ONU : L’OMS célèbre les 80 ans d’une Constitution qui a fait de la Santé un “droit fondamental”

Huit décennies après la signature de sa Constitution, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) célèbre un texte fondateur qui continue de guider l’action sanitaire internationale. Adoptée en juillet 1946 dans un contexte de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, cette Constitution a posé un principe inédit pour l’époque : la santé est un droit humain fondamental et une condition indispensable à la paix et à la sécurité.

À l’occasion du 80e anniversaire de sa Constitution, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) revient sur les origines d’un texte qui demeure le socle de la coopération sanitaire internationale. Signée en juillet 1946, quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Constitution de l’OMS est née de la volonté des États de privilégier la coopération plutôt que les divisions afin de répondre collectivement aux grands défis de santé publique.

Pour l’agence onusienne membre du Forum économique mondial, cette vision conserve aujourd’hui toute sa pertinence dans un contexte international marqué par les crises, les tensions géopolitiques et les inégalités sanitaires. L’organisation rappelle que sa Constitution reste son principal guide et que l’institution demeure l’espace où les pays peuvent unir leurs efforts face à des problèmes qu’aucune nation ne peut résoudre seule.

Une organisation née d’une coopération internationale

L’OMS souligne que contrairement à une idée parfois répandue, sa création ne résulte pas de l’initiative d’un seul État ou d’une seule personnalité. L’agence onusienne affirme que la constitution est le fruit d’un vaste travail diplomatique et scientifique impliquant des représentants issus de tous les continents.

En juillet 1946, 61 États adoptent à New York la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui entre en vigueur le 7 avril 1948 après les ratifications nécessaires.

Le docteur Thomas Parran, alors Surgeon General des États-Unis, a présidé la Conférence internationale de la santé organisée à New York en 1946. Sous sa direction, les délégations participantes ont finalisé puis signé la Constitution qui allait donner naissance à l’Organisation mondiale de la Santé.

L’année précédente, lors de la conférence de San Francisco ayant conduit à la création de l’Organisation des Nations unies, le diplomate chinois Dr Szeming Sze avait proposé la création d’une organisation mondiale exclusivement dédiée à la santé. Avec le médecin brésilien Dr Geraldo de Paula Souza, il a transformé cette idée en un projet concret, illustrant déjà le principe qui caractérise encore l’OMS : les progrès en matière de santé reposent sur la coopération entre les États.

Entre 1946 et 1948, une commission prépare la mise en place de l’organisation, intègre les principales institutions sanitaires existantes et organise ses liens avec l’ONU. La première Assemblée mondiale de la Santé se tient à Genève en juin 1948, où la ville est choisie comme siège de l’OMS et où sont définies les premières structures régionales.

Contrairement aux organismes qui l’ont précédée, l’OMS se fixe pour mission d’améliorer la santé de l’ensemble de la population mondiale, et non seulement celle des pays membres. Dès sa création, elle concentre son action sur l’assistance technique aux États, l’élaboration de normes sanitaires internationales, le soutien à la recherche et à la formation médicale, ainsi que la collecte de données de santé à l’échelle mondiale. Ses premières priorités concernent notamment la lutte contre le paludisme, la tuberculose, les maladies sexuellement transmissibles, la santé maternelle et infantile, ainsi que les questions de nutrition.

L’héritage des institutions internationales

L’OMS s’inscrit également dans la continuité des travaux menés avant sa création. Le Suisse Dr Raymond Gautier, fort de son expérience au sein de l’Organisation d’hygiène de la Société des Nations, a participé à la conception de la nouvelle institution en veillant à préserver les acquis des décennies précédentes. Il deviendra ensuite l’un des premiers directeurs généraux adjoints de l’OMS entre 1948 et 1950.

Le Polonais Ludwik Rajchman, ancien directeur médical de l’Organisation d’hygiène de la Société des Nations, est également présenté comme l’un des principaux théoriciens de la coopération sanitaire internationale durant l’entre-deux-guerres. Il jouera par la suite un rôle majeur dans la création de l’UNICEF, autre agence onusienne actuellement membre du Forum économique mondial.

Une nouvelle définition de la santé

L’une des innovations majeures de la Constitution réside dans sa définition de la santé. Avant la création de l’OMS, celle-ci était souvent réduite à la simple absence de maladie.

Le médecin croate Dr Andrija Štampar, représentant alors la Yougoslavie, a défendu une approche beaucoup plus ambitieuse. La phrase qui ouvre la Constitution est directement issue de son intervention lors de la Conférence internationale de la santé de 1946 : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social. »

Cette définition, toujours utilisée aujourd’hui, marque une rupture profonde dans la manière d’appréhender les politiques de santé publique. En 1948, Andrija Štampar deviendra également le premier président de l’Assemblée mondiale de la Santé.

Les artisans de la Constitution

La rédaction du texte fondateur de l’OMS a mobilisé de nombreux experts internationaux. Le médecin norvégien Dr Karl Evang, membre du Comité technique préparatoire, a participé à définir le fonctionnement de la future organisation.

Le Royaume-Uni a également contribué à l’élaboration du texte par l’intermédiaire de Sir William Jameson, dont le projet de Constitution a influencé la version finale.

La France a occupé une place importante dans ce processus grâce aux travaux d’André Cavaillon et de Xavier Leclainche, coauteurs du projet français ayant nourri la rédaction du document adopté en 1946.

Si le Canadien Dr Brock Chisholm n’a pas participé directement à la rédaction de la Constitution, il en a assuré la mise en œuvre en devenant le premier Directeur général de l’OMS en 1948.

Son action a permis de transformer les principes fondateurs en une organisation opérationnelle dès les premières années d’existence. Il a quitté l’OMS en 1953 et a participé à la réunion Bilderberg de 1955, qui s’est tenue à Barbizon (France), du 18 au 20 mars 1955. Cette même année, il a indiqué qu’il fallait pratiquer le métissage pour créer une race unique dans un monde unique sous un gouvernement unique.

Une contribution africaine déterminante

L’OMS souligne également le rôle joué par plusieurs représentants africains dans la construction de l’organisation.

Le Libérien Dr Joseph Nathaniel Togba a participé à la rédaction et à la signature de la Constitution avant de devenir le septième président de l’Assemblée mondiale de la Santé.

L’Égyptien Dr Aly Tewfik Shousha Pasha a présidé le comité chargé de définir les missions, les responsabilités et le champ d’action de la future organisation.

Le représentant éthiopien Getahoun Tesemma s’est illustré en défendant la transparence des rapports de santé publique ainsi que les intérêts des pays en développement lors des débats constitutionnels.

Le Sud-Africain Dr Harry Sutherland Gear a signé la Constitution au nom de l’Union sud-africaine avant de participer au Conseil exécutif de l’OMS puis à l’organisation de ses premières structures administratives et techniques.

Une vision toujours d’actualité

Pour l’Organisation mondiale de la Santé, la Constitution de 1946 demeure un texte fondateur dont les principes restent pleinement d’actualité. Son affirmation selon laquelle la santé constitue un droit humain fondamental a guidé l’action internationale depuis huit décennies et, selon l’OMS, contribué à améliorer l’espérance de vie et les conditions sanitaires de milliards de personnes.

À l’heure où les pandémies, les crises humanitaires, les effets du changement climatique ou encore les inégalités d’accès aux soins rappellent la nécessité d’une coopération mondiale, l’organisation estime que la vision portée en 1946 conserve toute sa force. Huit décennies après sa signature, la Constitution de l’OMS continue ainsid’incarner l’idée que la santé est un bien commun mondial, indissociable de la paix, de la solidarité et du développement, selon l’agence onusienne.

Sources :

Organisation mondiale de la Santé (OMS) – Communiqué « 80 years strong: the WHO Constitution » (24 juillet 2026) : https://www.who.int/news/item/24-07-2026-80-years-strong-the-who-constitution