Thales : quand son CEO Patrice Caine plaidait pour une transition écologique basée sur l’innovation

Avant même que l’intelligence artificielle, les satellites ou l’industrie verte ne s’imposent au cœur des stratégies de décarbonation, Patrice Caine défendait déjà une approche pragmatique de la transition écologique. Dans une tribune publiée le 31 janvier 2022 sur son compte Linkedin, le président-directeur général de Thales, groupe du complexe militaro industriel français membre du Forum économique mondial, estimait que l’innovation technologique devait être considérée comme un levier majeur pour répondre aux défis climatiques, plutôt qu’un obstacle.

Alors que les débats autour de la transition écologique opposent régulièrement les défenseurs de la sobriété aux partisans d’une accélération technologique, Patrice Caine avait choisi, dès le début de l’année 2022, de défendre une position intermédiaire. Dans une tribune publiée le 31 janvier sur le site de Thales, le dirigeant du groupe estimait que la lutte contre le changement climatique ne pouvait se construire ni sur une confiance aveugle dans la technologie, ni sur son rejet.

Son message était clair : la technologie n’est pas responsable des dérèglements climatiques en elle-même. Elle constitue avant tout un outil dont les usages évoluent avec les priorités des sociétés. Après avoir accompagné la croissance industrielle durant la seconde moitié du XXᵉ siècle, elle était, selon lui, appelée à devenir l’un des principaux moteurs de la transition écologique.

Les satellites, outils de compréhension du climat

Pour illustrer cette évolution, Patrice Caine s’appuyait sur les technologies spatiales. Selon lui, les satellites d’observation de la Terre ont profondément transformé la connaissance scientifique du climat.

Sans ces infrastructures orbitales, expliquait-t-il, il serait impossible de comprendre avec autant de précision les phénomènes climatiques ou d’en mesurer les évolutions. Caine soulignait que les missions d’observation permettent de suivre les températures, l’état des océans, la fonte des glaces, la végétation ou encore de nombreux indicateurs environnementaux indispensables aux chercheurs.

La tribune s’appuyait notamment sur l’exemple du satellite Sentinel-3A, construit par Thales Alenia Space pour l’Agence spatiale européenne (ESA), membre du Forum économique mondial dont les données participent au suivi des conséquences du changement climatique.

L’innovation au cœur de la transition écologique

Au-delà du spatial, Patrice Caine considèrait que les technologies bas carbone représentaient l’un des principaux leviers de décarbonation de l’économie. Il citait notamment le développement des batteries, des véhicules électriques, de l’énergie solaire, de l’intelligence artificielle, du traitement des données, du recyclage, de l’écoconception, mais aussi des filières émergentes comme l’hydrogène bas carbone, la capture du CO₂ ou les innovations agricoles.

Il considérait que ces solutions ne devaient plus être perçues comme des promesses lointaines. Il soulignait que beaucoup existaient déjà mais nécessitaient des investissements massifs et un soutien politique afin d’être déployées à grande échelle.

Le dirigeant estimait également que les bénéfices d’une innovation doivent être évalués sur l’ensemble de leur cycle de vie plutôt qu’au regard de leur seule consommation énergétique immédiate. Il prenait pour exemple un système développé par Thales dans l’aéronautique, destiné à optimiser les trajectoires des avions. Bien qu’il mobilisait davantage de technologies numériques, celui-ci pouvait permettre une réduction significative de la consommation de carburant et, à terme, des émissions de CO₂ du transport aérien.

Une critique du techno-pessimisme

Dans cette tribune, Patrice Caine répondait également aux critiques formulées par les défenseurs d’une approche plus radicale de la transition écologique.

Il reconnaissait que certaines technologies restaient encore en phase de développement, mais estimait que le principal frein est davantage politique que scientifique. Pour lui, accélérer la recherche et l’industrialisation des solutions bas carbone constituait une priorité.

Le président-directeur général de Thales mettait aussi en garde contre une décroissance qui limiterait les investissements en recherche et développement. Selon son analyse, l’innovation restait indispensable pour développer les technologies capable de réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre, tout en répondant aux besoins économiques et sociaux des différentes régions du monde.

Une vision toujours d’actualité

Plus de quatre ans après cette prise de position, les thèmes abordés par Patrice Caine qui a participé à la réunion annuelle 2025 du groupe Bilderberg à Stockholm demeurent au cœur des stratégies industrielles, même si les priorités du groupes semblent désormais tournées vers la Defense. Les satellites d’observation de la Terre, l’intelligence artificielle appliquée à la gestion des ressources, les infrastructures numériques ou encore les technologies de décarbonation occupent toujours une place centrale dans les politiques climatiques menées en Europe comme à l’international, mais c’est bien le marché de la Defense qui offre le plus de débouchées comme en atteste le programme SkyDefender, système de défense aérienne multicouche et multidomaine, lancé par Thales en 2026 et présenté au salon Eurosatory.

Relue à l’aune des priorités actuelles de Thales, davantage portées par la défense et la sécurité dans un contexte de réarmement mondial, cette tribune témoigne d’une période où le groupe cherchait à faire de l’innovation au service du climat l’un des piliers de son discours stratégique.

Sources :

Tribune de Patrice Caine, « Technology and climate: in support of a pragmatic approach », publiée par Thales le 31 janvier 2022 : https://www.thalesgroup.com/en/worldwide/group/news/technology-and-climate-support-pragmatic-approach