Le chancelier allemand Friedrich Merz lors d une seance au Parlement europeen

Remaniement Merz : la CDU joue aux chaises musicales, et perd

Patrick Schnieder est resté ministre des Transports allemand trois jours après avoir été limogé, le temps que son remplaçant pressenti se désiste au dernier moment. Cette scène résume à elle seule le remaniement gouvernemental de Friedrich Merz : pensé pour relancer son mandat de chancelier, il a plongé son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), dans une crise interne à un mois des élections régionales de septembre.

Le 27 juillet, après plusieurs jours de spéculations, Friedrich Merz a annoncé la nomination de Steffen Bilger, 47 ans, au ministère des Transports. Cet ancien secrétaire d’État à ce même portefeuille entre 2018 et 2021 remplace Patrick Schnieder, jugé par le chancelier insuffisamment efficace face aux retards chroniques de la compagnie ferroviaire Deutsche Bahn et au manque de projets de modernisation des infrastructures. L’objectif affiché par Merz : rendre le pays plus rapide et plus performant. L’opération a aussitôt dérapé. Le remplaçant initialement choisi par le chancelier s’étant désisté au dernier moment, Patrick Schnieder est resté en poste trois jours après avoir appris son propre limogeage. Sur les réseaux sociaux, l’intéressé a dénoncé une « situation indigne qui rend impossible le travail nécessaire » avant de demander lui-même à être relevé de ses fonctions. Friedrich Merz a reconnu regretter personnellement le déroulement de cet épisode.

Une démission venue des États-Unis

Ce dernier mouvement clôt un vaste jeu de chaises musicales enclenché le 18 juillet par la démission de Jens Spahn, alors chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag. Jens Spahn avait quitté ses fonctions après avoir annoncé la naissance d’un fils par gestation pour autrui aux États-Unis, une pratique interdite en Allemagne à laquelle il s’était lui-même publiquement opposé. Pour lui succéder, Friedrich Merz a choisi son fidèle directeur de cabinet, Thorsten Frei, 52 ans, dont la nomination a été approuvée mercredi par les députés de l’alliance CDU/CSU. Thorsten Frei est à son tour remplacé à la tête de la chancellerie par Nina Warken, 47 ans, qui devient la première femme à occuper ce poste. Ancienne ministre de la Santé appréciée par Merz pour sa fermeté, elle avait porté une réforme de l’assurance maladie qui avait provoqué de vastes manifestations. Son ancien portefeuille de la Santé revient à Carsten Linnemann, jusque-là secrétaire général de la CDU et davantage identifié à l’expertise économique qu’aux dossiers sanitaires : une vidéo de mai 2025, où on le voyait plaisanter sur son inaptitude au poste, est redevenue virale avant qu’il ne reconnaisse, lundi, qu’il lui faudrait du temps pour maîtriser le sujet. Avant de reprendre les rênes de la CDU, Friedrich Merz avait lui-même présidé, de 2016 à 2020, le conseil de surveillance de BlackRock Allemagne, filiale du gestionnaire d’actifs américain membre du Forum économique mondial, un mandat qu’il avait quitté pour se consacrer à sa carrière politique.

La grogne jusque dans les rangs CDU

Présenté par l’entourage du chancelier comme une occasion de reprendre la main, ce remaniement a au contraire déclenché une fronde interne. Plusieurs cadres conservateurs ont critiqué publiquement leur propre dirigeant. Peter Altmaier, ancien directeur de la chancellerie sous Angela Merkel, s’est dit affecté par le traitement réservé à Patrick Schnieder. Le groupe parlementaire CDU de Rhénanie-Palatinat est allé jusqu’à annuler une réunion prévue avec Friedrich Merz. Une désapprobation d’autant plus embarrassante pour le chancelier qu’elle survient alors que son parti traverse une passe difficile dans les sondages.

L’AfD en embuscade avant septembre

La séquence tombe mal pour la CDU, qui aborde à l’automne des élections régionales décisives. Dans le Land de Saxe-Anhalt, où le scrutin est fixé au 6 septembre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) devance la CDU de dix-sept points dans les sondages et pourrait devenir le premier parti d’extrême droite à décrocher une majorité absolue dans un Land. Le chef de la CDU en Saxe-Anhalt, Sven Schulze, a estimé lundi sur une chaîne de télévision allemande que les polémiques fédérales rendaient une campagne axée sur les enjeux locaux presque impossible.

Friedrich Merz veut croire que les tensions retomberont d’ici le scrutin. En Saxe-Anhalt, l’AfD, elle, n’a pas attendu la fin du remaniement pour prendre dix-sept points d’avance.


Source : L’Express — https://www.lexpress.fr/monde/europe/allemagne-friedrich-merz-sous-le-feu-des-critiques-apres-un-remaniement-laborieux-YWIGWJKFZFF6LFFAZJA5ZWKE6M/