellerie de luxe, dont le groupe Maybourne à Londres. C’est sous cette enseigne que l’établissement parisien ouvrira : The Maybourne Saint-Germain.
Le programme prévoit 101 chambres et suites, 23 résidences de marque relevant du très haut de gamme, et six lieux de restauration, parmi lesquels un restaurant japonais, une pâtisserie et un salon de thé.
Ce que devient l’autre moitié
La restructuration de l’ensemble de l’îlot ne se limite pas à l’hôtel. Sur une autre section du site, le projet prévoit la création de 254 logements, d’une crèche et d’un gymnase. Le chantier a été lancé fin 2020 et vise une ouverture au second semestre 2027.
L’opération illustre une mécanique désormais rodée : un actif public parisien difficile à entretenir, une vente au plus offrant, un investisseur souverain étranger, un palace à l’arrivée. Le VIIe arrondissement en compte plusieurs exemples.
Quinze à dix-sept adresses d’ici 2035
Le Qatar ne s’arrête pas là. L’émirat vise le triplement de son portefeuille hôtelier de luxe d’ici à 2035, pour atteindre quinze à dix-sept établissements dans les grandes destinations mondiales.
À Paris, l’émirat possède déjà, directement ou via ses véhicules d’investissement, un patrimoine immobilier et hôtelier considérable, sans compter ses participations dans des entreprises françaises cotées et son contrôle du Paris Saint-Germain. L’acquisition du 231 boulevard Saint-Germain ajoute une pièce de premier ordre à cet ensemble.
Ce que l’État a vendu
L’îlot Saint-Germain a abrité l’administration centrale du ministère de la Défense pendant plus d’un siècle. Le déménagement des services vers Balard, dans le XVe arrondissement, a libéré un ensemble immobilier que l’État n’avait ni les moyens ni l’usage de conserver. La cession s’est faite par lots.
La partie ouest reste affectée à des programmes de logement, dont une part de logement social, conformément aux engagements pris lors de l’arbitrage initial. La partie est, la plus prestigieuse par ses façades et sa profondeur de parcelle, part au privé.
Le calcul budgétaire est classique : un actif improductif transformé en recette immédiate. Le calcul patrimonial l’est moins. Six bâtiments historiques du VIIe arrondissement passent sous contrôle d’un fonds souverain étranger pour une durée que rien ne limite.
Le Qatar, deuxième investisseur du luxe parisien
L’émirat n’en est pas à son coup d’essai dans la capitale. La Qatar Investment Authority et ses véhicules détiennent déjà des actifs hôteliers et immobiliers de premier plan à Paris, ainsi que des participations dans plusieurs entreprises françaises cotées. Le Paris Saint-Germain, propriété de Qatar Sports Investments depuis 2011, reste la vitrine la plus visible de cette présence.
La stratégie annoncée pour 2035 confirme l’orientation : le Qatar ne cherche plus seulement à placer des capitaux, il construit un réseau d’adresses détenues en propre dans les grandes capitales.
Un ministère de la Défense transformé en palace, avec crèche et gymnase pour la partie résidentielle. La rive gauche a connu des reconversions moins spectaculaires.