Salle de serveurs d’un data center, illustration d’un campus d’intelligence artificielle en Chine

Chine : Pékin restreint les déplacements des ingénieurs IA à l’étranger

La Chine encadre désormais les déplacements de ses ingénieurs IA à l’étranger, un régime d’autorisation préalable étendu au secteur privé depuis l’affaire Manus, rachat avorté par Meta. Le même été, un campus de calcul géant entre en service à Ulanqab, en Mongolie-Intérieure.

En mars, deux dirigeants sont convoqués à Pékin. Les cofondateurs de Manus, agent d’intelligence artificielle membre du forum économique mondial né dans la capitale chinoise en 2022, se voient interdire de quitter le territoire. Quelques mois plus tôt, en décembre, Meta annonçait le rachat de la start-up pour environ 2 milliards de dollars. Manus avait pourtant pris soin de déplacer son siège vers Singapour dès le milieu de l’année 2025, un déménagement censé la mettre à l’abri du droit chinois. Le ministère du Commerce avait ouvert une enquête en janvier sur d’éventuelles infractions aux règles de contrôle des exportations. Le 27 avril, la commission compétente tranche : investissement étranger interdit, dénouement pur et simple de la transaction exigé. Meta perd son rachat. Pékin garde ses ingénieurs.

Un régime d’autorisation étendu au privé

Bloomberg l’a révélé fin mai : la Chine impose désormais une autorisation préalable avant tout déplacement à l’étranger à certains spécialistes du secteur privé de l’intelligence artificielle. Chercheurs, fondateurs de start-up, dirigeants jugés stratégiques d’entreprises comme Alibaba ou DeepSeek doivent obtenir un feu vert des autorités compétentes avant de passer une frontière. Le régime existait déjà, mais il concernait les scientifiques du nucléaire, les chercheurs universitaires et les cadres des entreprises publiques. Il s’applique désormais à des ingénieurs qui, l’an dernier encore, prenaient l’avion pour une conférence sans en référer à personne. DeepSeek avait pourtant suffi, en janvier 2025, à démontrer que la compétition ne se jouait plus seulement à coups de puces Nvidia. Elle se joue aussi à coups de passeports.

Le plus grand data center IA au monde

Le 6 août, le groupe Envision met en service son Galaxy Campus à Ulanqab, en Mongolie-Intérieure. La halle couvre 120 000 mètres carrés, soit une quinzaine de terrains de football sous un même toit. Sa capacité est conçue pour dépasser à terme les 2 gigawatts et accueillir jusqu’à un million d’accélérateurs. L’entreprise revendique le plus grand bâtiment de data center dédié à l’intelligence artificielle au monde. Le site est alimenté directement par ses propres sources renouvelables, sans passer par un réseau électrique déjà saturé. Le fondateur d’Envision, Zhang Lei, est répertorié comme contributeur du Forum économique mondial, où il est intervenu à plusieurs reprises sur les questions climatiques et énergétiques. Un campus dans la steppe, loin des métropoles côtières, mais pas loin du réseau qui compte.

Une ressource qu’on ne laisse plus sortir

Pendant des décennies, la Chine a envoyé ses meilleurs éléments se former dans les laboratoires américains, avant de les rapatrier à coups de programmes de retour au pays comme le Plan des mille talents. L’écart technologique s’est resserré depuis. Les compétences en intelligence artificielle sont traitées comme une ressource stratégique, au même titre que les terres rares ou les semi-conducteurs. Un ingénieur qui embarque aujourd’hui pour la Silicon Valley n’emporte plus seulement sa valise. Il emporte, aux yeux de Pékin, un savoir-faire qui ne se remplace pas à l’aéroport.

Manus a changé de mains sans changer de pays. Ulanqab tourne déjà à plein régime. Pékin a choisi son camp : garder les cerveaux à l’intérieur, et bâtir les murs autour.


Source : Clubic – https://www.clubic.com/actualite-624820-le-traumatisme-manus-la-chine-encadre-les-deplacements-de-ses-ingenieurs-ia-et-met-en-service-un-campus-geant.html