Canicule : au moins 17 personnes sans abri sont mortes en dix jours en France

Entre le 22 juin et le 1er juillet 2026, au moins 17 personnes sans domicile fixe sont décédées des conséquences directes de la canicule, selon un premier décompte du Collectif des morts de la rue. Ce bilan, encore provisoire, met en lumière l’extrême vulnérabilité des personnes vivant à la rue face aux épisodes de fortes chaleurs et relance le débat sur l’adaptation des dispositifs d’urgence.

La première vague de chaleur de l’été 2026 a eu des conséquences particulièrement dramatiques pour les personnes sans domicile. Selon un premier recensement établi par le Collectif des morts de la rue, au moins 17 personnes sont mortes entre le 22 juin et le 1er juillet des suites d’une hyperthermie ou d’une déshydratation. Ce bilan, encore incomplet, intervient alors que Santé publique France a publié une évaluation consolidée des victimes de la canicule, soulignant que les populations les plus fragiles ont été les plus durement touchées.

Parmi les victimes recensées figurent seize hommes et une femme. Pour le Collectif des morts de la rue, ce nombre constitue déjà un niveau inédit. L’association rappelle toutefois que le chiffre pourrait encore augmenter au fil des remontées d’informations, les données étant souvent consolidées plusieurs semaines après les événements.

Adèle Lenormand, coordinatrice du collectif, estime que ces décès illustrent les limites des dispositifs de protection actuellement déployés lors des épisodes de chaleur extrême. Elle souligne que les causes des décès étaient clairement identifiées dans les signalements reçus, les médecins ayant conclu à des cas d’hyperthermie ou de déshydratation sévère.

Les journées des 24 et 25 juin ont été les plus meurtrières. À elles seules, elles concentrent près de la moitié des décès recensés, avec quatre morts enregistrées le 24 juin puis six le lendemain. Les victimes étaient âgées de 30 à 84 ans, preuve que la vulnérabilité des personnes vivant dans la rue ne concerne pas uniquement les plus âgés.

Les décès sont survenus dans des contextes variés. Plusieurs personnes ont perdu la vie sur la voie publique, tandis que d’autres se trouvaient dans des voitures, des caravanes ou encore dans des structures d’hébergement d’urgence. Des associations ont également signalé que certains dortoirs avaient atteint des températures supérieures à 40 °C, soulevant la question de l’adaptation des hébergements aux vagues de chaleur.

Face aux températures extrêmes, les équipes de maraude ont dû modifier leur organisation en privilégiant des interventions matinales afin de limiter leur exposition à la chaleur. Les travailleurs sociaux ont également constaté que les nuits étouffantes privaient de sommeil de nombreuses personnes sans abri, compliquant le dialogue et l’accompagnement.

Certaines personnes ont cherché refuge dans des parkings souterrains afin de trouver un peu de fraîcheur, au prix d’une exposition accrue à la pollution ou à des risques d’accidents. Pour les associations, ces situations illustrent le manque d’espaces adaptés permettant de se protéger efficacement lors des épisodes caniculaires.

Si l’Île-de-France apparaît comme le territoire le plus touché par ces décès, le phénomène concerne l’ensemble du pays. Des morts ont notamment été recensées à Laval, Nantes, Angers, Saint-Barthélemy-d’Anjou, Royan, Colmar, Reiningue ou encore Mauguio. À ce stade, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que le centre de la France semblent avoir été moins concernés, même si le collectif reste prudent tant que les données ne sont pas définitivement consolidées.

Le Collectif des morts de la rue rappelle que les conséquences de la chaleur restent encore largement sous-estimées dans l’opinion publique. Contrairement aux épisodes de grand froid, qui déclenchent des dispositifs spécifiques, les vagues de chaleur ne bénéficient pas toujours de réponses aussi systématiques sur le terrain. L’association estime que les places d’hébergement supplémentaires ouvertes durant les fortes chaleurs demeurent insuffisantes et très inégalement réparties selon les territoires. Elle pointe également le manque de points d’eau accessibles, notamment dans les grandes agglomérations fortement minéralisées.

Chaque année, le Collectif des morts de la rue rend hommage aux personnes décédées dans l’espace public. Les victimes de cette canicule seront intégrées à cette cérémonie annuelle, afin que leur disparition ne tombe pas dans l’oubli.

Sources :

Mediapart – article de Faïza Zerouala, « Au moins 17 personnes sans abri ont perdu la vie à cause de la canicule en seulement dix jours ».

Source complémentaire : Santé publique France (bilan des impacts sanitaires de la canicule 2026).