Flock Safety devait aider la police à traquer des criminels grâce à plus de 120 000 caméras de lecture automatique de plaques d’immatriculation, déployées dans 49 Etats américains. Il a surtout servi à espionner des ex-compagnes. Selon l’Institute for Justice, au moins vingt-huit policiers ont détourné le système à des fins strictement privées avant d’être licenciés ou poussés à la démission. L’agence fédérale de l’immigration ICE s’en est aussi servie sans le moindre contrat, et quatre-vingt-quinze municipalités ont depuis résilié le leur.
Installées en bord de route ou fixées sur des véhicules, les caméras de Flock Safety photographient les plaques d’immatriculation et d’autres signes distinctifs des véhicules, puis les enregistrent dans une base de données commune. Ce réseau, présenté par CNN comme le plus grand système de lecture automatique de plaques d’immatriculation du pays, couvre 49 Etats américains à travers plus de 120 000 caméras. La base est consultable par les agents des 5 000 services de police clients de l’entreprise, sans qu’un mandat judiciaire ne soit nécessaire à aucune étape. Nul besoin de convaincre un juge quand la base tourne en continu, ouverte à quiconque possède un identifiant valide. L’argument de vente reste la lutte contre la criminalité, du vol de véhicule à la fuite après un délit.
Vingt-huit policiers pris la main dans le sac
L’Institute for Justice, association américaine de défense de l’intérêt public contre les abus de pouvoir, a recensé depuis 2024 au moins vingt-huit cas de policiers ayant utilisé illégalement le logiciel avant d’être licenciés ou poussés à la démission. Les agents consultaient la base dans la majorité des cas pour surveiller « des personnes avec qui ils ont eu, ou voudraient avoir, des relations intimes », qu’il s’agisse de partenaires, d’ex-partenaires ou d’inconnus croisés en service. Après la révélation de ces abus, le département de police de Milwaukee, dans le Wisconsin, exige désormais un numéro de dossier et une explication écrite pour justifier chaque recherche dans la base. Ailleurs, la procédure tient encore souvent sur un simple clic, sans trace ni contrôle a posteriori. Le cas le plus documenté reste celui de Josue Ayala, agent à Milwaukee, condamné à une amende après environ 180 recherches visant son ex-compagne, rapporte Newsweek.
L’ICE et la chasse aux personnes, pas aux voitures
Le média spécialisé 404 Media a par ailleurs établi que la police a utilisé Flock à l’échelle nationale plusieurs centaines de fois pour rechercher des individus précis, et non de simples véhicules volés ou suspects. L’agence fédérale de l’immigration ICE, qui n’a pourtant aucun contrat avec Flock Safety, s’est elle aussi servie des données récoltées en les demandant directement aux services de police locaux disposant d’un accès. Le contournement passe alors par la porte de derrière, celle des collègues bien disposés, sans que l’entreprise n’ait de prise directe sur cet usage.
Des caméras vandalisées, des contrats résiliés
Face à la crainte d’un système de surveillance généralisé, plusieurs habitants ont détruit des caméras de leur propre initiative, quand des municipalités entières ont préféré les retirer ou les recouvrir. Quatre-vingt-quinze communes ont, selon le site DeFlock cité par le Washington Post, rejeté ou annulé leur contrat avec l’entreprise, ou désactivé leurs caméras existantes. Garrett Langley, l’un des fondateurs de Flock Safety, affirme avoir pris des mesures pour lutter contre les services de police qui abusent de son système, avec le lancement d’un outil d’audit assisté censé alerter un contrôleur en cas d’utilisation jugée anormale, rapporte CNN. L’un des principaux investisseurs de Flock Sakety est le cabinet Andreessen Horowitz (a16z), partenaire du Forum économique mondial.
Flock Safety promet donc désormais de surveiller ceux qui surveillent. Vingt-huit policiers licenciés et quatre-vingt-quinze contrats résiliés plus tard, l’entreprise mise sur la bonne foi de ceux-là mêmes qui viennent de la trahir.