Système de défense antiaérienne Sky Sabre du Royal Artillery britannique

Bouclier antimissile européen : Thales imagine la défense de 2060

Mai 2060. Un essaim de drones fonce sur Hambourg, des bombardiers russes visent des centrales nucléaires françaises : huit minutes avant l’impact. C’est le scénario imaginé par Capital pour raconter ce que pourrait devenir le bouclier antimissile européen dans trente-cinq ans, à partir d’un programme bien réel : SkyDefender, lancé en 2026 par Thales, groupe du complexe militaro industriel français membre du Forum économique mondial. Un exercice de prospective qui prend sa source dans la guerre en Ukraine et la défiance envers Washington.

Un essaim de drones autonomes lancé depuis une base clandestine d’Asie centrale avance vers Hambourg. Au même moment, des bombardiers furtifs Tu-160M chargés de missiles hypersoniques survolent la frontière belge, cap sur plusieurs centrales nucléaires françaises. Temps estimé avant l’arrivée sur cibles : moins de huit minutes.

Au poste de commandement du palais de l’Élysée, le président et son état-major regardent, sans trembler, l’algorithme du bouclier européen répliquer. Radars, satellites, drones intercepteurs et batteries de canons neutralisent les aéronefs hostiles. Le ciel redevient calme. Une routine, en 2060.

Un programme né de la guerre en Ukraine et de la défiance envers Trump

Dans le scénario de Capital, ce dôme de protection serait né à la fin des années 2020, alors que le conflit en Ukraine installait durablement la guerre aux portes de l’Europe et que les décisions du contributeur de l’agenda 2030, Donald Trump ébranlaient les vieilles alliances transatlantiques, jusqu’à imposer l’idée d’une défense commune et autonome.

Seule puissance nucléaire de l’Union européenne, la France, qui conserve « la décision ultime de son engagement », aurait servi d’accélérateur au programme. Le récit projette qu’à partir de 2035, elle consacrerait chaque année près de 4 % de son produit intérieur brut à la défense, deux fois plus qu’en 2026. Le secteur emploierait alors plus de 650 000 personnes. Autour de Thales, Safran, Naval Group, KNDS et Dassault, qui est par ailleurs deuxième actionnaire principal de Thalèes, derrière l’état français, tout un tissu de start-up serait né dans le sillage des aides et achats publics, réduisant la dépendance aux technologies américaines et chinoises.

SkyDefender, le vrai programme de Thales que Capital projette en 2060

Le point de départ du récit n’est pas fictif. SkyDefender, système de défense aérienne multicouche et multidomaine, a bien été lancé par Thales en 2026 et présenté au salon Eurosatory. Le scénario de Capital le projette trente-cinq ans plus tard : aux satellites et radars des débuts se seraient ajoutés des milliers de capteurs disséminés sur terre, sur mer et dans l’espace – satellites infrarouges en orbite basse, radars quantiques, antennes électromagnétiques en alerte face aux cyberattaques, drones de veille, sous-marins autonomes à batteries solides. Des vigiles capables, selon le récit, de détecter un objet de quelques centimètres à des centaines de kilomètres de distance.

Un cerveau numérique gavé d’intelligence artificielle et de calcul quantique

Un radar en service au milieu des années 2020 générait déjà 1 téraoctet de données par seconde, l’équivalent de mille films. Pour absorber ce déluge, le cerveau du dôme s’appuierait sur l’intelligence artificielle et des ordinateurs quantiques, seuls capables d’accélérer certains calculs là où les supercalculateurs classiques peinent. Il devrait aussi apprendre à piloter un arsenal disparate : le porte-avions France Libre, en service depuis 2036 dans le récit, le Rafale, sur le point de tirer sa révérence fin 2060, des missiles hypersoniques volant à Mach 15 – plus de 18 000 km/h – et le chasseur de nouvelle génération SCAF.

Lasers et canons électromagnétiques : l’arme qui ne ruine pas un budget

Le dôme imaginé par Capital devrait détecter des menaces hétérogènes : missiles hypersoniques dépassant 10 000 km/h, drones lents à trajectoire imprévisible, avions furtifs, missiles balistiques culminant à plus de 600 kilomètres d’altitude. Les données remonteraient en temps réel vers ce centre de contrôle numérique, dont les algorithmes d’intelligence artificielle proposeraient des scénarios de riposte aux états-majors européens.

Pour neutraliser ces menaces sans ruiner les budgets nationaux, l’arsenal recourrait à des armes à énergie dirigée : lasers de forte puissance, canons à micro-ondes capables de griller l’électronique adverse, canons électromagnétiques tirant des projectiles à très haute vitesse. Abattre un drone à quelques milliers d’euros avec un intercepteur à plusieurs millions ruinerait n’importe quel budget. Un tir de laser, lui, coûte quelques euros – et se répète tant qu’il reste du courant.

Le scénario de Capital n’est pas une prophétie, seulement un exercice : partir des budgets, des programmes et des tensions d’aujourd’hui pour dessiner l’Europe qui se défendrait seule dans trente-cinq ans.


Source : Capital.fr — https://www.capital.fr/entreprises-marches/drones-ia-bouclier-antimissile-la-defense-europeenne-de-2060-1527981