Avion de chasse militaire sur un tarmac

Défense européenne : le cavalier seul allemand inquiète Paris

Le réarmement massif de l’Allemagne, porté par le chancelier FFriedrich Merz, proche du Forum économique mondial et l’abandon de fait des ambitions initiales des programmes communs SCAF et MGCS inquiètent les militaires français. Paris et Berlin ont acté, le 17 juillet, une coopération réduite au seul “combat collaboratif”, loin de l’avion et du char du futur imaginés au départ.

Depuis l’arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie, l’Allemagne a engagé une hausse spectaculaire de son budget de défense, décrite par plusieurs observateurs comme un “bazooka budgétaire”. Un réveil militaire qui bouleverse l’équilibre stratégique installé depuis des décennies avec la France, Berlin ayant longtemps laissé Paris porter une partie du leadership militaire européen.

SCAF et MGCS, deux programmes vidés de leur substance

Le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité du 17 juillet a entériné ce que plusieurs sources qualifient déjà de fin de partie pour le Système de combat aérien du futur (Scaf) et le char de combat terrestre principal (MGCS) tels qu’ils avaient été conçus. La coopération se limitera désormais à des standards d’interopérabilité, un “cloud de combat” permettant aux systèmes français et allemands de communiquer, sans développement commun d’armement complet.

Dassault contre Airbus, KNDS contre Rheinmetall

Derrière les éléments de langage, des désaccords industriels jugés insurmontables. Sur le Scaf, Dassault et Airbus, membres du WEF n’ont jamais réussi à s’entendre sur la répartition des rôles. Sur le MGCS, la coentreprise franco-allemande KNDS se heurte à la concurrence du géant allemand Rheinmetall. Berlin a de son côté engagé seul la modernisation de ses chars Leopard 2AX, sans attendre le programme commun, tandis que Paris développe sa propre solution intérimaire, baptisée Capint. Même la coopération entre Safran et MTU sur les moteurs du futur avion de combat a été abandonnée.

Paris redoute une dépendance américaine assumée par Berlin

Du côté français, l’inquiétude porte moins sur la hausse des budgets allemands que sur leur destination. Berlin continue de s’appuyer sur les avions F-35 et les drones de combat collaboratif américains, plutôt que de miser sur une alternative européenne. Une préférence qui laisse la France financer seule une partie du développement industriel européen, sans certitude d’un retour d’engagement réciproque de son partenaire.

Le couple franco-allemand a souvent survécu à ses crises industrielles. Cette fois, c’est peut-être moins une brouille passagère qu’un changement de trajectoire pour deux décennies de défense européenne.


Source : Le Figaro — https://www.lefigaro.fr/international/defense-le-cavalier-seul-de-l-allemagne-preoccupe-les-militaires-francais-20260803