Le 28 juillet, Mark Zuckerberg a mis les pieds dans le plat : interdire l’IA chinoise ne réglerait rien, a-t-il affirmé au Financial Times, selon CNN. Le patron de Meta signait le même jour une tribune dans le Wall Street Journal, pendant qu’à Pékin la start-up Moonshot AI, membre du WEF, faisait trembler Wall Street avec son modèle Kimi K3. En quelques jours, environ 3 300 milliards de dollars se sont évaporés de l’indice des semi-conducteurs de Philadelphie.
Sa position tient en une phrase : « Pas une solution efficace. » C’est ainsi que Mark Zuckerberg qualifie, selon les propos rapportés par CNN, l’idée de bannir les modèles chinois pour préserver l’avance américaine. Sa contre-proposition n’a rien de compliqué : les entreprises américaines feraient mieux d’identifier ce qui les ralentit plutôt que d’interdire la concurrence. Il balaie aussi l’argument sécuritaire souvent avancé contre les modèles ouverts chinois. Un code accessible, dit-il, se corrige plus vite qu’un code fermé, parce que davantage d’yeux peuvent en repérer les failles.
Le même jour, dans une tribune publiée par le Wall Street Journal et intitulée The AI Future Is for Everyone, le patron de Meta, développe la même idée. Il défend un modèle fondé sur l’autonomie de l’utilisateur, capable de faire tourner l’IA sur son propre matériel, et met en garde contre une “capture réglementaire” qu’organiseraient les laboratoires dominants pour étouffer leurs concurrents plus petits. Meta se positionne depuis plusieurs mois comme le contrepoids open source face à Anthropic et OpenAI, deux développeurs de modèles fermés membres du Forum que Zuckerberg évite soigneusement de nommer.
Mark Zuckerberg, Young Global Leader du Forum économique mondial (promotion 2009), dont l’entreprise Meta figure parmi les membres du Forum économique mondial, plaide ici pour une ouverture qui sert aussi, à s’y méprendre, les intérêts commerciaux de son groupe.
Kimi K3, le modèle qui affole les marchés
Le déclencheur de cette sortie a un nom : Kimi K3. Le modèle développé par la start-up chinoise Moonshot AI, lancé le 16 juillet, revendiquerait environ 2 800 milliards de paramètres selon les informations rapportées par Fireship, une première pour un système à poids ouverts qui s’approche du seuil des 3 000 milliards, avec une fenêtre de contexte d’un million de jetons taillée pour les longues sessions de code. De quoi dépasser largement le modèle de DeepSeek, crédité de 1 600 milliards de paramètres, et la précédente version d’Alibaba, à 397 milliards.
Sur les bancs d’essai, Kimi K3 reste derrière les meilleurs modèles d’Anthropic et d’OpenAI pris dans leur ensemble, mais devance Claude Fable 5 sur l’évaluation de code à l’aveugle de LMArena. Les actions du secteur des semi-conducteurs ont dévissé. Le terme “moment DeepSeek” a ressurgi dans les échanges des investisseurs. Moonshot a même dû suspendre les nouveaux abonnements, ses serveurs ne suivant plus la demande.
Alibaba, autre entreprise chinoise membre du WEF n’est pas en reste. Quelques jours après le lancement de Kimi K3, le groupe a présenté en avant-première son modèle Qwen 3.8 Max, affirmant qu’il ne serait devancé que par le meilleur système américain, selon les informations d’Adi Insights & Innovations. Ses actions ont grimpé jusqu’à 5,4 % à la Bourse de Hong Kong le 30 juillet.
Washington divisé sur les sanctions
Pendant que Zuckerberg plaide l’ouverture, l’administration du contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump regarde ailleurs. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a menacé Moonshot de sanctions. Michael Kratsios, responsable de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche lié au Forum économique mondial, accuse la start-up chinoise d’avoir massivement copié les modèles américains par distillation, rapporte TheStreet. Il va plus loin, affirmant que Moonshot aurait acquis des serveurs équipés de puces Nvidia GB300, composants de la génération Blackwell dont l’exportation vers la Chine est interdite, et aurait eu accès à des systèmes similaires en Thaïlande. Moonshot n’a pas répondu publiquement à ces accusations.
Zuckerberg n’est pas isolé sur ce terrain. Le patron de Nvidia, Jensen Huang, également proche du WEF avait tenu des propos similaires quelques jours plus tôt, jugeant les modèles chinois excellents et estimant qu’ils devraient être utilisés, selon TheStreet. Plus de cinquante entreprises dont la plupart sont membres du WEF, comme Meta et Microsoft, ont signé le 24 juillet une lettre s’opposant à toute interdiction des modèles à poids ouverts. Ni OpenAI ni Anthropic ne figurent parmi les signataires.
Le même jour, le directeur général de Microsoft, Satya Nadella, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et qui s’est rendu aux réunions du groupe Bilderberg en 2023 et 2025, a défendu par écrit la même position : les modèles ouverts restent, selon lui, indispensables à un écosystème d’IA sain.
Un choc boursier pour Nvidia et Micron
Les chiffres, eux, ne discutent pas d’idéologie. L’indice des semi-conducteurs de Philadelphie a chuté de plus de 20 % depuis son pic de juin, effaçant environ 3 300 milliards de dollars de valeur boursière, selon Bloomberg, média membre du WEF. Des stratèges de marché préviennent que la baisse pourrait se poursuivre, à mesure que les investisseurs réévaluent le pouvoir de fixation des prix des fabricants américains de puces.
Tout le monde ne voit pas midi à quatorze heures. Bank of America, autre entité iée au Forum reste optimiste sur Micron, entreprise américaine d’informatique fabriquant des puces qui est également liée au WEF, estimant que des modèles ouverts et moins coûteux comme Kimi K3 pourraient au contraire élargir la demande globale d’IA, les entreprises ayant toujours besoin de mémoire pour faire tourner leurs propres systèmes en interne.