Alireza Akbari, ancien vice-ministre de la Défense iranien, interviewé par Mehr News

Alireza Akbari : l’espion du MI6 exécuté à Téhéran

Pendant quinze ans, l’ancien vice-ministre iranien de la Défense Alireza Akbari a mené une double vie : fidèle en apparence au régime des mollahs, informateur du MI6 britannique en réalité. Recruté dans des circonstances encore floues, il a renseigné Londres sur le programme nucléaire iranien, notamment sur le site d’enrichissement de Fordo, avant d’être arrêté en 2019, torturé dans la prison d’Evin puis exécuté à Téhéran le 14 janvier 2023, révèle L’Express.

Un après-midi d’août 2006, dans un jardin de Téhéran, deux frères discutent. L’aîné, Mehdi, rêve tout haut d’un cabinet de conseil familial sur le pétrole et le gaz. Alireza décline. Il est “extrêmement occupé”, explique-t-il, avant de tendre à son frère la carte d’une entreprise du secteur de l’énergie basée en Autriche. Son employeur réel n’a probablement rien d’autrichien. Il est anglais. C’est le MI6.

La scène, rapportée par Mehdi au New York Times et relayée par L’Express, tranche avec l’image publique d’Alireza Akbari à l’époque. Un dévoué du régime, pas un homme d’affaires pressé.

Le vice-ministre le plus loyal du régime, en apparence

De l’extérieur, Akbari est l’un des cadres les plus dévoués de la République islamique. Pieux, décrit comme fanatique des mollahs par sa propre famille, il est décoré commandant de la Garde révolutionnaire après la guerre Iran-Irak. Il devient vice-ministre de la Défense et conseille plusieurs responsables, dont Ali Shamkani, futur secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Il est également proche de Mohsen Fakhrizadeh, physicien du programme nucléaire iranien. Sa loyauté apparente lui vaut, en 2004, d’être chargé d’une tournée des ambassades occidentales, chinoises et russes pour rassurer sur les intentions nucléaires de Téhéran.

La date exacte de son recrutement par les services britanniques reste inconnue, tout comme sa motivation. Argent, sécurité familiale ou conviction : L’Express ne tranche pas. Un ex-agent de la DGSE chargé de la contre-prolifération, cité par le magazine, situe ce type de recrutement dans une logique plus large de liens historiques entre Londres et Téhéran. Il évoque « des avantages relatifs pour approcher quelqu’un comme lui ».

Fordo, le secret qui finira par le trahir

Pendant quinze ans, Akbari mène une double vie. En public, il affiche un visage de zélote favorable au nucléaire militaire. En privé, il devient l’un des informateurs les plus précieux des Occidentaux sur le sujet. En 2008, il révèle à Londres l’existence de Fordo, l’usine d’enrichissement nucléaire qui deviendra un pilier stratégique du programme iranien.

Le jeu est risqué. La même année, Akbari est arrêté sur soupçons d’espionnage pour le Royaume-Uni et détenu quatre mois. Ses appuis au sein du régime et son passé de cadre irréprochable lui permettent d’être libéré, puis consulté pendant plusieurs années par les autorités iraniennes elles-mêmes.

Londres, l’arrestation de 2019 et la prison d’Evin

Akbari s’installe à Londres en 2010 et obtient la nationalité britannique deux ans plus tard. Il poursuit malgré tout ses allers-retours à Téhéran, jusqu’à son arrestation en 2019. Les Gardiens de la révolution finissent par identifier la source des fuites sur Fordo, aidés selon L’Express par le renseignement russe.

Cette fois, ni son passé ni ses réseaux ne le protègent. Il est placé à l’isolement et torturé dans la prison souterraine d’Evin. Son seul contact avec l’extérieur est un ordinateur, utilisé pour transmettre de fausses informations au MI6. Sa captivité dure trois ans, jusqu’à son exécution le 14 janvier 2023.

Jusqu’au bout, un ordinateur a continué de parler au MI6 depuis la prison d’Evin. Il ne disait plus la vérité.


Source : L’Express — Alireza Akbari, le ministre iranien qui espionnait pour le MI6