Le tribunal correctionnel de Nice a condamné mercredi 5 août Owen Cenazandotti, dit Naruto, et Safine Hamadi, dit Safine, à des peines de prison avec sursis, assorties d’amendes et d’un bannissement numérique de six mois, pour les violences et humiliations infligées en direct à Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, et à Stéphane G., dit Coudoux, entre 2023 et 2025 sur Twitch puis Kick. Le volet pénal lié à la mort de Jean Pormanove, décédé à 46 ans et dont le corps inerte avait été découvert en direct sous son drap, a été classé sans suite en février, après autopsie, selon des informations de l’AFP relayées par Konbini.
Owen Cenazandotti, 27 ans, écope de deux ans de prison avec sursis et de 15 000 euros d’amende. Safine Hamadi, 24 ans, est condamné à dix-huit mois avec sursis et 5 000 euros d’amende. S’y ajoute, pour les deux hommes, une peine de bannissement numérique : six mois d’interdiction de publier sur les plateformes en ligne, rapporte Konbini. Le parquet de Nice avait requis plus lourd, jusqu’à trente mois dont un an ferme sous bracelet électronique pour Naruto, et un bannissement numérique à vie pour les deux prévenus, réclamé par la procureure Maud Marty. Seul Naruto s’est présenté à l’audience du 5 août. Son avocat, Me Fabien Carles, a salué une condamnation largement en dessous des réquisitions, tout en la jugeant encore trop lourde, estimant que ses clients étaient des amuseurs allés parfois trop loin, non des criminels.
Le scénario, c’était la baffe
Le tribunal ne s’est pas prononcé sur la mort de Jean Pormanove, seulement sur ce qui s’est joué avant, pendant des milliers d’heures de direct entre 2023 et 2025. Gifles, coups de pied, coups de fouet ou de batte de baseball, cris hurlés dans les oreilles : les images diffusées ou décrites à l’audience ont détaillé le quotidien de JP et de Coudoux, quadragénaire placé sous curatelle. Pour la procureure, il ne s’agissait ni d’un dérapage ni d’une provocation isolée mais d’un système de maltraitance organisé. « Les violences sont le programme, elles font le scénario », a-t-elle résumé, selon des propos rapportés par Konbini. Coudoux, lui, a refusé le statut de victime devant le tribunal, expliquant que le trio n’était qu’une bande de potes vivant son délire. Naruto a justifié le concept par une inspiration puisée dans les canulars potaches des débuts de Michaël Youn ou de Cyril Hanouna.
Vingt mille paires d’yeux, tous les soirs
Entre 21 heures et minuit, la chaîne rassemblait en moyenne 20 000 internautes chaque soir, ce qui en faisait la chaîne Kick la plus regardée de France, selon Konbini. Des influenceurs, des chanteurs et des footballeurs y sont passés. Les deux hommes ont touché jusqu’à 6 000 euros par mois, davantage pour Naruto. Avant de migrer vers Kick, plateforme de streaming concurrente lancée en 2022, le trio diffusait sur Twitch, filiale du groupe Amazon, entreprise membre du Forum économique mondial. Ni Naruto ni Safine n’avaient jamais rien déclaré au fisc sur ces revenus, une omission qui leur vaut aujourd’hui une enquête distincte sur leurs finances.
L’un tourne encore, l’autre encaisse
Safine s’est montré nettement plus contrit que son ex-associé, se disant aujourd’hui pas fier, installé en région parisienne, sans emploi ni perspective, expliquant se faire traiter de meurtrier et insulter en continu par la planète entière, selon des propos rapportés par Konbini. Naruto, lui, n’a pas quitté le milieu : il écrit désormais des concepts et loue du matériel à d’autres créateurs de contenus. Son petit frère a repris des lives depuis le Lokal, le studio de Contes, près de Nice, où Jean Pormanove est mort. Une enquête distincte est par ailleurs en cours à Paris pour déterminer si Kick a rémunéré les deux streamers et quels freins la plateforme a mis à leurs dérives, selon Konbini.
Le studio du Lokal n’a pas fermé, il a juste changé de visage. La caméra, elle, tourne toujours.