Le Parlement européen a adopté le 9 juillet 2026 une première version du règlement Chat Control, autorisant les grandes plateformes à scanner « volontairement » les messages privés pour lutter contre les contenus pédocriminels. Face aux craintes pour la vie privée, plusieurs solutions techniques permettent déjà de s’en prémunir.
Le règlement européen dit « Chat Control » a suivi un parcours législatif chaotique. Le 26 mars 2026, une première prolongation de la dérogation qui autorise ce scan volontaire avait été rejetée de justesse par le Parlement européen, à une voix près (307 voix contre, 306 pour). Après l’expiration de cette dérogation le 4 avril, le Conseil de l’Union européenne a relancé un texte similaire le 26 juin, finalement adopté le 9 juillet 2026 sous le nom de « Chat Control 1.0 », valable jusqu’au 3 avril 2028.
Ce que permet vraiment le texte adopté
Chat Control 1.0 autorise les grandes plateformes non chiffrées, comme celles de Meta, Google ou Microsoft, à scanner volontairement les communications de leurs utilisateurs afin de détecter des contenus liés à des abus sexuels sur mineurs. Une version plus contraignante, connue sous le nom de « CSAR » ou « Chat Control 2.0 », reste en négociation depuis mai 2022 et pourrait imposer un scan côté client, avant même le chiffrement des messages. Le service juridique du Conseil a lui-même averti, dans un avis du 10 juin 2026, que ce dispositif s’apparenterait à « une fouille généralisée » potentiellement incompatible avec la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Les outils pour se protéger dès maintenant
Plusieurs solutions permettent de limiter l’exposition de ses communications. Basculer vers des messageries chiffrées de bout en bout comme Signal, SimpleX Chat ou Session réduit les risques de scan côté serveur. Côté messagerie électronique, les services suisse Proton Mail et allemand Tuta sont mis en avant comme alternatives à Gmail. Pour la navigation, les moteurs et navigateurs Brave ou DuckDuckGo sont recommandés plutôt que les outils de Google, en complément d’un VPN sans journalisation comme Mullvad.
Vers des mesures plus radicales pour les plus prudents
Pour les utilisateurs les plus soucieux de leur confidentialité, des guides comme « Exit Chat Control » recommandent d’aller plus loin : migrer vers des systèmes d’exploitation libres comme Linux ou GrapheneOS sur mobile, et privilégier l’auto-hébergement de certains services de communication plutôt que de dépendre des plateformes commerciales visées par le texte européen. Ces mesures, plus contraignantes au quotidien, restent pour l’instant réservées à une minorité d’utilisateurs avertis, alors que les négociations sur la version la plus intrusive du texte doivent reprendre en septembre 2026.
Officiellement, Chat Control vise les prédateurs d’enfants. Officieusement, c’est toute l’architecture du chiffrement européen qui se retrouve sur la table des négociations, avec une nouvelle échéance annoncée pour septembre 2026.