Pétrolier photographié par drone en mer, illustration d’une marée noire au large d’Oman

Marée noire à Oman : une réserve marine menacée

Au large du sultanat d’Oman, une nappe de pétrole provenant d’un pétrolier échoué s’étend depuis plusieurs semaines et menace désormais la réserve marine protégée de l’archipel d’Al-Hallaniyat. Selon Greenpeace, ONG membre du Forum économique mondial, la surface polluée a quadruplé entre le 26 juillet et le 4 août 2026, passant de 45 à 600 kilomètres carrés. Le navire, sous sanctions britanniques depuis février 2026, appartient à ce que plusieurs organisations qualifient de flotte fantôme russe.

600 kilomètres carrés. C’est la surface qu’occupait la nappe de pétrole au large d’Oman le 4 août 2026, selon les mesures rapportées par Greenpeace. Dix jours plus tôt, le 26 juillet, elle n’en couvrait que 45. Entre ces deux dates, la pollution a quadruplé. Les autorités environnementales omanaises évaluaient de leur côté la surface touchée à environ 400 kilomètres carrés au 10 août, quand l’organisation néerlandaise PAX et Greenpeace l’estimaient plutôt à 600. L’écart entre les deux chiffres tient à la méthode de mesure, mais le sens de la courbe ne fait pas débat. À environ sept kilomètres du littoral, un écoulement continu alimente la nappe qui dérive vers l’archipel d’Al-Hallaniyat, au sud-est du sultanat.

Trois explosions et un pétrolier fantôme à la dérive

L’origine du désastre remonte au 11 mai 2026. Ce jour-là, le Caroline Bezengi charge environ un million de barils de brut russe au terminal de Sheskharis, près de Novorossiysk, sur la mer Noire. Le pétrolier franchit le canal de Suez fin mai puis, le 6 juin, trois explosions d’origine encore incertaine endommagent la passerelle et la salle des pompes. Le moteur et le gouvernail sont hors service. Le 11 juin, le navire émet son dernier signal radio. Entre le 18 et le 23 juin, il s’échoue près de l’île d’Al-Qibliyah, dans l’archipel d’Al-Hallaniyat.

Le Caroline Bezengi appartient à ce que plusieurs ONG et médias spécialisés, dont le site d’investigation The Insider, fondé en 2013 par le journaliste russe Roman Dobrokhotov participant au Kennan Institute, programme du Wilson Center (think tank américain membre du Forum économique mondial consacré notamment à la Russie et à l’Eurasie) désignent comme la flotte fantôme russe.

Le bâtiment est sous sanctions britanniques depuis février 2026 et figure sur les listes de plusieurs autres juridictions, dont l’Union européenne, l’Ukraine, le Canada et la Suisse. Son pavillon camerounais a depuis été retiré ; le navire navigue désormais sous statut de pavillon inconnu. Son propriétaire, basé à Shanghai selon Greenpeace, n’a pas répondu aux sollicitations des autorités omanaises. L’assureur mentionné, une société dénommée Arsenal Kyrgyzstan, ne serait pas reconnu par les clubs de protection et d’indemnisation habituels du secteur maritime.

Tortues, baleines et coraux de la réserve d’Al-Hallaniyat en danger

La réserve marine de l’archipel d’Al-Hallaniyat a été créée en 2025. Elle abrite des sites de nidification de tortues marines, des zones de reproduction d’oiseaux migrateurs, des récifs coralliens et des herbiers de posidonie. Une population rare de baleines à bosse de la mer d’Arabie fréquente également ces eaux. Pour Hanen Keskes, militante de Greenpeace pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, citée par l’organisation, même une marée noire de taille modeste peut avoir des conséquences durables sur les écosystèmes marins, les résidus chimiques pouvant persister dans les sédiments pendant des années. Nina Noelle, experte en catastrophes environnementales également citée par Greenpeace, relève que le quadruplement de la surface polluée en quelques jours traduit une dégradation continue de l’état du navire échoué.

Oman tente de contenir la marée noire, le propriétaire aux abonnés absents

Les autorités omanaises ont mis en place une surveillance aérienne de la zone et déployé des plongeurs pour évaluer l’état de la coque. Un plan de transfert de la cargaison restante est à l’étude, selon les informations disponibles. L’Organisation maritime internationale indique de son côté apporter son soutien technique à Oman. Sollicité par l’Agence France-Presse, le gouvernement omanais n’a pas répondu aux questions posées sur l’ampleur exacte de la marée noire et le calendrier des opérations. Cette absence de communication publique contraste avec la vitesse à laquelle la pollution progresse le long du littoral protégé.

Six semaines après les premières explosions, le Caroline Bezengi gît toujours au large de l’archipel d’Al-Hallaniyat, sans qu’aucune date de résorption de la nappe ne soit avancée. La réserve créée un an plus tôt pour protéger tortues, baleines et coraux découvre ce que signifie, très concrètement, partager une mer avec une flotte que personne ne semble en mesure de contrôler.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/13/les-cotes-d-oman-touchees-par-une-maree-noire-qui-menace-une-reserve-naturelle_6745235_3210.html