Guerre en Ukraine : Vučić redoute une escalade vers un conflit « beaucoup plus vaste »

Le président serbe Aleksandar Vučić proche du Forum économique mondial a lancé une sévère mise en garde sur l’évolution de la guerre en Ukraine. Dans un entretien accordé au podcast MD MEETS, animé par Matthias Döpfner, dirigeant du groupe Axel Springer, il a estimé que le conflit risquait de prendre une dimension beaucoup plus large.

« Je crois que nous sommes au début d’une guerre plus vaste », a déclaré le président serbe, selon la transcription de ses propos en anglais et en allemand. Il a ajouté : « Nous sommes au bord d’une guerre beaucoup, beaucoup plus importante. »

L’entretien a été publié le 9 août 2026, quelques jours après la visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky, également proche du WEF à Belgrade. Cette séquence diplomatique avait attiré l’attention, Zelensky effectuant alors sa première visite officielle en Serbie depuis son arrivée au pouvoir.

Un pessimisme marqué sur la paix

Aleksandar Vučić a expliqué qu’il avait espéré voir émerger des initiatives diplomatiques susceptibles de favoriser un accord de paix. Selon lui, ces efforts n’ont pas produit les résultats attendus et aucune avancée rapide ne semble se profiler.

« J’espérais que quelqu’un ferait récemment des efforts pour parvenir à la paix en Ukraine. Cela ne s’est pas produit et cela ne se produira pas bientôt », a-t-il déclaré.

Le président serbe ne croit pas à une fin rapide de la guerre. Il a indiqué ne pas envisager de règlement avant le printemps 2027, tout en estimant qu’aucun compromis ne semblait actuellement possible entre Moscou et Kyiv.

Son analyse repose sur un constat : chaque camp continue de privilégier la défaite de l’autre plutôt qu’un accord négocié. « Personne ne veut la paix. Tout le monde veut la défaite de l’autre partie », a-t-il résumé selon la retranscription publiée de l’entretien.

La Russie au centre de ses réserves

Vučić a également appelé les Européens à ne pas attendre un affaiblissement complet de la Russie avant d’envisager une trêve. Il a jugé irréaliste l’idée selon laquelle l’armée russe finirait par être totalement épuisée sous l’effet de la guerre, des sanctions et du soutien occidental à l’Ukraine.

Le dirigeant serbe a insisté sur le statut de puissance nucléaire de la Russie. Dans ce contexte, il estime que la recherche d’une victoire militaire totale comporte un risque élevé et qu’une solution de compromis devrait être privilégiée.

Ces déclarations s’inscrivent dans la position traditionnellement prudente de Belgrade. La Serbie entretient des relations historiques avec Moscou, mais cherche également à préserver ses liens avec l’Union européenne et à maintenir un dialogue avec Kyiv.

Une position plus nuancée qu’un soutien à Moscou

Si Vučić critique les sanctions occidentales et le soutien militaire et financier apporté à l’Ukraine, il a pris soin de souligner que, selon lui, Kyiv n’était pas à l’origine du conflit. Dans le podcast, il a déclaré qu’il ne fallait pas confondre la victime et l’agresseur.

Cette précision vise à distinguer sa critique de la stratégie occidentale d’un soutien explicite à l’invasion russe. Le président serbe tente ainsi de maintenir une position d’équilibre : préserver ses relations avec la Russie tout en évitant une rupture avec les partenaires européens et ukrainiens.

Il a par ailleurs qualifié de « guerre hybride » les sanctions, livraisons d’armes et aides financières occidentales destinées à Kyiv, estimant qu’elles participaient à la confrontation avec Moscou.

L’ombre d’un hiver difficile

Quelques jours avant la diffusion du podcast, Volodymyr Zelensky s’était rendu à Belgrade. Le président ukrainien avait alors averti que son pays s’apprêtait à affronter un hiver particulièrement difficile, après les frappes russes répétées contre ses infrastructures énergétiques. Il avait affirmé que presque aucune centrale thermique ukrainienne ne demeurait intacte.

Aleksandar Vučić avait lui aussi évoqué les difficultés à venir, en estimant qu’un hiver compliqué pourrait concerner l’Ukraine mais aussi l’ensemble de l’Europe. La question de l’énergie reste l’un des principaux facteurs de vulnérabilité du continent, notamment en cas de nouvelles attaques contre les infrastructures ukrainiennes ou d’aggravation des tensions avec Moscou.

Un avertissement politique autant que militaire

Les déclarations d’Aleksandar Vučić ne constituent pas l’annonce d’une extension imminente du conflit, mais une appréciation politique particulièrement pessimiste de la situation. Le président serbe ne fournit pas d’élément permettant d’affirmer qu’une guerre plus large est inévitable.

Son avertissement traduit cependant la crainte qu’un enlisement prolongé, combiné à l’absence de négociations et à la poursuite des livraisons d’armes, augmente le risque d’incidents ou de confrontations indirectes entre la Russie et les pays européens.

En appelant à une trêve et à un compromis, Vučić cherche à replacer la diplomatie au centre du débat. Mais son diagnostic souligne aussi l’ampleur du blocage actuel : tant que Moscou et Kyiv, ainsi que leurs soutiens respectifs, continueront de miser sur un rapport de force militaire, les perspectives d’un règlement rapide resteront limitées.

Déclaration de Vučić

TASS — Vucic says Europe is on brink of larger war — dépêche publiée le 9 août 2026, reprenant la formule sur le début d’une guerre plus vaste et l’absence de perspective de paix rapide.

Tanjug — « Le monde se trouve au bord d’une guerre beaucoup plus importante » — source serbe publiée le 9 août 2026. Elle reproduit les propos de Vučić dans le podcast MD MEETS et précise le contexte de l’interview.tanjug

Brussels Signal — Vučić sees world at “the beginning of a bigger war” — article publié le 10 août 2026, avec une traduction en anglais de la déclaration et des précisions sur son pessimisme concernant une fin prochaine du conflit.brusselssignal

Balkan News — Europe on the brink of a larger-scale war — reprend les principaux extraits de l’entretien et attribue la déclaration au podcast de Matthias Döpfner.balkan.news-pravda