Mercredi 12 août, 20 h 26 sur la côte cantabrique : le jour recule d’un coup et une foule aux yeux masqués de carton retient son souffle. De l’Arctique russe aux Baléares, une éclipse solaire totale a traversé l’Europe en quelques minutes, tandis qu’une version partielle du même phénomène captivait la France, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Irlande. Embouteillages sur les routes espagnoles, observatoire belge pris d’assaut, lunettes de protection introuvables jusque dans les boulangeries : la presse européenne raconte un mercredi soir suspendu entre ciel et terre.
L’éclipse solaire totale du 12 août a débuté en fin d’après-midi aux confins de l’Arctique, dans l’extrême nord de la Russie continentale. Le cône d’ombre a ensuite filé vers le sud, survolant le Groenland puis l’Islande, avant d’atteindre la péninsule Ibérique en soirée. Sur les côtes cantabriques, la couronne solaire s’est dévoilée à 20 h 26 traversant l’Espagne du nord à l’est à vitesse fulgurante, jusqu’à sa disparition au-dessus des îles Baléares à 20 h 34. En Belgique, plus au nord, le phénomène restait partiel et s’est achevé à 21 h 06, confondu avec un coucher de soleil.
De l’Espagne à l’Irlande, un continent aux yeux levés
Aucun pays n’a vécu le phénomène avec autant d’intensité que l’Espagne. Le pays est devenu pendant quelques minutes le centre du monde astronomique. Des spectateurs venus du monde entier ont afflué aux quatre coins du territoire, et des embouteillages se sont formés dès le matin sur les routes menant aux zones offrant la meilleure visibilité. Reykjavik et l’Islande ont profité d’une vue privilégiée sur le passage du cône d’ombre entre le Groenland et l’Espagne. Ailleurs sur le continent, de la France au Royaume-Uni en passant par la Belgique et l’Irlande, le public a dû se contenter d’une éclipse partielle, la Lune ne mordant qu’une partie du disque solaire sans jamais l’occulter totalement.
Lunettes de fortune et frissons collectifs
Le basculement de la lumière a produit ses effets habituels et quelques scènes plus inattendues. Les températures ont chuté, les oiseaux ont cessé de chanter. En Suisse, sur les rives du Léman comme au sommet des toits urbains, les gens se sont amassés pour assister au spectacle. La ruée sur les équipements de protection a pris de court les commerçants : opticiens, quincailleries et jusqu’à des boulangeries avaient épuisé leurs stocks de lunettes homologuées. Passoires, boîtes de céréales et feuilles de papier ont servi de solutions de fortune pour observer le phénomène sans risque. En Belgique, la station de radioastronomie de Humain, d’ordinaire fermée au public, a accueilli plus de 200 visiteurs.
Une éclipse historique, la prochaine attendue en 2027
L’éclipse du 12 août est la première à traverser totalement la péninsule Ibérique depuis 1905. Ce type de phénomène reste rare à l’échelle d’une vie humaine sur un même territoire : selon les calculs des astronomes, la prochaine éclipse solaire totale visible depuis l’Europe interviendra le 2 août 2027, avec un nouveau passage du cône d’ombre par l’Espagne.
Le temps d’un vol de mouette interrompu, l’Europe a retrouvé le réflexe ancien de lever les yeux ensemble vers le même ciel. Rendez-vous est pris dans moins d’un an, sur les mêmes rivages espagnols, pour un nouveau tête-à-tête entre la Lune et le Soleil.