Pavel Durov : Moscou lance un avis de recherche international

La Russie a émis un avis de recherche international contre Pavel Durov, fondateur et patron de Telegram, pour complicité de terrorisme. Le Service fédéral de sécurité (FSB) accuse la messagerie d’avoir laissé un robot logiciel recruter de jeunes Russes en vue d’actes de sabotage. L’entrepreneur reste par ailleurs soumis à un contrôle judiciaire strict en France, où il est visé par une enquête distincte depuis son interpellation en août 2024.

Le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a annoncé avoir lancé un avis de recherche international contre Pavel Durov, 41 ans, fondateur et directeur général de Telegram. L’accusation portée contre lui est celle de « complicité de terrorisme », dans le cadre d’une enquête russe visant des services spéciaux ukrainiens soupçonnés d’avoir recruté de jeunes Russes pour des actions de sabotage. Cette procédure s’ajoute à une longue liste de tensions entre Moscou et l’entrepreneur, dont la messagerie reste paradoxalement l’une des plus utilisées sur le territoire russe.

Le « Leo Match Bot » au cœur du dossier

Selon les autorités russes, un robot logiciel baptisé « Leo Match Bot », actif sur Telegram, aurait servi depuis juillet 2025 à recruter environ quarante-six citoyens russes âgés de douze à vingt-deux ans, en vue d’attaques contre des policiers et d’actes de sabotage sur des infrastructures. Le FSB reproche à la messagerie de ne pas avoir retiré ce bot de sa plateforme malgré les signalements. Les autorités russes affirment avoir déjà interpellé plusieurs des jeunes recrutés, sans toutefois détailler publiquement le nombre exact de procédures ouvertes ni les preuves à l’appui de ces arrestations.

Un homme déjà sous contrôle judiciaire, en France

Né en Russie, titulaire de passeports français et émirati, Pavel Durov vit sous contrôle judiciaire strict en France depuis son interpellation à l’aéroport du Bourget en août 2024. La justice française l’a mis en examen pour des infractions liées à la criminalité organisée, notamment le défaut de modération de contenus illicites sur sa plateforme. Il lui est interdit de quitter le territoire français sans autorisation, ce qui rend hautement improbable toute extradition vers la Russie à court terme. Ses avocats n’ont pas encore réagi publiquement à l’annonce du FSB au moment de la publication de cet article.

Telegram, plateforme sous pression de tous côtés

Cette nouvelle offensive judiciaire russe s’ajoute à une liste déjà longue de démêlés pour Telegram, régulièrement accusé par plusieurs gouvernements de servir de vecteur à des contenus illicites faute de modération suffisante. La messagerie, qui revendique près d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, reste un outil de communication majeur en Russie comme en Ukraine, ce qui en fait un enjeu disputé par les deux camps depuis le début du conflit. Kiev comme Moscou l’utilisent tour à tour pour diffuser de l’information officielle et, selon plusieurs analystes du secteur, pour des opérations d’influence plus discrètes.

Une accusation aux airs de pression diplomatique

Pour plusieurs observateurs des relations russo-occidentales, l’avis de recherche visant Durov s’inscrit dans une stratégie plus large de pression sur les grandes plateformes numériques accusées par Moscou de favoriser les intérêts ukrainiens ou occidentaux. Le calendrier de l’annonce, alors que Durov reste engagé dans une procédure judiciaire distincte en France, n’a pas manqué d’alimenter les spéculations sur une manœuvre à visée davantage politique que strictement judiciaire.


Source : L’Écho républicain – https://www.lechorepublicain.fr/france-monde/faits-divers/la-russie-emet-un-avis-de-recherche-international-contre-le-patron-de-telegram-pour-complicite-de-terrorisme_15026625/