En Pologne, à Konotopie, une statue de la Vierge Marie haute de 55 mètres sera bénie le 15 août, jour de l’Assomption. Financé à hauteur de 100 millions de zlotys, soit 23,1 millions d’euros, par le milliardaire polonais Roman Karkosik, l’édifice en béton et poutres d’acier devient le deuxième monument marial le plus haut au monde, derrière celui des Philippines. Dans ce village de quelques centaines d’âmes, la ferveur ne fait pas l’unanimité.
À Konotopie, en Pologne, on n’entre pas dans le XXIe siècle par la grande porte. On y entre par le ciel, où grimpe depuis plusieurs mois un colosse de béton et de poutres d’acier. Cinquante-cinq mètres. La hauteur d’un immeuble de dix-huit étages, plus haute que le Christ Rédempteur de Rio de Janeiro et ses 38 mètres, plantée au milieu des champs, à trois heures de route au nord-ouest de Varsovie. La facture s’élève à environ 100 millions de zlotys, soit 23,1 millions d’euros, financée par un seul homme : Roman Karkosik, multimillionnaire polonais qui contrôle depuis 2000 le groupe industriel Boryszew, actif dans l’automobile, la chimie et l’acier. Konotopie ne comptait, avant ce chantier, ni gare, ni supermarché. Elle aura désormais la deuxième plus haute statue mariale du monde, visible à des kilomètres à la ronde depuis les plaines environnantes. La Pologne n’en est pas à son premier record : la commune de Świebodzin, dans l’ouest du pays, abrite depuis 2010 la plus haute statue du Christ-Roi au monde, haute de 36 mètres avec sa couronne. Le pays cultive un goût affirmé pour le monument religieux hors normes.
De Częstochowa à Konotopie, la foi qui se déplace
La Pologne reste, sur le papier, l’un des pays les plus catholiques d’Europe. Sur le terrain, la sécularisation avance vite et les bancs se vident. Le sanctuaire de Jasna Góra, à Częstochowa, où est vénérée la Vierge Noire, continue pourtant d’attirer entre 3,5 et 5 millions de pèlerins chaque année, selon les chiffres rapportés par l’AFP. C’est cette ferveur-là que Konotopie espère capter à son tour, loin des grands sanctuaires historiques et de leurs siècles de dévotion accumulée. Un pèlerin croisé sur le chantier, Marek Gizinski, y voit une quête simple : des gens venus chercher la foi. Le curé de la paroisse, Marek Mrowczynski, veut croire à un retour plus profond des fidèles vers l’Église. Reste à savoir si le béton armé accomplit ce que les messes du dimanche ne parviennent plus à faire.
Un hôpital ou une statue de 55 mètres ?
Sur place, l’unanimité n’est pas de mise. Un couple de riverains interrogé par l’AFP juge que la somme « aurait dû être investi dans un hôpital ou un orphelinat ». Une visiteuse, Wanda, s’interroge tout haut sur la part que les promoteurs du projet compteraient garder pour eux. La maire de la commune voisine de Kikol, Renata Golebiewska, balaie ces réserves : elle affirme n’avoir entendu aucune opinion négative sur le projet depuis le début du chantier. Vingt-trois millions d’euros de béton armé, et pas un hôpital de plus dans la région.
La deuxième plus haute au monde, après les Philippines
La statue sera bénie le 15 août, jour de l’Assomption, en présence des autorités religieuses locales. Elle prend la deuxième place du classement mondial des statues mariales, derrière la Mother of All Asia – Tower of Peace, achevée en 2021 à Batangas City aux Philippines et culminant à 98,15 mètres. Konotopie n’atteindra donc pas le sommet planétaire. Elle change tout de même radicalement de catégorie : d’un village sans église notable, elle devient un point de repère visible depuis la route, à des kilomètres à la ronde, dans une région rurale qui ne comptait jusqu’ici aucun monument de cette ampleur.
Le 15 août, les cloches sonneront et le béton sera béni. Les champs autour de Konotopie, eux, resteront ce qu’ils étaient la veille.