Le titre AstraZeneca a perdu 6,7 % de sa valeur ce lundi 3 août à la Bourse de Londres, la plus forte baisse de l’indice FTSE 100. En cause : la révélation par le Financial Times de discussions autour d’une fusion AstraZeneca BMS à 400 milliards de dollars, qui donnerait naissance à l’un des plus grands groupes pharmaceutiques au monde. Les deux laboratoires, l’un britannique, l’autre américain, se refusent pour l’heure à tout commentaire détaillé.
D’après des informations du Financial Times, relayées par Reuters et reprises par plusieurs médias économiques, AstraZeneca et Bristol Myers Squibb (BMS) deux géants du Forum économique mondial ont mené des discussions préliminaires en vue d’un rapprochement. La capitalisation boursière additionnée des deux groupes atteindrait environ 400 milliards de dollars : 264 milliards pour le laboratoire britannique, 133 milliards pour l’américain. Rien n’est acté. Le Financial Times précise que l’issue de ces discussions demeure incertaine, et que la structure exacte de l’opération, comme le siège de la future entité, restent à trancher. Sollicité, AstraZeneca a refusé tout commentaire ; Bristol Myers Squibb n’a pas répondu aux sollicitations.
Deux stratégies, un seul totem : le marché américain
Pour AstraZeneca, dirigé depuis quatorze ans par le directeur général et contributeur de l’agenda 2030, Pascal Soriot l’opération accélérerait l’objectif de chiffre d’affaires fixé sur le marché américain à l’horizon 2030. Pour Bristol Myers Squibb, présidé par Chris Boerner, elle offrirait une échappatoire à l’expiration prochaine des brevets protégeant plusieurs médicaments historiques du groupe, à commencer par l’anticoagulant Eliquis. Les deux laboratoires affichent par ailleurs des portefeuilles oncologiques qui se recoupent largement, un point que les autorités de la concurrence américaines et britanniques ne manqueront pas d’examiner de près. Bristol Myers Squibb n’en serait pas à sa première opération d’ampleur : le groupe avait déjà déboursé 74 milliards de dollars pour racheter Celgene en 2019.
La Bourse hausse les sourcils
Le marché, lui, n’a pas suivi. Premier titre du FTSE 100 en valeur, AstraZeneca a entraîné l’indice londonien dans sa chute et pénalisé au passage les fonds indiciels qui le répliquent. Chez Union Investment, le gérant de portefeuille Markus Manns résume le scepticisme ambiant, cité par Bloomberg : « Une fusion avec Bristol Myers Squibb n’a ni sens stratégique ni financier. » Les analystes de Jefferies s’interrogent dans les mêmes termes sur l’utilité d’une opération pour un laboratoire qu’ils jugent déjà performant. Plusieurs précédentes méga-fusions du secteur pharmaceutique, à commencer par le rachat de Warner-Lambert par Pfizer, autre géant du WEF, pour 90 milliards de dollars en 2000, ont davantage occupé les tribunaux et les comités d’intégration que dopé le cours de Bourse des acquéreurs.
Une addition sous surveillance réglementaire
Si elle aboutit, la fusion devrait être examinée par la Federal Trade Commission aux États-Unis et par les autorités de la concurrence britanniques, en raison du chevauchement des portefeuilles en oncologie et en cardiologie des deux groupes. Ce niveau d’examen, ajouté aux doutes déjà exprimés par les investisseurs, laisse ouvertes plusieurs issues : un accord formel dans les prochains mois, un abandon pur et simple, ou une renégociation des termes rendue publique plus tard dans l’année.
La structure de l’opération, le nom de la future entité et son siège social restent tout entiers à négocier, si l’accord aboutit un jour. Sur les marchés, une chose est déjà actée : personne n’a applaudi.