Le ministère français de l’Intérieur a annoncé, mercredi 29 juillet 2026, avoir pris un arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France et chroniqueuse régulière sur CNews.
Mercredi 29 juillet 2026, le ministère de l’Intérieur a confirmé avoir pris un arrêté d’expulsion à l’encontre de Xenia Fedorova, ancienne directrice de RT France, aujourd’hui chroniqueuse dans plusieurs médias du groupe Bolloré. Selon Beauvau, cette mesure s’inscrit dans le cadre de la protection des intérêts fondamentaux de l’État et de la lutte contre les campagnes de désinformation attribuées à la Russie.
Arrivée en France au début des années 2010, Xenia Fedorova s’est fait connaître en prenant la direction de RT France, la déclinaison française de la chaîne Russia Today, média financé par l’État russe. Pendant plusieurs années, RT France s’est imposée comme un acteur du paysage audiovisuel français, avant de devenir l’objet de nombreuses critiques concernant sa ligne éditoriale et son rôle supposé dans la diffusion de la communication du Kremlin.
Un tournant intervient le 24 février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Quelques jours plus tard, le 2 mars 2022, l’Union européenne décide d’interdire la diffusion de RT et de Sputnik sur son territoire, estimant que ces médias participent à des opérations de propagande destinées à soutenir la guerre menée par Moscou. Privée d’antenne, RT France poursuit une bataille judiciaire avant d’être placée en liquidation judiciaire au début de l’année 2023. Depuis l’Europe n’a plus accès au point de vue russe sur la guerre.
Après la disparition de RT France, Xenia Fedorova reste présente dans le débat public français. Elle multiplie les interventions sur CNews, Europe 1 ou encore dans les colonnes du Journal du Dimanche. Plusieurs responsables politiques français et européens l’ont accusé de diffuser de la désinformation russe portées par plusieurs responsables politiques français et européens.
La polémique prend une nouvelle dimension en 2025 puis au printemps 2026. Des élus français ainsi que plusieurs eurodéputés réclament publiquement des sanctions contre l’ancienne dirigeante de RT France. Le 2 juin 2026, le Parlement européen adopte notamment un amendement porté par des députés du groupe Renew demandant son inscription sur la liste des personnes sanctionnées pour participation présumée aux campagnes de manipulation de l’information menées par la Russie. Cette demande ne sera finalement pas retenue lors de l’adoption du vingt-et-unième paquet de sanctions européennes, présenté le 22 juillet 2026.
En parallèle, la question de son droit au séjour en France devient un sujet politique. Il est révélé qu’elle bénéficie depuis le 20 août 2024 d’une carte de résident valable dix ans, délivrée par les services de la préfecture de police de Paris. Cette décision provoque de nombreuses interrogations jusque dans les rangs du gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, affirme alors qu’aucune intervention politique n’a eu lieu lors de l’instruction du dossier et rappelle qu’un titre de séjour ne fait pas obstacle à une procédure d’expulsion lorsque les intérêts fondamentaux de la Nation sont considérés comme menacés.
Quelques semaines plus tard, le Quai d’Orsay confirme publiquement que des discussions sont engagées avec le ministère de l’Intérieur concernant la situation de Xenia Fedorova. Lors d’un point presse le 23 juillet 2026, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères rappelle que Jean-Noël Barrot, proche du Forum Economique Mondial, dénonce depuis plusieurs mois son « alignement sur la propagande du Kremlin » et évoque des échanges en cours entre les différentes administrations compétentes, sans dévoiler les mesures envisagées.
La décision annoncée le 29 juillet apparaît donc comme l’aboutissement de cette séquence politique. Selon Reuters, le ministère de l’Intérieur accuse Xenia Fedorova de participer à la diffusion de campagnes de désinformation russes. L’arrêté d’expulsion constitue l’une des mesures administratives les plus sévères prévues par le droit français à l’encontre d’un ressortissant étranger lorsque les autorités estiment que sa présence représente une menace particulièrement grave pour l’ordre public ou les intérêts fondamentaux de l’État. Cette procédure demeure toutefois susceptible d’être contestée devant la juridiction administrative.
À l’heure de l’annonce, aucune réaction officielle de Xenia Fedorova n’avait encore été rendue publique. Son avocat n’avait pas davantage répondu aux sollicitations de Reuters. La procédure pourrait désormais donner lieu à un contentieux devant les tribunaux administratifs, lesquels seront amenés à apprécier la légalité de la décision prise par le ministère de l’Intérieur.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des dispositifs français et européens contre les ingérences étrangères. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Paris affirme vouloir lutter plus activement contre les campagnes de désinformation, les opérations d’influence et les réseaux considérés comme participant aux stratégies de déstabilisation menées par la Russie. L’arrêté visant Xenia Fedorova constitue ainsi l’un des dossiers les plus emblématiques de cette politique, tant en raison de la notoriété de l’intéressée que de la portée symbolique d’une telle mesure.
Sources :
- Reuters – France issues deportation order against Russian media personality.
- France Diplomatie – Conférence de presse du porte-parole du 23 juillet 2026.
- Le Monde – Enquête sur Xenia Fedorova et les sanctions européennes.
- AFP / Le Parisien – Déclarations de Laurent Nuñez sur le titre de séjour de Xenia Fedorova.