Destructions dans le camp de Jabalia, dans la bande de Gaza

Kill list du Shin Bet : Israël traque 2 000 Gazaouis du 7-Octobre

Une unité spéciale du Shin Bet, baptisée Nili, a établi une kill list d’environ 2 000 Gazaouis accusés d’avoir participé aux attaques du 7 octobre 2023, révèle Le Figaro. Son existence officielle vient d’être reconnue pour la première fois, après près de trois ans d’activité dans l’ombre. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou refuse d’inclure ces éliminations dans le gel des opérations ciblées obtenu par Washington.

Nili : un acronyme hébreu d’origine biblique qui signifie « l’Éternel ne ment jamais ». Comprendre : ne pardonne pas. L’unité relève du Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien chargé de la lutte antiterroriste, et travaille avec l’armée.

Son bilan, tel que rapporté par Le Figaro, tient en trois chiffres. Environ 1 200 assaillants infiltrés ont été tués lors des combats sur le territoire israélien le 7 octobre 2023 et les deux jours suivants. Puis 1 600 autres Gazaouis, accusés d’avoir pris part à l’incursion, ont été éliminés dans la bande de Gaza. Trois cents suspects ont été capturés vivants, et doivent être jugés par des tribunaux militaires spéciaux. Restent environ 2 000 noms sur la liste.

Les selfies comme banque de cibles

Pour constituer cette banque de cibles, les agents de Nili s’appuient sur une analyse massive de données. Ils exploitent les vidéos filmées par les assaillants eux-mêmes et les photographies que beaucoup ont diffusées sur les réseaux sociaux dans les heures qui ont suivi l’attaque.

S’y ajoutent les logiciels de reconnaissance faciale les plus récents, la géolocalisation, l’interception des communications téléphoniques et les informations obtenues lors des interrogatoires de détenus. Un responsable du ministère israélien de la Défense assure qu’il faut « au moins deux éléments de preuve » avant que le feu vert ne soit donné. Il n’en dit pas davantage sur la nature de ces preuves.

L’attaque du 7 octobre 2023 avait fait plus de 1 200 morts et conduit à la prise de 215 otages.

Qui figure sur la liste

Sont visés ceux qui ont franchi la clôture électronique séparant Gaza d’Israël, à l’aide de camions, de bulldozers ou de pelleteuses, avant d’attaquer des positions militaires, des localités frontalières et le festival de musique organisé ce jour-là. Mais aussi des Palestiniens qui ne se sont pas infiltrés en Israël, s’ils ont participé à la détention ou au meurtre d’otages.

Les chefs et membres de la Force Nukhba, unité d’élite du Hamas, sont recherchés en priorité. Les responsables politiques du mouvement ayant donné leur accord à l’opération ou contribué à son financement, dont certains vivent en Turquie et au Qatar, figurent également parmi les cibles potentielles. Pour l’heure, ces éliminations à l’étranger ne sont pas d’actualité : Washington fait pression pour éviter une escalade régionale.

Un gel qui n’en est pas tout à fait un

Depuis plus d’une semaine, Israël a accepté de renoncer aux éliminations ciblées visant des Palestiniens non impliqués dans les tueries du 7-Octobre. Benyamin Netanyahou a cédé aux exigences américaines, dans le cadre du plan de paix pour Gaza parrainé par Donald Trump.

Plusieurs médias israéliens ont toutefois révélé que la pause est partielle. Elle ne concerne pas les personnes inscrites sur la liste de Nili. Le gouvernement israélien a refusé de s’engager sur ce point précis.

Au début du mois d’août, une vingtaine de Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza par l’aviation et l’artillerie israéliennes, dont plusieurs enfants, selon le ministère de la Santé du Hamas. Une partie de ces frappes visaient des noms de la liste.

Munich, 1972

La comparaison s’impose d’elle-même. En 1972, après l’assassinat de onze athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich par le groupe Septembre noir, lié à l’Organisation de libération de la Palestine alors dirigée par Yasser Arafat, le Mossad avait lancé l’opération « Colère de Dieu ». Elle a duré plus de vingt ans.

Une douzaine de Palestiniens et de ressortissants de pays arabes ont été tués, dont quatre à Paris, les autres à Rome, Nicosie, Athènes, Beyrouth et Tunis. L’opération a aussi produit une bavure : un serveur d’origine marocaine abattu par erreur en Norvège en raison de sa ressemblance avec un suspect palestinien. Deux agents du Mossad avaient été arrêtés, puis libérés au bout de quelques mois à la suite de tractations discrètes.

Deux éléments de preuve, dit le ministère de la Défense. En Norvège, en 1973, il y en avait eu un seul : une ressemblance. Cinquante-trois ans plus tard, les logiciels ont changé, la méthode non.


Source : Le Figaro – https://www.lefigaro.fr/international/en-israel-une-kill-list-du-shin-beth-pour-tuer-tous-les-palestiniens-impliques-dans-le-massacre-du-7-octobre-20260814