Les attentats du 7 juillet 2005 à Londres (7/7) et les tentatives du 21 juillet ont fait l’objet de nombreuses révélations et controverses. Parmi elles, les affirmations de l’ancien procureur américain John Loftus, expert en terrorisme, selon lesquelles Haroun Rashid Aswat, présenté comme un possible cerveau ou contact clé, aurait travaillé pour les services secrets britanniques (MI6). Ces déclarations, formulées en direct sur Fox News le 29 juillet 2005, relient Aswat au groupe Al-Muhajiroun et à des opérations au Kosovo à la fin des années 1990.
Haroun Rashid Aswat (né en 1974 au Yorkshire) est un Britannique d’origine indienne. Dans les années 1990, il devient un proche collaborateur de l’imam radical Abou Hamza al-Masri à la mosquée de Finsbury Park à Londres. Il est associé au groupe Al-Muhajiroun (« les Émigrants »), branche de recrutement islamiste radical active au Royaume-Uni.
Après les attentats du 7 juillet 2005, des sources policières et de renseignement ont rapporté des appels téléphoniques entre les bombes du 7/7 et un téléphone lié à Aswat. Il aurait quitté le Royaume-Uni peu avant ou autour des attentats. Arrêté en Zambie, il a ensuite fait l’objet de procédures d’extradition vers les États-Unis pour sa participation présumée à un projet de camp d’entraînement terroriste dans l’Oregon en 1999, en lien avec Abou Hamza.
Aswat a plaidé coupable aux États-Unis en 2015 pour complot en vue de fournir un soutien matériel à Al-Qaïda et a été condamné à 20 ans de prison (peine réduite compte tenu du temps déjà passé en détention). Il a été renvoyé au Royaume-Uni en 2022 et placé sous le régime de la santé mentale. Des évaluations de police antiterroriste l’ont jugé à risque pour la sécurité nationale.
Les affirmations de John Loftus sur Fox News
Dans l’émission Day Side de Fox News le 29 juillet 2005, John Loftus, ancien procureur du département de la Justice américain a déclaré qu’Aswat était un agent double du MI6.
Selon cette ancien officier de renseignement de l’armée américaine, Al-Muhajiroun aurait servi de structure de recrutement pour envoyer des militants islamistes britanniques combattre au Kosovo à la fin des années 1990, dans le cadre d’opérations soutenues par les services britanniques (et américains) pour défendre les populations musulmanes face aux Serbes.
Loftus qui a publié plusieurs livres sur les réseaux nazis, le Vatican et les services secrets affirmait également qu’Aswat, adjoint d’Abou Hamza, aurait été protégé : le département de la Justice américain aurait ordonné aux procureurs de Seattle de ne pas le poursuivre en 1999 pour le projet de camp en Oregon, car il travaillait pour les Britanniques.
Il soulignait également que plusieurs semaines avant les attentats de Londres, les services sud-africains l’auraient localisé, mais il aurait pu se rendre à Londres sans être arrêté à l’arrivée ni au départ, malgré son statut de personne recherchée.
Selon lui, après les attentats, il aurait été arrêté au Pakistan puis relâché rapidement, avant de gagner l’Afrique australe.
Loftus a cité une interview de 2001 d’Omar Bakri Mohammed (fondateur d’Al-Muhajiroun) dans un journal arabe de Londres, décrivant les relations avec les services britanniques au Kosovo. Il a également évoqué des tensions entre la CIA, le département de la Justice américain et le MI6 autour de la protection d’Aswat.
Ces propos s’inscrivent dans un discours plus large de Loftus et d’autres sur l’utilisation passée de réseaux islamistes par des services occidentaux (Bosnie, Kosovo, etc.) et sur des protections alléguées d’individus liés à Al-Qaïda.
Contexte et réactions officielles
Les autorités britanniques ont nié toute connaissance d’Aswat en tant qu’agent du MI5 ou du MI6. Des enquêtes et reportages contemporains (dont The Sunday Times) ont souligné l’absence de preuves solides d’un rôle de « maître d’œuvre » dans les attentats du 7/7, et les appels téléphoniques n’ont pas nécessairement été confirmés comme provenant directement d’Aswat lui-même.
Aswat n’a jamais été poursuivi au Royaume-Uni pour les attentats de Londres. Son dossier judiciaire s’est concentré sur le projet américain de 1999 et des liens plus larges avec des réseaux radicaux (formation en Afghanistan, rencontres avec des individus liés aux bombes du 7/7 en Pakistan, selon des documents judiciaires américains).
Les allégations de recrutement d’islamistes radicaux pour le Kosovo par le MI6 via Al-Muhajiroun restent basées principalement sur les déclarations de Loftus et sur des interprétations d’interviews ; elles n’ont pas été confirmées par des archives officielles britanniques déclassifiées de manière publique.
Pourquoi ces révélations ont-elles marqué les esprits ?
Les affirmations de 2005 ont alimenté les débats sur le « Londonistan » (la présence relative de prédicateurs radicaux au Royaume-Uni dans les années 1990-2000), les possibles « deals » d’information ou d’apaisement avec certains réseaux, et les parallèles avec d’autres affaires (protection alléguée d’informateurs, obstacles dans des enquêtes antiterroristes antérieures).
Elles s’inscrivent dans une littérature critique sur les retours de flamme (blowback) des alliances de la guerre froide et des années 1990 avec des groupes islamistes.
Aujourd’hui, le nom d’Aswat revient périodiquement dans l’actualité britannique en raison de questions sur sa détention sous le régime de la santé mentale et les évaluations de risque sécuritaire.
L’affaire Haroun Rashid Aswat illustre la complexité des enquêtes post-7/7 : liens avérés avec des réseaux radicaux et Abou Hamza, accusations de soutien matériel à Al-Qaïda jugées aux États-Unis, et allégations non prouvées d’appartenance aux services britanniques formulées par John Loftus.
Les affirmations d’agent double du MI6 restent une thèse controversée, démentie par les autorités britanniques et non étayée par des preuves publiques officielles.
Sources :
- Interview de John Loftus sur Fox News le 29 juillet 2005
Interview et affirmations de John Loftus
- Transcription et reportages de l’interview Fox News – Day Side, 29 juillet 2005 (John Loftus).
- Relais contemporains : International Center for 9/11 Justice (timeline), New York Times, Sunday Times (Londres), Los Angeles Times (juillet-août 2005).
Profil et parcours de Haroon Rashid Aswat
- Wikipedia (page « Haroon Rashid Aswat ») – synthèse des faits judiciaires et chronologie.
- U.S. Department of Justice (Southern District of New York) : communiqué de presse du 16 octobre 2015 (condamnation à 20 ans pour soutien matériel à Al-Qaïda / camp d’entraînement en Oregon).
- Articles contemporains 2005 :
- New York Times, 21 juillet 2005 : « British Seeking Cleric’s Top Aide in Connection With July 7 Attack ».
- The Times / Sunday Times (Londres), fin juillet 2005 (appels téléphoniques, arrestation en Zambie, dénégations britanniques).
- Los Angeles Times, 28 juillet 2005.
Dénégations et évaluations officielles britanniques
- Déclarations de sources de sécurité britanniques rapportées par le Sunday Times (31 juillet 2005) : aucune connaissance d’Aswat comme agent du MI5 ou MI6.
- Décisions de justice britanniques ultérieures (extradition, détention sous Mental Health Act, évaluations de risque – High Court, etc.).
Contexte Kosovo / Al-Muhajiroun
- Affirmations de Loftus basées sur une interview d’Omar Bakri Mohammed (2001) dans un journal arabe de Londres (Sharq al-Awsat), citées par Loftus.
- Analyses secondaires (ex. Michael Meacher dans The Guardian, 2005 ; articles sur le recrutement de combattants au Kosovo).
Éléments plus récents (libération / risque)
- Reportages 2025-2026 : The Times, The Sun, Leeds Live / Examiner, The Standard, Conservative Post, etc., sur la sortie de l’unité psychiatrique sécurisée et les alertes de la police antiterroriste.