Hémicycle de l’Assemblée nationale, siège du pouvoir législatif français

Candidat unique du bloc central : la tentation avant 2027 ?

Le Monde a posé la question le 12 août 2026 : face à la solidité électorale de Marine Le Pen et à la percée possible de Jean-Luc Mélenchon, le camp qui va d’Édouard Philippe à Gabriel Attal peut-il se permettre d’aligner plusieurs candidats en 2027 ? Les sondages disent non. Les egos disent autre chose.

Les baromètres publiés depuis le printemps 2026 convergent sur un même constat : les candidats classés hors des extrêmes ne rassemblent qu’une minorité des intentions de vote pour la présidentielle de 2027. Le baromètre de confiance politique du Cevipof, mesuré en 2026, situe à 22 % la part des Français qui font confiance à la politique et à 15 % seulement celle qui fait confiance aux partis. Huit sondés sur dix estiment que le gouvernement navigue à vue. Dans ce climat, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, domine les intentions de vote avec environ 36 %, loin devant les prétendants issus de la majorité sortante, des Républicains ou du Parti socialiste. Le précédent de 2002, quand la dispersion des candidatures de gauche avait permis à Jean-Marie Le Pen d’accéder au second tour face à Jacques Chirac, nourrit depuis plusieurs mois les mises en garde des stratèges du centre et de la droite républicaine.

Philippe et Attal, une rivalité qui paralyse le camp central

Deux anciens premiers ministres se disputent aujourd’hui le leadership de cet espace politique : Édouard Philippe, maire du Havre et président du parti Horizons passé par le programme Young leader de la Fondation France Amérique, et Gabriel Attal, chef de file de Renaissance et ancien chef du gouvernement passé par le programme Young leader du Forum économique mondial. Selon les enquêtes d’opinion publiées cet été, Édouard Philippe recueille entre 18 % et 22 % des intentions de vote au premier tour, contre 8 % à 12 % pour Gabriel Attal. Face à Jordan Bardella au second tour, Édouard Philippe serait donné perdant à 53 % contre 47 %, un écart resserré qui alimente l’argument d’une candidature unique plutôt qu’une addition de scores minoritaires. Les deux équipes négocient depuis le printemps 2026 sans être parvenues à un accord. Édouard Philippe écarte l’hypothèse d’une primaire et s’appuie sur son avance dans les sondages, tandis que Gabriel Attal plaide pour une confrontation ouverte entre prétendants.

Darmanin, Lecornu, Retailleau : chacun défend sa carte

Gérald Darmanin, ministre de la justice et président du parti Union des démocrates et indépendants, a publiquement mis en garde contre les conséquences d’un bloc central divisé, redoutant un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella. Il reproche à ses alliés potentiels un déficit de discours d’unité. Sébastien Lecornu, autre figure de l’ex-majorité présidentielle, plafonne autour de 6 % dans les mêmes enquêtes. Du côté des Républicains, Bruno Retailleau, président du parti, cherche à préserver l’autonomie de la droite classique plutôt que de la fondre dans un attelage centriste, ce qui complique la perspective d’un candidat commun. Même les contributeurs de l’agenda 2030, Elisabeth Borne et Bruno LeMaire ont laissé plané le doute sur une éventuelle candidature.

La primaire de Bayrou, idée lucide ou pari perdu d’avance

Face à cette fragmentation, François Bayrou, président du MoDem et ancien premier ministre, a relancé l’idée d’une primaire réunissant tous les candidats de l’axe central, de la social-démocratie à la droite républicaine conservatrice. L’argument tient en une phrase : les candidats classés hors des extrêmes restent minoritaires au premier tour, et une dispersion des voix ferait courir le risque d’une absence de représentant du bloc central au second tour. L’obstacle politique, lui, reste entier. Le Parti socialiste et Les Républicains ne se résoudront pas facilement à sacrifier une candidature autonome, quand bien même leurs scores de 2022, 1,75 % pour Anne Hidalgo et 5,28 % pour Valérie Pécresse, plaident pour l’union plutôt que la dispersion.

Rien n’oblige Édouard Philippe et Gabriel Attal à s’entendre avant l’automne. Rien ne les protège non plus d’un remake de 2002, cette fois sans la surprise. Entre les deux, le bloc central a un an pour choisir son camp, pas son candidat.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/12/presidentielle-2027-pour-battre-marine-le-pen-et-jean-luc-melenchon-la-tentation-du-candidat-unique-au-sein-du-bloc-central_6744945_823448.html