Procès du meurtre de Tupac : Suge Knight refuse de témoigner contre Keefe D

Près de trente ans après la mort de Tupac Shakur, Suge Knight maintient une position catégorique : il ne veut pas témoigner contre Duane « Keefe D » Davis, jugé à Las Vegas pour son rôle présumé dans le meurtre du rappeur. L’ancien patron de Death Row Records, présent aux côtés de Tupac au moment de la fusillade de septembre 1996, invoque un principe de loyauté et assure qu’il ne contribuera pas à envoyer un autre homme en prison à vie.

Le procès de Duane « Keefe D » Davis ravive l’une des affaires criminelles les plus emblématiques de l’histoire du hip-hop. Et parmi les noms susceptibles de peser dans les débats figure celui de Marion « Suge » Knight, cofondateur de Death Row Records et témoin direct de la fusillade qui coûta la vie à Tupac Shakur.

Knight se trouvait au volant de la BMW dans laquelle Tupac voyageait lorsque des coups de feu furent tirés depuis une Cadillac blanche, le 7 septembre 1996 à Las Vegas. Touché à plusieurs reprises, le rappeur mourut six jours plus tard, à l’âge de 25 ans. Suge Knight survécut à l’attaque. Trois décennies plus tard, son nom figure parmi ceux évoqués dans le cadre du procès de Davis, accusé par les procureurs d’avoir orchestré l’attaque. Davis a plaidé non coupable.

Suge Knight ne veut pas envoyer Keefe D en prison

Interrogé par ABC News, Suge Knight affirme qu’il n’a aucune intention de monter à la barre contre Keefe D. Et si l’accusation tentait malgré tout de le contraindre à témoigner, l’ancien magnat du rap prévient que la situation pourrait devenir particulièrement compliquée pour les procureurs.

Au cœur de son refus se trouve une conception radicale de la loyauté. Pour Knight, témoigner contre un homme afin de contribuer à son incarcération constitue une ligne qu’il refuse de franchir. Il compare même le fait de dénoncer quelqu’un devant un tribunal à une violence dont les conséquences se répéteraient indéfiniment pour la personne condamnée.

« Monter à la barre et désigner quelqu’un du doigt, c’est pire que de prendre une arme et de lui tirer une balle dans la tête », explique-t-il notamment, avant d’assurer qu’il ne veut pas porter la responsabilité d’envoyer un homme derrière les barreaux pour le restant de ses jours.

Cette position n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle. Dès l’arrestation de Keefe D en 2023, Suge Knight avait déclaré qu’il refuserait de témoigner contre lui s’il était appelé à la barre. À l’époque, il contestait également certaines versions avancées autour de l’identité du tireur.

Une fidélité à Tupac toujours revendiquée

Son refus de témoigner ne signifie toutefois pas, selon lui, que son attachement à Tupac se serait émoussé avec le temps. Knight insiste au contraire sur la relation qui l’unissait à l’artiste devenu l’une des figures majeures de Death Row Records dans les derniers mois de sa vie.

« Ma loyauté envers Tupac ne pourra jamais être compromise », affirme-t-il.

Une déclaration lourde de sens dans une affaire où les notions de loyauté, de rivalités entre gangs et de silence ont accompagné pendant des décennies les différentes théories entourant le meurtre.

Tupac avait rejoint Death Row Records en 1995 après que Suge Knight eut participé au financement de sa libération sous caution. Leur association fut aussi spectaculaire que brève. Elle donna naissance à All Eyez on Me, sorti en février 1996, quelques mois seulement avant l’assassinat du rappeur.

Pour Knight, Keefe D s’est déjà compromis tout seul

Suge Knight ne transforme pas pour autant son refus de témoigner en plaidoyer en faveur de Keefe D. Sur ce point, son discours est sensiblement différent : selon lui, Davis n’a besoin de personne pour être confronté à ses propres déclarations.

« Avec tout ce qu’il a dit et raconté, il s’est déjà dénoncé lui-même », estime Knight.

C’est précisément l’un des enjeux majeurs du procès. Au fil des années, Keefe D a publiquement raconté sa version de la nuit du 7 septembre 1996. Il a notamment évoqué l’affaire dans des interviews et dans ses mémoires, Compton Street Legend, publiés en 2019. Les procureurs s’appuient sur plusieurs de ces déclarations pour étayer leur dossier.

La justice du Nevada a par ailleurs autorisé l’utilisation au procès d’un ancien entretien de Davis avec les enquêteurs. La défense avait tenté d’empêcher son admission, soutenant que les déclarations avaient été faites dans un cadre qui devait empêcher leur utilisation contre lui. La juge Carli Kierny a rejeté cet argument avant l’ouverture du procès.

Davis reconnaît avoir été présent dans la Cadillac impliquée dans la fusillade, mais il n’est pas accusé d’avoir personnellement tiré sur Tupac. Les procureurs soutiennent en revanche qu’il aurait organisé l’attaque et fourni l’arme utilisée. En vertu du droit du Nevada, sa responsabilité pénale peut être recherchée en tant que participant présumé à l’opération, même s’il n’est pas présenté comme le tireur. Il conteste l’accusation et a plaidé non coupable.

Une affaire revenue au premier plan trente ans plus tard

Le procès de Keefe D s’est ouvert à Las Vegas en août 2026 avec la sélection du jury. Davis, âgé de 63 ans, est le seul suspect encore en vie parmi les hommes que les enquêteurs ont associés à la Cadillac présente lors de la fusillade. L’accusation présente le meurtre comme une attaque de représailles après une violente altercation survenue quelques heures plus tôt au MGM Grand.

Ce soir-là, après un combat de Mike Tyson, Tupac Shakur et plusieurs membres de l’entourage de Death Row avaient participé à une agression contre Orlando Anderson, neveu de Keefe D et membre des South Side Compton Crips. Plus tard dans la soirée, alors que Tupac et Suge Knight se rendaient vers le Club 662, une Cadillac blanche s’était approchée de leur BMW à un feu rouge avant qu’une rafale de tirs ne soit dirigée vers le véhicule.

Tupac succomba à ses blessures le 13 septembre 1996.

L’affaire resta sans inculpation pendant plus de vingt-cinq ans. Les nombreuses prises de parole de Keefe D, notamment ses récits publics sur les événements, contribuèrent ensuite à replacer son rôle présumé au centre de l’enquête. Il fut finalement arrêté et inculpé en 2023.

« C’est mon frère »

Pour Suge Knight, désormais lui-même incarcéré pour une affaire sans rapport avec le meurtre de Tupac, les débats judiciaires ne semblent pas avoir effacé la dimension personnelle du drame.

L’ancien patron de Death Row explique que la disparition du rappeur continue de l’accompagner au quotidien, près de trois décennies après cette nuit de Las Vegas.

« Il ne se passe pas un seul jour sans que, personnellement, je pense à Tupac ou que Tupac me manque », confie-t-il. « C’est mon frère. »

Une fidélité qu’il présente aujourd’hui comme indissociable de son refus de témoigner. Mais alors que la justice américaine tente enfin d’établir les responsabilités pénales dans la mort de Tupac Shakur, les propres paroles de Keefe D, accumulées pendant des années, occupent désormais une place centrale dans un procès attendu depuis trois décennies.

Sources :

Reuters — « Jury selection begins for ex-gang leader charged with Tupac Shakur’s 1996 murder »

ABC News — « Judge allows use of police interview in trial for man accused of killing Tupac Shakur »

Associated Press — Procès de Duane « Keffe D » Davis et rappel de l’affaire Tupac Shakur

Le Monde — « Thirty years after Tupac Shakur’s murder, a trial seeks to resolve a never-closed case »

TMZ — Déclarations antérieures de Suge Knight sur son refus de témoigner contre Keefe D