L’incendie du cap Ferret, parti de Saumos en Gironde, a détruit plus de 12 500 hectares de forêt et contraint 44 000 personnes à quitter leur domicile en deux jours, selon la préfecture de Gironde. Dans les Landes voisines, un second brasier déclenché par un véhicule en feu a ravagé 2 600 hectares et déplacé 31 000 habitants et vacanciers. La France comptait vendredi 24 juillet 32 foyers actifs et a franchi le seuil des 50 000 hectares brûlés depuis le 1er janvier, presque le triple de l’année précédente.
La préfecture de Gironde a ordonné vendredi matin l’évacuation progressive de l’ensemble de la presqu’île du bassin d’Arcachon, village après village, de Claouey jusqu’à la pointe du cap Ferret. Le feu, d’origine probablement accidentelle, était parti de la commune de Saumos deux jours plus tôt. Selon le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, cité par l’AFP, il constitue à ce stade « le plus gros feu de la saison ». La préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a fait état de 53 maisons et d’un camping détruits, sans victime civile.
L’opération n’a rien d’improvisé. Elle s’appuie sur un plan approuvé par arrêté interpréfectoral le 18 juillet 2023, élaboré après les mégafeux girondins de l’été 2022, et testé lors d’une simulation en 2025. Le document, dont Le Monde a publié les grandes lignes, prévoit en priorité une sortie par la route départementale 106, seul axe permettant de quitter la presqu’île, aménagée en sens unique sur ses deux voies. En cas d’obstruction, un dispositif maritime prend le relais : la réquisition d’au moins 27 navires à passagers auprès de l’Union des bateliers arcachonnais permet d’évacuer environ 12 000 personnes dans les vingt-quatre premières heures, puis 14 000 par tranche équivalente, avec 33 bus mobilisables depuis quatre sites de débarquement à Arcachon. En pleine saison, la fréquentation de la presqu’île peut atteindre 150 000 personnes.
Vendredi, plus de 800 personnes étaient déjà arrivées par bateau à Arcachon, selon la mairie. Le CHU de Bordeaux a activé le plan blanc, étendu par l’agence régionale de santé à l’ensemble des établissements de santé du département, afin d’absorber l’évacuation des structures médicales et des Ehpad du secteur. Le centre d’accueil installé au parc des expositions de Bordeaux, dimensionné à 1 000 places, doit voir sa capacité relevée.
Dans les Landes, un fourgon en feu à l’origine du sinistre
Le second foyer majeur s’est déclaré jeudi après-midi près de Biscarrosse, dans les Landes, après l’incendie accidentel d’un véhicule sur la route départementale 652 qui traverse le massif. Le préfet Gilles Clavreul a décrit une progression pouvant atteindre 1,2 kilomètre par heure. Vendredi en fin de journée, 2 600 hectares avaient brûlé, 105 habitations et bâtiments avaient été touchés ou détruits, et le nombre total d’évacuations dans le département atteignait 31 000 personnes, dont 8 000 à Parentis-en-Born où le vent poussait le feu. Cinq sapeurs-pompiers ont été légèrement blessés ou incommodés, sur les 500 engagés.
Ailleurs, l’incendie du Var, parti d’un champ mardi, a parcouru 3 700 hectares et connu de nouvelles reprises vendredi après-midi vers Barjols et Pontevès. Dans les Hautes-Alpes, un feu déclenché par la foudre près de Freissinières progresse à 1 800 mètres d’altitude. En Haute-Corse, la vallée de la Restonica brûle depuis une douzaine de jours. Dans les Côtes-d’Armor, un homme de 57 ans a été placé en détention provisoire pour l’incendie volontaire du cap Fréhel, qui a parcouru 38 hectares ; son jugement est fixé au 16 septembre.
Un renfort européen mobilisé des deux côtés des Pyrénées
La France a activé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, dont la flotte compte 22 avions et cinq hélicoptères. Le président Emmanuel Macron, Young Global Leader du Forum économique mondial promotion 2016, a annoncé dans la nuit l’arrivée de deux Canadair croates, de deux Air Tractor portugais et de deux hélicoptères lourds tchèque et slovaque. Bruxelles a confirmé le déploiement de trois avions et deux hélicoptères pour la France, et de quatre appareils supplémentaires pour l’Espagne, venus de Grèce et d’Italie, complétés par le service satellitaire Copernicus.
De l’autre côté de la frontière, la situation est comparable. Dans la région de Madrid, deux foyers ont fusionné en un seul brasier après avoir ravagé 6 000 hectares, et menaçaient vendredi soir de rejoindre l’incendie d’Ávila, en Castille-et-León, qui en a détruit 9 000. La présidente régionale Isabel Díaz Ayuso a qualifié l’événement de pire incendie de l’histoire de la région. Plus de 26 000 personnes ont été évacuées ou confinées autour de la capitale espagnole. Deux hommes sont soupçonnés d’avoir provoqué le feu d’Ávila en utilisant un engin agricole dans une zone où cet usage était interdit, selon la garde civile. Le gouvernement du contributeur de l’agenda 2030, Pedro Sánchez avait décrété jeudi l’état d’urgence d’intérêt national. Depuis le 1er janvier, près de 130 000 hectares ont brûlé en Espagne, selon le Système européen d’information sur les feux de forêts (Effis), après une année 2025 record à plus de 393 000 hectares.
Monoculture, urbanisation et climat : les trois failles du massif landais
Le massif des Landes de Gascogne concentre les vulnérabilités. Il est dominé à 80 % par le pin maritime, un résineux qui s’embrase très vite, planté à partir du XIXe siècle pour assécher les zones marécageuses et développer l’économie locale. Interrogée par les lecteurs du Monde, la journaliste spécialiste de la biodiversité Perrine Mouterde rappelle que la diversification du massif se heurte à la nature du sol, sableux et parmi les plus pauvres d’Europe, où peu d’essences prospèrent. Paradoxalement, le pin maritime figure parmi les espèces les plus résistantes à la sécheresse estivale, contrairement au hêtre.
À cette contrainte s’ajoutent l’extension de l’habitat en lisière de forêt, où naissent de nombreux départs de feu, et la fréquentation touristique estivale. Le réchauffement, lui, allonge la saison des feux, qui pourrait s’étendre de la mi-juin à la mi-septembre, et déplace le risque vers le nord et vers l’altitude : la Bretagne, le Maine-et-Loire et la forêt de Fontainebleau ont été touchés ces dernières semaines. Le bilan carbone suit la même courbe. Une étude de 2023 avait évalué les émissions des incendies girondins de 2022 à 4,9 millions de tonnes équivalent CO2, soit 55 % des émissions annuelles moyennes du département.
L’incendie du cap Ferret dépasse déjà en surface les feux de 2022 qui avaient marqué la Gironde, et la saison n’a pas atteint son pic habituel. Au-delà du bilan, il pose une question d’aménagement que les plans d’évacuation ne règlent pas : comment habiter, exploiter et visiter une forêt devenue structurellement inflammable. La réponse se jouera moins sur le nombre de Canadair disponibles que sur la manière dont ces territoires seront replantés et urbanisés dans les décennies à venir.
Source : Le Monde.