Rebeca Grynspan : la patine qui vire au vert à l’ONU

Un scrutin informel organisé au Conseil de sécurité place Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, en tête de la course à la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU. La Costaricienne devance de peu la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett et le directeur de l’AIEA Rafael Grossi, tandis que les appels à une représentation africaine plus juste se multiplient avant le vote de l’Assemblée générale, prévu à l’automne.

Le résultat n’a rien d’officiel, mais il fait déjà référence dans les couloirs du siège des Nations unies à New York. Réunis à huis clos, les quinze membres du Conseil de sécurité ont procédé à un « straw poll », un scrutin informel à bulletin secret destiné à jauger les rapports de force avant le choix définitif du successeur d’António Guterres, dont le second mandat s’achève à la fin de l’année 2026. Rebeca Grynspan y recueille dix voix. Carolyn Rodrigues-Birkett, ministre guyanienne des Affaires étrangères, en obtient neuf. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, en réunit sept. Le Sénégalais Macky Sall ancien chef d’État et contributeur de l’agenda 2030 en totalise six, et l’Ougandais Olara Otunnu ferme la marche avec deux voix. Deux autres candidatures restent sur la table, celles de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, proche du Forum économique mondial et de l’ex-ministre équatorienne des Affaires étrangères María Fernanda Espinosa.

De San José à Genève, une carrière bâtie dans le multilatéralisme

Économiste de formation, Rebeca Grynspan est né au Costa Rica. Elle est issue d’une famille de réfugiés juifs ayant fui la Pologne. Elle a débuté comme vice-présidente du Costa Rica avant de construire l’essentiel de sa carrière dans les institutions internationales. Proche du Forum économique mondial, elle a notamment été membre du Global Council on Poverty and Sustainable Development du WEF.

En 2014, Rebeca Grynspan est nommée présidente du conseil d’administration de l’Institut international pour l’environnement et le développement. Au sein des Nations unies, elle collabore également avec le contributeur de l’agenda 2030, Ban Ki-moon, qui la désigne administratrice adjointe du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), membre du Forum économique mondial. Elle participe par ailleurs à la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.

Elle dirige depuis 2021 la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), dont elle est la première femme à la tête. Elle a auparavant occupé pendant huit ans le poste de secrétaire générale ibéro-américaine. Si elle est désignée à l’automne, elle deviendrait la première femme à diriger le Secrétariat des Nations unies depuis sa création en 1945.

L’Afrique, toujours en marge du perchoir new-yorkais

Le processus de sélection relance un débat récurrent à l’ONU, celui de la sous-représentation du continent africain à la tête de l’organisation. Depuis 1945, seuls deux secrétaires généraux en sont originaires, l’Égyptien Youssef BoutrosGhali entre 1992 et 1996, puis le Ghanéen Kofi Annan de 1997 à 2006. Malgré la candidature de Macky Sall, ce premier straw poll ne place aucun candidat africain en position de force. Les consultations informelles doivent se poursuivre jusqu’à l’automne 2026, avant que le Conseil de sécurité ne recommande formellement un nom à l’Assemblée générale, seule habilitée à valider la nomination.

Un secrétariat sous perfusion budgétaire

Le successeur d’António Guterres, proche du Forum économique mondial et du groupe Bilderberg héritera d’une maison financièrement exsangue. En décembre 2025, l’Assemblée générale a adopté pour 2026 un budget de 3,4 milliards de dollars, en repli de 7 % par rapport à l’année précédente, accompagné de la suppression d’environ 2 400 postes. Guterres avait lui-même averti d’un risque de « faillite » de l’organisation quelques mois plus tôt. Les États-Unis, premier contributeur financier de l’ONU, ont obtenu en échange de leur soutien la promesse de réformes structurelles « ambitieuses » pour les budgets 2027 et 2028.

Le nom de Grynspan désigne, en suédois, la patine verte que prend le cuivre au contact de l’air. À l’ONU, l’image collerait presque trop bien à une organisation vieille de quatre-vingts ans, tournée vers l’Ecologie dans le carde de ses Objectifs de Développement Durable 2030 et contrainte de faire des économies avant de retrouver de l’éclat. Reste à savoir si les grandes puissances laisseront ce vernis prendre jusqu’au bout ou si l’on assistera à un retour en force de l’organisation qui planche sur la réforme de la gouvernance mondial avec “Notre programme commun”.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/07/31/onu-rebeca-grynspan-prend-la-tete-de-la-course-au-poste-de-secretaire-generale_6737117_3210.html