Entrée de l'université des sciences informatiques de Cuba, sur le site de l'ancienne base de Lourdes

Cuba : la supposée base d’espionnage russe de Trump s’avère être une université selon Drop Site News

Le président et contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump et le New York Times affirment qu’une base d’espionnage russe fonctionne à Lourdes, près de La Havane, et justifie en partie l’embargo pétrolier imposé à Cuba en janvier 2026. Sur place, l’équipe du média américain Drop Site News n’a trouvé ni antennes géantes ni militaires russes, mais une université de sciences informatiques.

Le journaliste Reed Lindsay et l’équipe de reportage Belly of the Beast se sont rendus sur le site de Lourdes, à la périphérie de La Havane, pour vérifier une accusation reprise en boucle depuis des mois. Selon un décret signé par Donald Trump en janvier 2026, Cuba abriterait “la plus grande installation russe de renseignement électronique à l’étranger”. Sur place, les reporters n’ont trouvé qu’un campus universitaire ordinaire : bâtiments d’enseignement, étudiants en cours, salles informatiques. Deux antennes de téléphonie mobile, appartenant à l’opérateur public de télécommunications cubain, constituent le seul équipement technique repéré sur le site. La sécurité s’y limite à des gardiens civils non armés.

Ce que le New York Times a écrit

Le 24 mars 2026, le journaliste Michael Crowley signait dans le New York Times un article affirmant que la base “hérisse d’antennes” capables d’espionner le commandement militaire américain pour la région, la base de lancement de Cape Canaveral et la résidence de Donald Trump à Mar-a-Lago. Crowley y écrivait que la Russie avait “temporairement fermé” l’installation en 2001, avant de la rouvrir en 2014. Cette version reprend directement les termes du décret présidentiel de janvier 2026, sans que le quotidien new-yorkais ne mentionne de vérification indépendante sur le terrain.

Une base soviétique fermée depuis 2001

L’histoire de Lourdes ne date pourtant pas d’hier. Ouverte au début des années 1960, l’installation soviétique employait jusqu’à 2 100 personnels à son apogée, ce qui en faisait, selon les standards de l’époque, la plus grande et la plus précieuse base du renseignement soviétique hors d’Union soviétique. Le président américain Ronald Reagan l’avait citée dès 1983 pour justifier une hausse des dépenses de défense face à la menace soviétique. Le président russe a annoncé sa fermeture le 17 octobre 2001, un choix salué à l’époque par le président américain George W. Bush comme le démantèlement d’une “relique de la guerre froide”. Les antennes paraboliques et les équipements ont été retirés du site par les forces russes, selon Rafael Torralbas, ingénieur devenu président de l’université installée depuis sur les lieux, qui affirme avoir vu “absolument chaque antenne” démontée et évacuée par six vols d’avions cargo.

Une université bâtie sur les ruines de la guerre froide

Cuba a transformé le site en septembre 2002 en Universidad de las Ciencias Informaticas (UCI), université publique de sciences informatiques. Plus de 80 % des bâtiments actuels ont été construits après le départ des Russes. Il ne subsiste du dispositif soviétique qu’un mirador dégradé. Sur le campus, les témoignages recueillis par Drop Site News convergent. Malcolm Jarrozai, professeur d’art installé sur place depuis 2006, juge les accusations “vraiment risibles”. Héctor González, diplômé de l’UCI devenu membre du personnel de communication, explique que les antennes visibles ne sont que des relais de téléphonie mobile ordinaires. Le développeur Franklin Quintana y voit une “fausse justification”, tandis que l’administratrice Estrella Luque invite les sceptiques à venir vérifier eux-mêmes sur place.

Une accusation qui sert de justification à l’embargo

Selon Drop Site News, cette controverse sur Lourdes fait écho à d’autres accusations non vérifiées visant Cuba, notamment des articles du Wall Street Journal, média membre du Forum économique mondial publiés en 2023 sur de prétendues bases chinoises d’espionnage dans le pays. Un rapport de 2024 du think tank américain Center for Strategic and International Studies (CSIS) également membre du WEF avait identifié quatre sites suspects sans apporter la moindre preuve opérationnelle, avant de reconnaître lui-même l’absence de “preuve publique claire” concernant une présence chinoise à Bejucal. L’ancien analyste de la CIA Fulton Armstrong a critiqué cette méthode, accusant les auteurs du rapport de bâtir des “conclusions préétablies”. Ces accusations en cascade servent de toile de fond à l’embargo pétrolier décrété par Washington en janvier 2026, qui a provoqué des coupures d’électricité prolongées, des défaillances hospitalières et des difficultés de collecte des déchets à travers toute l’île.

Ni le décret présidentiel ni l’article du New York Times ne semblent avoir été vérifiés sur le terrain. La base d’espionnage russe à Cuba ressemble, pour l’heure, moins à un centre d’écoute qu’à un argument commode. Les étudiants de l’UCI, eux, continuent leurs cours d’informatique.


Source : Drop Site News, Reed Lindsay – https://www.dropsitenews.com/p/trump-nyt-cuba-russian-spy-base-lourdes