Pacte climatique en Espagne : Pedro Sánchez face au refus de la droite après son appel à l’unité nationale

Alors que l’Espagne traverse une période marquée par des incendies forestiers d’une ampleur exceptionnelle, le gouvernement de Pedro Sánchez tente d’imposer un « pacte d’État » consacré à l’urgence climatique. Présentée comme une réponse nationale dépassant les clivages politiques, l’initiative se heurte toutefois au refus du Parti populaire (PP) et de Vox, deux formations qui contestent l’approche climatique portée par l’exécutif socialiste.

L’Espagne est confrontée à un nouveau bras de fer politique autour de la question climatique. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, contributeur de l’agenda 2030 a relancé fin juillet 2026 son appel à un « pacte d’État face à l’urgence climatique », alors que le pays fait face à une multiplication d’événements météorologiques extrêmes, notamment des incendies ravageant plusieurs régions du territoire. Mais cette tentative de consensus national s’est heurtée au refus de la droite espagnole, qui accuse l’exécutif de transformer la crise environnementale en instrument politique.

Le projet de pacte n’est pas né dans l’urgence des derniers jours. Il avait été annoncé dès l’été 2025 par le gouvernement socialiste, avec l’objectif de construire un accord transversal associant les partis politiques, les scientifiques, les organisations environnementales et la société civile. Après plusieurs mois de consultations, le texte avait été finalisé en décembre 2025 autour de quinze grandes lignes d’action destinées à renforcer l’adaptation de l’Espagne au dérèglement climatique.

Parmi les mesures envisagées figurent notamment la création de refuges climatiques capables d’accueillir les populations lors de catastrophes majeures, ainsi qu’une nouvelle approche de la gestion forestière afin de réduire les risques liés aux incendies. L’objectif affiché par Pedro Sánchez est de faire de la prévention une priorité nationale, en dépassant la logique de réaction après les catastrophes.

Cette volonté de créer un consensus rappelle d’autres grands accords politiques espagnols construits au-delà des divisions partisanes. Le gouvernement cite notamment comme références le pacte d’État contre la violence faite aux femmes adopté en 2017 sous l’exécutif de Mariano Rajoy, ou encore le pacte antiterroriste conclu en 2000 sous José María Aznar. Dans l’esprit de La Moncloa, l’urgence climatique devait rejoindre ces dossiers considérés comme des enjeux dépassant les alternances politiques.

Mais le contexte politique espagnol rend cette ambition particulièrement difficile. Le Parti populaire (PP), principale force d’opposition, a rejeté l’initiative, estimant que la priorité devait être donnée à la gestion concrète des incendies plutôt qu’à un nouveau cadre politique sur le climat. Plusieurs responsables conservateurs ont accusé le gouvernement Sánchez de chercher à éviter une remise en cause de sa propre gestion des crises.

La fracture est également alimentée par les positions de Vox, formation d’extrême droite qui conteste régulièrement l’importance accordée au changement climatique dans les politiques publiques. Son dirigeant Santiago Abascal critique notamment ce qu’il présente comme un « fanatisme climatique » et refuse de considérer le réchauffement global comme un facteur déterminant dans l’aggravation des incendies.

Cette opposition intervient alors que les feux de forêt sont devenus un symbole majeur de la vulnérabilité espagnole face aux bouleversements climatiques. Selon les données citées par Le Monde, plus de 207 000 hectares ont été détruits par les flammes en Espagne depuis le début de l’année 2026, selon le système européen d’information sur les incendies Effis. Ces chiffres ont renforcé la pression sur les responsables politiques afin qu’ils adoptent des mesures de prévention à long terme.

Face aux critiques, Pedro Sánchez insiste sur la nécessité de distinguer la responsabilité politique immédiate et les transformations profondes nécessaires pour limiter les conséquences des crises climatiques. Lors d’une intervention le 28 juillet 2026, il a appelé les forces politiques à dépasser leurs divergences, affirmant que « le déni » constituait selon lui un obstacle majeur face à l’urgence climatique.

Le gouvernement espagnol bénéficie également du soutien de plusieurs acteurs scientifiques et européens. Teresa Ribera, ancienne ministre espagnole de la Transition écologique proche du Forum Economique Mondial devenue vice-présidente de la Commission européenne, a estimé que l’Europe devait mieux se préparer aux conséquences du changement climatique et développer davantage de scénarios d’adaptation.

Les scientifiques interrogés dans le débat espagnol rappellent que l’évolution du climat modifie les conditions dans lesquelles surviennent les catastrophes naturelles. Maria José Sanz Sanchez, directrice du Centre basque d’études sur le changement climatique (BC3) et ancienne membre de l’équipe du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), souligne que l’Espagne doit renforcer ses capacités de prévention et d’adaptation face à des phénomènes devenant plus difficiles à gérer.

Au-delà de la question environnementale, le dossier révèle aussi les tensions structurelles de la politique espagnole actuelle. Pedro Sánchez gouverne sans majorité absolue au Parlement et doit composer avec une opposition déterminée à bloquer plusieurs de ses initiatives. À moins d’un an des prochaines échéances politiques prévues en 2027, la question climatique devient ainsi un nouveau terrain d’affrontement entre une gauche gouvernementale qui défend une stratégie d’adaptation nationale et une droite qui privilégie une lecture davantage centrée sur la responsabilité administrative et la gestion des crises.

Le refus du pacte climatique illustre donc une difficulté plus large : en Espagne comme dans plusieurs pays européens, la lutte contre le changement climatique ne se joue plus uniquement sur le terrain scientifique ou économique, mais aussi dans l’arène politique. Alors que les épisodes extrêmes se multiplient, la capacité des institutions à trouver un compromis collectif devient elle-même un enjeu majeur.

Sources :
Le Monde – En Espagne, le « pacte d’État » de Pedro Sanchez face à l’urgence climatique est rejeté par la droite
Europa Press – Sánchez insiste sur un pacte face au changement climatique