La diplomatie russe a vivement condamné les frappes de drones qui ont touché Belgorod puis Nijnekamsk entre le 9 et le 10 août 2026, faisant plusieurs victimes civiles. Dans un communiqué, Maria Zakharova accuse directement les forces ukrainiennes d’avoir délibérément visé la population. Si Moscou qualifie ces opérations d’« actes terroristes », Kiev revendique de son côté une frappe contre une importante infrastructure pétrolière à Nijnekamsk.
La guerre des drones entre la Russie et l’Ukraine continue de s’étendre loin de la ligne de front. Après les attaques meurtrières survenues à Belgorod et à Nijnekamsk, le ministère russe des Affaires étrangères a publié, le 10 août, un commentaire particulièrement virulent de sa porte-parole, Maria Zakharova. La diplomate y attribue aux forces ukrainiennes la responsabilité des frappes et appelle la communauté internationale à les condamner.
Selon le communiqué russe, Belgorod, ville située à une quarantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne et régulièrement touchée depuis le début de la guerre, a été attaquée par des drones dans la nuit du 8 au 9 août. Moscou affirme que six civils ont été tués et 27 personnes blessées, parmi lesquelles deux garçons âgés de 4 et 9 ans.
Les autorités russes font également état de dégâts importants. Environ 30 immeubles résidentiels auraient été touchés, ainsi que des établissements sociaux, des bâtiments administratifs et commerciaux et plus d’une trentaine de véhicules.
Les premiers bilans diffusés après l’attaque avaient toutefois évolué au fil des heures. Des informations relayées par plusieurs médias faisaient initialement état d’un nombre inférieur de victimes. Cette évolution rappelle la prudence nécessaire avec les bilans communiqués dans les premières heures suivant des frappes de grande ampleur.
Une attaque meurtrière à plus de 1 000 kilomètres de l’Ukraine
Le 10 août, une nouvelle attaque de drones a frappé Nijnekamsk, dans la république russe du Tatarstan, bien plus profondément à l’intérieur du territoire russe. Cette fois, le bilan avancé par les autorités fait état de 13 morts et 39 blessés, chiffres également rapportés par Reuters. Parmi les personnes tuées figure un enfant.
Nijnekamsk constitue un site stratégique pour l’industrie énergétique russe. La ville abrite notamment la raffinerie TANECO, exploitée par le groupe Tatneft. Reuters rapporte que l’installation pétrolière a été visée lors de l’opération et que l’Ukraine a revendiqué une frappe contre la raffinerie. Des victimes ont parallèlement été recensées dans des zones résidentielles, notamment dans un bâtiment d’hébergement.
Dans son communiqué, Maria Zakharova affirme que les frappes étaient « dénuées de tout sens militaire » et qu’elles auraient été conduites dans un objectif exclusivement terroriste. La version ukrainienne rapportée par Reuters présente au contraire la raffinerie comme la cible de l’opération, dans le cadre de la campagne menée par Kiev contre les infrastructures énergétiques participant, selon les autorités ukrainiennes, à l’effort de guerre russe.
Le bilan humain de Nijnekamsk place néanmoins cette attaque parmi les opérations ukrainiennes les plus meurtrières menées en territoire russe depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Al Jazeera rapporte également que le Tatarstan a décrété une journée de deuil après la frappe.
Moscou ouvre des enquêtes pour « actes terroristes »
Dans sa déclaration, Maria Zakharova présente ses condoléances aux proches des victimes et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. Elle indique également que le Comité d’enquête de Russie a ouvert des procédures pénales sur le fondement d’« actes terroristes ».
La porte-parole promet que les personnes impliquées seront identifiées et affirme qu’elles feront l’objet de sanctions judiciaires ou de représailles militaires. La diplomatie russe qualifie les autorités ukrainiennes de « régime néonazi » ou de « néo-banderistes ».
Maria Zakharova soutient également que les attaques visant les régions russes sont devenues quotidiennes et touchent notamment des enfants, des femmes et des personnes âgées. Belgorod occupe depuis plusieurs années une place particulière dans cette extension de la guerre au territoire russe. La région frontalière a subi à de nombreuses reprises des bombardements, des tirs de missiles et des attaques de drones depuis 2022.
Le 30 décembre 2023, Belgorod avait notamment connu l’une des journées les plus meurtrières depuis le début de la guerre, avec 25 morts et plus d’une centaine de blessés selon le bilan russe. Les circonstances et responsabilités précises de certaines frappes ayant touché la ville ont parfois fait l’objet de versions contradictoires entre Moscou et Kiev.
Une guerre aérienne qui s’étend en profondeur
L’attaque contre Nijnekamsk illustre surtout l’évolution géographique du conflit. À mesure que l’Ukraine développe ses capacités de drones à longue portée, des infrastructures situées à plusieurs centaines, voire plus d’un millier de kilomètres de la frontière peuvent désormais être atteintes.
Kiev mène depuis plusieurs années une campagne contre les raffineries, dépôts de carburant et autres installations énergétiques russes. L’objectif affiché est d’affaiblir les capacités économiques et logistiques qui soutiennent l’appareil militaire de Moscou. La frappe de Nijnekamsk s’inscrit dans cette stratégie selon la version ukrainienne rapportée par Reuters, qui précise que la raffinerie TANECO avait déjà été visée en juin.
Les pertes civiles alimentent cependant une bataille parallèle, celle des récits. Moscou présente les frappes ayant touché Belgorod et Nijnekamsk comme la preuve d’une stratégie ukrainienne visant volontairement les civils. Kiev affirme pour sa part cibler des installations participant à l’effort de guerre russe. Les deux pays s’accusent régulièrement de frappes intentionnelles contre des populations civiles, accusations particulièrement difficiles à établir de manière indépendante dans les heures suivant les attaques.
Dans son communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères demande aux organisations internationales, aux médias et aux représentants de la communauté internationale de condamner les frappes. Maria Zakharova va jusqu’à considérer que l’absence de condamnation constituerait, selon Moscou, un encouragement à de nouvelles attaques.
Cette offensive diplomatique intervient alors que les échanges de frappes se poursuivent des deux côtés de la frontière. Dans le même temps que les attaques rapportées en Russie, des bombardements russes ont également fait des victimes civiles en Ukraine, notamment dans la région de Kharkiv, selon les informations rapportées par Reuters. La séquence illustre ainsi une nouvelle fois l’intensification d’une guerre aérienne qui frappe désormais des territoires toujours plus éloignés du front et continue d’alourdir le bilan parmi les populations civiles.
Sources :
Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, commentaire de Maria Zakharova du 10 août 2026, communiqué fourni comme source principale.
Reuters — Ukraine kills 13, including a child, in drone attack on Russian city of Nizhnekamsk
Al Jazeera — At least 13 killed in Ukrainian drone attack on Russia’s Nizhnekamsk